Les femmes et la finance : la mauvaise idée

Pour La journée Internationale des Femme, je partage ici un article d’actualité qui a attiré mon attention. Les femmes peuvent demander à la société de promouvoir l’égalité et l’équité des droits entre les hommes et les femmes mais la société ne pourra pas enlever les barrières mentales que les femmes ont tendance à se mettre.

 Ici le sujet est la gestion du patrimoine sur le long terme.  Selon un sondage publié par UBS, près de 60% des femmes mariées laissent leurs maris prendre les décisions sur l’investissement à long terme du foyer.

La répartition des femmes est la suivante :

  • 58% laissent leurs maris prendre les décisions sur l’investissement à long terme
  • 19% prennent ces décisions ensemble avec leurs maris
  • 23% prennent le lead sur ces décisions

Les femmes qui laissent leurs maris gèrent les finances à long terme du ménage ont donné plusieurs raisons pour expliquer leur choix. Les 5 premières raisons sont :   

  • 80% des femmes pensent que leurs maris maitrisent mieux le sujet qu’eux
  • 79%  le partage des tâches à la maison, les hommes s’occupant de ce sujet et les femmes des autres sujet
  • 78% leurs maris sont ceux qui rament le  plus grand revenu à la maison
  • 68% ne sont pas intéressées par le sujet
  • 67% leurs maris avaient plus de patrimoine qu’elles avant leurs mariages

La mauvaise idée

Quand on sait que l’espérance de vie des femmes est plus longue que celle des hommes, environ 6 ans en plus, il parait imprudent pour les femmes de ne pas s’intéressent sur ce sujet. A cela on peut ajouter les aléas de la vie, comme un divorce, un accident, qui peuvent propulsent les femmes à devoir gérer leurs finances.

Le retour d’expérience des femmes divorcées ou  veuves

Les veuves et les femmes divorcées, sondées par l’UBS,  « encouragent les autres femmes à être plus impliquées dans leurs investissements sur le long terme ».

Dans le groupe de celles qui ne s’étaient pas impliquées

  • 74% ont découverts des mauvaises surprises
  • 76% ont regretté  de n’avoir pas été impliquées
  • 77% encouragent les autres femmes à être plus actives dans la gestion des finances du ménage

Les bénéfices des femmes qui partagent avec leurs maris la gestion des finances

  • 95% pensent que si quelque chose arrivait à leurs époux, elles seront déjà au courant de la situation de leurs finances
  • 94% ont plus confiance en elle et dans l’avenir de leurs finances
  • 93% ont dit avoir fait des petites erreurs à deux, en étant les deux impliqués
  • 91% sont moins stressées à  propos de la finance

Les limites du sondage

L’échantillon des femmes questionnées est de 3700 femmes, mariées, divorcées ou veuves.
Les résultats ne varient pas en fonction de l’âge, à croire que les jeunes femmes perdurent cette pratique.
Aussi, il est important de noter que les femmes interrogées viennent du Brésil, de l’Allemagne, du Hong Kong, de l’Italie, du Mexique, du Singapour, de la Suisse, du Royaume Uni et des Etats Unis.
Je me pose la question si l’origine géographique des femmes n’a pas influencé les résultats.

Dans tous les cas, un conseil aux femmes, nous avons le même cerveau que les hommes, nous avons les mêmes capacités qu’eux. Aidons les et gérons ensemble le patrimoine du ménage y compris sur le long terme.

Pour le moral , un grand discours prononcé à l’ONU en 1984 par Thomas SANKARA


« Je parle au nom des femmes du monde entier, qui souffrent d’un système d’exploitation imposé par les mâles. Des femmes qui luttent et proclament avec nous, que l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Seule la lutte libère et nous en appelons à toutes nos sœurs de toutes les races pour qu’elles montent à l’assaut pour la conquête de leurs droits ».

Alice Mutikeys

Rwandais : ma réalité VS ta réalité, vers un « notre réalité » ?

En passant

Je discutais avec une personne, il me racontait sa réalité : celle d’avoir été dans une zone occupée par le FPR dès le 06 avril 1994. Alors j’entendais son histoire sans l’écouter, car la poutre dans mon œil m’empêchait de l’écouter. A sa réalité, j’opposais ma réalité, celle d’avoir été dans une zone où le génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994 a commencé le 07 avril 1994 à 14h.

J’entendais son histoire en me disant, en voilà encore un pour qui il n’y pas eu de génocide mais plutôt une guerre, je n’étais pas très loin de penser de lui qu’il a un côté négationniste. Je l’écrit ici au risque de passer pour un monstre car j’ai vraiment eu ce sentiment.

En kinyarwanda on dit que « ubwenge buza ubuswa bugiye » que je peux essayer de traduire par « l’intelligence arrive après le départ de la bêtise », j’ai fini par réaliser que la peur engendrée par une guerre a beaucoup des points communs que celle engendrée par un génocide. Dans les deux cas on a vraiment peur de mourrir et on ne sait pas si demain on sera en vie.

La réalité de cette personne est la suivante : le 06 avril 1994 est le début d’une guerre, elle habitait dans une zone occupée par le FPR, elle n’a pas vu ce que j’ai vu, elle a vécu la guerre. Les tirs, les balles qui volent au-dessus de sa tête, les obus….A partir du 06 avril, elle était devenue la proie d’une guerre.

Ma réalité est différente : le 06 avril est un jour ordinaire, mon dernier jour ordinaire en tant que rwandaise. A partir du 07 avril à 14h je suis devenue une proie, la proie des Interahamwe, la victime d’une torture intenable car tous les jours un Interahamwe venait vérifier si nous étions au complet et disait qu’il reviendrait le lendemain nous tuer. Mes voisins s’étaient divisés en catégories (avec mes lunettes à moi) : les proies comme moi, ceux qui essayaient d’aider malgré la peur des représailles (il était interdit de nous aider), ceux qui ne faisaient rien et ceux qui applaudissaient.

Vous comprenez qu’après avoir réalisé que mon avril 1994 n’était pas l’avril 1994 de la personne, je me suis mise à l’écouter avec compassion. J’ai oublié mon histoire pour écouter son histoire, je me suis projetée vivant dans une zone occupée par le FPR et les larmes ont coulé. J’ai tué un peu le monstre en moi.

Nous sommes dimanche, l’évangile d’aujourd’hui dit « «Un aveugle peut-il guider un autre aveugle? Ne tomberont-ils pas tous deux dans un trou? Le disciple n’est pas au-dessus du maître; mais celui qui est bien formé sera comme son maître. Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil à toi, tu ne la remarques pas? » (Lc 6,39-45)

Je vais vous raconter l’homélie d’aujourd’hui, il a raisonné en moi par rapport à cette problématique rwandaise.

Les définitions données par mon prêtre :

Poutre : c’est l’éducation que nous avons reçue, l’expérience que nous avons traversée, notre point de vue sur la réalité, ce sont nos convictions.

Paille : c’est ce qui reste quand on a ramassé tous les grains de blé (un autre référence biblique que je ne connais pas). C’est un peu le résidu.

Quand nous jugeons les autres sur la base de nos convictions, de notre point de vue sur la réalité sans prendre en compte leurs propres valeurs nous ne sommes pas dans le bon chemin. Surtout quand nous commençons à nous attaquer à la paille chez les autres, nous laissons de côté toute la quantité des grains qu’ils ont récoltés (la partie que nous ne voyons pas chez les autres).

Quand ma betise est partie, j’ai réalisé tous les points qui me relient à cette personne.

Comme moi, elle a vécu cela en étant jeune, à notre age nous n’avions pas toutes les billes pour comprendre ce qui se passait.

Comme moi elle a eu peur de mourir et a beaucoup souffert,

comme moi, son passé sera toujours un fardeau lourd à porter,

comme moi, elle est humaine, rwandaise et victime…

Avec moi, elle a le devoir de trouver « notre réalité » qui parfois sera la somme des nos réalités à celles des autres pour atteindre un futur commun

Je me faits la promesse d’écouter dorénavant les avril 94 des autres. Je le ferai en étant vraiment sincère et avec compassion. Je sais que cela ne sera pas facile car je reste humaine avec mes faiblesses. Je pense que c’est la somme des tous les avril 1994 et d’autres mois et autres années qui feront notre réalité.
En attendant je remercie et salue tous ceux qui racontent leurs histoires, il faut beaucoup de courage pour le faire. Leurs contributions sont la base pour arriver à « notre réalité » en tant que peuple rwandais.

Mesdames les accusées levez-vous

En passant

Un texte inspire des paroles de la chanson « j’étais au procès » de Black So Man

J’étais au procès ou les présumées accusées,
avaient pour nom les mères de la nation !
Accusées d’avoir engendré la perturbation !
Quelle perturbation ? L’émancipation de la pensée.
Au début du procès, la partie plaignante donne le ton!
«Madame la présidente, merci de me donner la parole,
je souffre d’un mal invisible, la volonté d’un règne sans fin et sans partage!
J’ai sauvé cette nation, chaque vie m’appartient!
J’ai le droit de vie ou de mort pour chaque enfant de la nation !

Tout d’un coup, l’ambiance devenait glaciale!
La salle sombrait dans une pénombre indescriptible.
Madame la juge reprenait la parole,
«Mesdames les accusées levez-vous »!
Les accusées se levaient et avançaient fièrementl
«Reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés oui ou non » ?

Nous vous remercions de nous donner la parole madame la présidente !
Au nom de filles et fils de la nation,
Nos enfants vivent dans la rue !
Nous manquons des moyens pour les nourrir !
Les conditions scolaires sont déplorables !
Les corps de nos enfants portent les marques de la pauvreté!
Madame la présidente, nos enfants n’ont pas de travail !
Les diplômés sont au chômage !
Soi-disant qu’ils doivent créer eux-mêmes leurs emplois !
Où passent nos impôts madame la présidente ?

Hier encore nous avions nos champs pour nous nourrir !
Aujourd’hui nous cultivons pour les autres !
Nous mangeons une fois par jour !
Nous droits fondamentaux sont bafoués !
Nous enfants disparaissent du jour au lendemain !
Les orphelins sont en prison!
Les veuves sont en prison!
Les orphelines sont en prison!
Les pères de la nation ont été neutralisés !
Nos enfants se prostituent pour survivre !
La mendicité est devenue une source des revenus fiable !
Pourtant il touche les aides en nos noms!
Nos paroles sont muselées !

Hier encore nous avions peur de la prison ou de mourir !
Aujourd’hui son système nous consume à petit feu !
Alors nous disons que quitte à mourir !
Nous le ferons debout et à poings levés !
Nous revendiquons nos droits fondamentaux,
Contester nos droits, c’est renier notre existence !
Pour la fin, nous disons qu’aucun règne n’est éternel,

Madame la présidente, émancipez-vous !
Soyez du côté de la nation !
Arrêtez qui de droit !
Punissez les vrais auteurs !
Destituez qui de droit !
Sanctionnez les vrais auteurs !
En vertu des pouvoirs qui vous sont conférés, nous disons,
Arrêtez qui de droit ;
Punissez les vrais auteurs ;
Destituez qui de droit ;
Sanctionnez les vrais auteurs ;
Car nul n’est au-dessus de la loi !
J’étais au procès du peuple rwandais.

Black So Man

Son vrai nom est Bintogoma TRAORE, il est né le 11 mai 1966 au Burkina Faso et est décédé le 16 mars 2002 à Abidjan, suite à 5 aux conséquences d’un accident de voiture qu’il avait eu en décembre 1997 à Ouagadougou.

Sur le rythme du reggae burkinabé, il emportait les foulait et critiquait l’élite politique burkinabé et les dérives dictatoriales du régime de Blaise Compaoré en utilisant des métaphores.  Son premier album fut un grand succès et aujourd’hui encore ses chansons sont très écoutées au Burkina Faso et dans toute l’Afrique de l’Ouest

Je vous laisse découvrir la chanson « j’étais au procès », quel talent !

Pour la petite histoire, j’ai écouté la chanson une fois, j’ai laissé passer une semaine et j’ai écrit le texte. A la fin quand j’ai réécouté la chanson, j’étais surprise

La souffrance invisible

En passant

Un sourire affiché, un bonjour mécanique,

Se réfugier dans le silence,

Que cache ce beau visage ?

Un cœur déchiré en miettes, une sensation étrange,

Un ressenti découplé, un regard absent,

Une impression que le cœur va exploser,

Des frissons qui parcourent le corps,

Des coups de marteau dans chaque petit coin du corps,

Quand tout devient fade et que les couleurs disparaissent.

Quand on ne peut plus faire semblant,

Quand les larmes ne veulent pas couler,

Quand les mots ne veulent pas sortir,

Quand la seule chose dont on a envie est de crier,

Leur crier qu’ils sont tous fous,

Fous de ne pas se rendre compte,

Fous de vouloir jouer au plus fort.

Quand on se sent seul au monde,

Seul dans un monde d’hypocrisie,

Quand on prend la décision de lâcher prise,

Quand tout n’est pas sombre.

Quand il y a des gens biens,

Quand on fait le souhait de n’être entouré que par eux,
Ceux animés par l’amour pour autrui,

Ceux respectant profondément les autres,

Ceux qui savent dire bonjour et merci,

Ceux considérant les autres comme leurs égaux,

Ceux marqués par leurs humanisme et sincérité,

Quand on a envie de dire merci à la vie.

Les hommes de conviction

En passant

L’image qui accompagne mon texte veut tout dire. Une conviction est « une certitude raisonnée ». Les gens qui fonctionnent par conviction sont les plus difficiles à corrompre, leurs idéaux passent avant et ils ne feront pas de compromis. Ils choisissent leurs combats en fonction de leurs convictions. Dans une dictature, s’ils sont convaincus que la démocratie est la meilleure solution, ils seront éliminés en premier où seront poussés à l’exil.

Je fais peut-être un mélange étrange mais d’une part j’ai tendance à confondre les trois hommes et d’autre part il y a plus d’un dénominateur commun au trois. Je vais en citer deux ils ont été abattus par le FPR et pour leurs convictions.

Visionnaires, intelligents et défenseurs de la Justice sociale, ils sont le symbole que la société rwandaise souffre d’une maladie intrinsèque. Elle a éliminé petit à petit ses bons leaders. Ceux qui portaient la voix de la paix.

Alors je rends hommage à

25 ans plus tard

Gatabazi Félicien (assassiné le 21/02/1994)

« Félicien Gatabazi, ministre des Travaux publics et de l’Énergie était une des personnalités les plus connues et respectées de l’opposition interne. Fondateur et secrétaire général du PSD, il assurait l’unité du parti et incarnait les aspirations de la grande préfecture du sud, Butare.

« Cet adversaire historique du président Juvénal Habyarimana prit toutefois ses distances avec le FPR dès la fin de l’année 1993. Alors persuadé que le FPR voulait prendre le pouvoir par la force, il déclara dans un meeting de son parti tenu à Butare quelques jours avant son assassinat, que “le PSD n’ayant pas été un valet du MRND, se gardera d’être un valet du FPR »

Source

26 ans après (assassiné au mois de mai 1993)

Emmanuel Gapyisi

« En mai 1993, j’étais en mission à Kigali pour le suivi de programmes de développement BIT/Banque mondiale dont la supervision technique nationale incombait à Emmanuel Gapyisi à la tête d’un bureau d’études techniques. Dès mon arrivée, le 7 mai au soir, il m’expliqua longuement ses projets. D’après lui, son initiative était susceptible de bouleverser totalementla scène politique et de mettre le Forum « Paix et Démocratie » au centre de l’échiquier.

Le plus important alors pour nous
était qu’il fallait précipiter les choses et éliminer les politiciens les plus dangereux pour notre stratégie. À ce moment-là, ce fut Gapyisi. Gapyisi était un visionnaire, certainement le plus intelligent. Il a été le premier, bien avant Gatabazi, à se rendre compte que le FPR voulait tout le pouvoir et qu’il n’y aurait pas de place pour l’opposition. S’il avait compris cela, il devait aussi comprendre qu’il allait mourir ».

Source

21 ans après, celui qui m’inspire beaucoup Seth Sendashonga

« En à peine une année en tant que ministre de l’Intérieur, Seth Sendashonga écrira au total 762 lettres à Paul Kagame, ministre de la Défense à ce moment et véritable homme fort du Rwanda. Pas une seule de ces lettres ne trouva réponse. Pour Sendashonga, ce silence fut un aveu que ces massacres étaient planifiés et cautionnés par le plus haut degré du commandement militaire de l’APR. Peu avant son assassinat, Sendashonga racontait ainsi la situation : « J’ai cherché à discuter de ces problèmes avec le Général Kagame, je lui ai dit ce que j’avais sur le cœur, je lui ai dit qu’il était tributaire d’une armée dans laquelle le mensonge avait pris racine dans toute la structure du commandement. » »

Source

A chaque fois que je pense être fatiguée et qu’il faut que je prête ma voix à ceux qui ne le peuvent pas. Je pense à ses 762 lettres en un an et retrouve de la force.

Big up à tous les Rwandais pacifistes, on peut tuer les hommes et non pas leurs idées. Les graines que ces trois grands hommes ont planté porteront leurs fruits un jour.

Amata

En passant

Ejo bundi nahise mu iduka, ngura litiro eshanu z’ikivuguto. Ngeze i muhira nicara ndayagotomera, mu minota icumi litiro imwe yarirangiye. Nsigara nibaza uwanjyana i Rwanda aho navana inka zo kunkamira amata ahagije.

Uwahitaga k’urugo arambaza ngo kuki unywa amata nk’abatutsi? Ndamusubiza ni niba barasanze amata afite inkingo, kuki njye ntabibona nkabo?
Harya ngo ntibavuga kumena amata bavuga kuyabogora ? Muri make njye ndi umunyarwanda wapfubye, Kuri njye amata n’ ikinyobwa k’ingingo, nkayagereranya nk’amazi cyangwa umutobe. Usoma iy’inkuru ntashakishe kure, ntashakishe iby’amoko. Iyo mvuze amata aba ari a m a t a!
Nonese dufashe umwana w’umututsi urimo urakurira muri america, n’umwana w’umuhutu urimo urakurira mu mutara, muri abo babiri ni uwuhe uzavuga inka cyangwa amata neza?
Ariko nari nibeshye kuko amoko yavuyeho mu Rwanda, ureste iyo bigeze mu kwezi kwa mata!
Njye nemeranya n’abavuga ko amoko y’ubu atari ayakera, atari ay’umuntu avukana, hasigaye hari amoko abiri mu banyarwanda abagira ubumuntu, cyangwa abagira ubusimba, uretse ko nabyo ari ugutuka ibisimba. Nyamuneka ubu umuntu asigaye afite ububasha bwo kwihitiramo ubwoko bwe, tujye duhitamo neza.

« La France au Rwanda, la neutralité coupable ». Retour sur la conférence

En passant

Le 11 février 2019, l’équipe du Centre de Réflexion sur l’Action et les Savoirs Humanitaires (CRASH) a organisé à Paris une projection-débat du film «  La France au Rwanda. Une neutralité coupable « .  Le film a été réalisé en 1998 par Robert Genoud et Claudine Vidal. Cette dernière et Jean-Hervé Bradol, des acteurs de la mobilisation MSF au Rwanda de 1994 à 1998, ont répondu à des questions à la fin du film.

Ce jour-là, je suis arrivée à la salle à 18h00 et il n’y avait plus des places assises. Cependant  j’ai pu faire partie des derniers chanceux qui ont pu récupérer des tabourets dans la pièce à côté et pouvoir suivre l’évènement assis. Les organisateurs de l’évènement n’avaient pas prévu un tel  succès, environ une centaine des personnes assises et une vingtaine debout. Le public était jeune, entre 25 et 35 ans, parmi lui trois personnes d’origine rwandaise.

Présentation du Film

Ci-dessous la présentation du film par l’équipe de MSF-CRASH :

Claudine Vidal, Jean-Hervé Bradol, Projection-débat / La France au Rwanda. Une neutralité coupable, 11 février 2019, URL :https://www.msf-crash.org/fr/rencontres-debats/projection-debat-la-france-au-rwanda-une-neutralite-coupable

« Au Rwanda, le génocide des Tutsis a débuté en avril 1994. Il y a vingt-cinq ans. En 1998, à Paris, l’Assemblé nationale crée une mission d’information sur les opérations militaires menées au Rwanda par la France, d’autres pays et l’ONU, entre 1990 et 19941. Les réunions sont la plupart publiques, plusieurs membres de MSF y assistent en permanence et en rendent compte aussitôt sur internet. À la suite de cette veille active, il est décidé de produire un film : une enquête, une observation du travail parlementaire ainsi qu’un récit des prises de position notamment de MSF, des engagements militaires et politiques de la France, des réactions qu’ils ont suscités, enfin des pratiques humanitaires conduites entre 1990 et 1994. »

« Ce film invite à des interrogations toujours actuelles, du moins à MSF : sur l’opportunité d’appels à une enquête parlementaire ainsi qu’à la publicité des débats et des documents, sur les alertes aux risques de crimes de masse, sur l’usage public des alertes, sur les capacités d’intervention lors de violences extrêmes, sur les nécessaires enquêtes de situation et d’histoire courte auxquelles doit s’engager MSF pour comprendre ce qui se passe, et si possible anticiper le pire. »

La présentation de Claudine Vidal était fidèle aux paragraphes ci-dessus, elle a ajouté que si le film date de 1998 il est toujours d’actualité car le rôle la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 reste un mystère. « Le dossier est bloqué,  les archives ne sont pas ouverts ». Elle a noté que le débat sur ce sujet n’a jamais eu lieu, car en France il y a deux camps qui ont tendance à s’opposer sans vraiment débattre, ceux qui soutiennent que la France est responsable à 100% et ceux qui demandent des preuves.

La projection du film a suivi

Mes impressions  du film (ou voir le film directement)

Le film commence par montrer un plan où on voit deux députés français Pierre Brana et Bernard Cazeneuve dans un avion survolant la colline de Murambi, au Rwanda. Ils font partie de la mission parlementaire d’information qui a enquêté en 1998 sur le rôle de la France au Rwanda.  Ils arrivent sur le site de Murambi, où le téléspectateur peut voir les corps déterrés et peut comprendre qu’ils ont été enterrés (si on peut utiliser ce mot) dans des conditions abominables qui ont empêché leur décomposition. 

Le film rappelle la sortie du rapport de la Commission d’enquête parlementaire du Sénat belge sur les événements du Rwanda, qui a provoqué une campagne médiatique et sous cette pression la mise en place de la mission parlementaire d’information. (Une première en France, sur les affaires externes et surtout sur la politique de la France en Afrique).

Le film revient  sur comment François Mitterrand a décidé de mettre en place la première opération militaire au Rwanda, suite à l’attaque militaire du FPR (arme rwandaise du régime actuel au Rwanda) le 1 octobre 1990. Le président Habyarimana avait demandé à la France de l’aider et son homologue français lui avait répondu favorablement. Officiellement les militaires français sont intervenus pour protéger les ressortissants français qui vivaient au Rwanda, en réalité  les militaires français sont intervenus pour contrer l’avance du FPR.

Sur l’engagement des militaires français, les deux députés français expliquent aux responsables d’Ibuka (association rwandais des rescapés) eu au Ministre à la présidence Patrick Mazimpaka qu’il faudrait des preuves. Ils s’entretiennent à huis clos avec les ex FAR (armée rwandaise sous le régime de Habyarimana), anciens compagnons du major Cyiza.  La conclusion de la mission parlementaire sur la première opération a été que « Les soldats français avaient été à la limité de l’engagement direct, si la France n’est pas allé sur le terrain, elle est toutefois intervenue de façon extrêmement  proche des FAR ».

Francois Lamy, un élu français témoigne sur la politique de la France en Afrique, elle n’est pas un enjeu électoral et est un domaine réservé du président de la république. C’est ainsi que Francois Mitterrand avait créé une cellule africaine présidée par son fils Jean Christophe Mitterrand. Par exemple l’ambassadeur de France au Rwanda avait préconisé de mettre avant l’origine extérieur de l’attaque du FPR, de la faire passer pour une agression externe.

Le film zoome sur le président Habyarimana, qui a imposé un régime despotique suite à un coup d’état en 1973. Il se présentait aux yeux du monde comme le père de tous les Rwandais, Hubert Vedrine répond à la mission parlementaire « Mitterrand estimait qu’il fallait faire front uni derrière le président Habyarimana, car à l’époque il avait bonne réputation, on parlait de la Suisse d’Afrique, il gérait bien son affaire ». Il ne fallait donc pas remplacer Habyarimana. Le Rwanda paraissait comme un pays stable avec un président stable mais à quel prix ? A quel prix humain.

La suite du film est la partie historique, jusqu’au début du génocide : la guerre, l’ouverture de l’espace politique sous la pression de la France, la monte des partis extrémistes, les accords d’Arusha, les énormes concessions faites par Habyarimana et le fait que la France a vu de des accords une opportunité  de se retirer du guêpier rwandais. 

Le film évoque l’opération Amaryllis à partir du 08/04/1994, cette opération était prévue pour évacuer les ressortissants français et les travailleurs rwandais auprès des institutions françaises au Rwanda. Cette mission aurait plutôt évacué les ressortissants français et les hauts dignitaires du régime de Habyarimana en laissant sur place et en danger les travailleurs rwandais des institutions françaises . L’opération turquoise est aussi évoquée.

Le film finit par les conclusions de la mission parlementaire,  elle a mis en lumière  les erreurs politiques de la France au Rwanda. Elle a préconise un  contrôle de l’exécutif sur la politique du président en Afrique pour éviter que les mêmes erreurs soient commises, cela n’a pas été mis en application. Enfin la mission a mis en lumière que c’était  tout le système de l’ONU qui a été mis en cause.

Commentaire : toute ressemblance avec le Rwanda d’aujourd’hui est fortuite..

Les questions/ réponses

  • La première question a été posée par un panafricain, il a dénoncé qu’une fois de plus les français projettent un film pour parler des africains qui s’entretuent, sans évoquer le pillage des matières premières africaines par la France. A une question hors sujet, il  n y a pas eu des réponses.
  • En reconnaissant le travail qui a été faite et la qualité du film, un participant a demandé pourquoi en 2019 les organisateurs avaient évoqué qu’une partie de l’histoire rwandaise, l’impact sur l’opinion non connaisseur de l’histoire du Rwanda  ? La réponse a été que le film était projeté dans le registre des commémorations des 25 ans du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, le sujet de la responsabilité de la France étant toujours d’actualité 25 ans après, le film couvre les événements où la France était impliquée. Cependant le film ne résume pas le travail de MSF CRASH sur le Rwanda. Leur travail couvre aussi les exactions commises par le FPR.  Leur maison a même publié un livre « Génocide et Grimes de masse » qui couvre les crimes en République démocratique du Congo aussi. Les moyens ont manqué pour filmer les crimes commis dans la région occupée par le FPR et enfin MSF a dénoncé dès 1995 les conditions de détention des prisonniers au Rwanda et a été chassé du Rwanda par le nouveau régime après avoir dénoncé le massacre des réfugiés rwandais de Kibeho.
  • Quel est le regard de la situation actuelle du Rwanda ? La réponse a été : le Rwanda est un pays Stable, avec un président stable, très stable, mais à quel prix ? Un des organisateurs  a expliqué comment au Rwanda, les citoyens sont obligés d’aller déclarer auprès des autorités les visites de leurs membres de famille quand ils viennent des autres localités et qu’ils vont passer la nuit. Il a été  souligné que depuis de nombreuses années, les organisations des droits de l’Homme sortent des rapports sur le Rwanda, HRW et les  autres ne sont pas des menteurs.
  • La neutralité de la France ne peut-elle pas être remise en cause, si on considère que la France avait des accords de coopération militaire avec le Rwanda et que donc elle aurait dû aider ? Les organisateurs notent cette opinion sans toutefois la partager.
  • Les dernières révélations des médias sur l’implication de la France sont-ils  un fait nouveau ? Les organisateurs ont fait observer que tous les ans, au mois de février, à l’approche des dates commémoratives, des scoops sortent sans faire vraiment avancer les choses. Le seul élément à ce stade qui pourra apporter du nouveau sera l’ouverture et la declassification de toutes les archives.
  • Un autre panafricain d’origine rwandaise a pris la parole pour dire que depuis que la France est partie du Rwanda, le pays va bien, ville propre, un bon président et que c’est cette histoire qu’il faudrait raconter et non les africains qui s’entretuent… 
  • Avis sur la note de la DGSE (révélation de Médiapart) ? : un énième scoop, elle apporte une grande confusion, comment juger un élément hors de son environnement.
  • L’attentant de l’avion présidentiel est-il un élément important étant donné  l’ampleur de ce génocide ? oui car l’avion transportait deux présidents, celui du Rwanda et celui du Burundi et c’est l’élément déclencheur du génocide. S’il s’avérait que le FPR est responsable, il pourrait perdre sa légitimité.
  • Comment expliquer le silence des français et de la communauté internationale ? Les pays africains n’ont pas bronché non plus, et l’ONU subissait une pression américaine.
  • Quel est le retour d’expérience pour MSF CRASH, qu’auraient-ils pu faire mieux ? Ils auraient aimé sauver leurs collègues, faire plus.
  • MSF a-t-il subi la pression de la part des autorités françaises ? Au début la cellule africaine voulait leur faire taire.
  • Que faudrait-il faire pour que 25 ans après, les choses bougent : il faut militer pour l’ouverture des archives. Malheureusement ce sujet intéresse peu des gens.
  • La France a-t-elle livré des armes dans les camps des réfugiés ? Cet élément n’est pas assez documenté. L’incrimination de la France est maximale entre 1990 et 1993. Après la fin de l’opération turquoise, on peut dire que non, il y a très peu des pièces conclusives. Quand on déploie des soldats sur le terrain, plusieurs scenarii sont envisagés, le témoignage d’Ancel parait faible, il décrit un des scenarii possible mais pas celui joué.

Pour ceux intéressés par le sujet, un colloque sur les violences extrêmes sera organisé en mars à Paris du 20 au 23 mars.

https://www.paris-iea.fr/fr/evenements/extreme-violence-investigate-rescue-judge-syria-rwanda-democratic-republic-of-congo

Agathe Uwilingiyimana – la novatrice rwandaise

En passant

Introduction

il y a plusieurs mois j’ai voulu écrire un article sur Agathe Uwilingiyimana, j’avais commencé et avais laisser dormir le sujet car je n’étais pas prête à parler de sa mort. La dernière actualité sur son sujet m’a donné le courage d’aller faire la spéléologie dans les documents du TPIR, à la recherche de la vérité. Je souhaite avant tout comprendre actuellement ce qui s’est passé et si possible d’une source objective. Il m’est important de comprendre le passé et plus précisément les erreurs qui ont été faites afin d’en tirer des leçons pour la société rwandaise de demain, telle est ma démarche.  A ce titre je n’ai pas cité les noms des personnes incriminées,  je ne me suis pas attardée aussi sur la responsabilité pénale considérant que cela a été le rôle du TPIR. Avant d’évoquer les dernières heures d’Agathe Uwilingiyimana, j’ai voulu lui rendre hommage, en retraçant quelques éléments de sa vie.

Quelques éléments clés de sa biographie

Pour cette partie, la source est «Agathe Uwilingiyimana Biography – Forum for African Women Educationalists ».

  • Agathe Uwilingiyimana  est née le 23 mai 1953, elle était la quatrième d’une famille de 7 enfants.
  • Quand elle était enfant, elle avait un côté garçon manqué.
  • A l’école secondaire elle s’est impliquée dans les activités philanthropiques. Par exemple elle allait rendre visite aux malades à l’hôpital CHK avec ses amies, elles faisaient des tours dans la ville de Kigali pour récolter les habits et les articles de première nécessité pour les malades.
  • Dès sa jeunesse, sa personnalité était marquée par la volonté de prendre soin des autres et d’atténuer l’injustice dans la société.
  • En 1973 alors qu’elle entamait son second cycle au lycée, le Rwanda était en prise avec des violences sur base de haine ethnique  visant des élevés et des étudiants Tutsi ; Quand la haine ethnique a atteint son lycée, Agathe Uwilingiyimana s’est illustrée en prônant l’amour de l’autre et l’harmonie et elle a conseillé ses camarades de ne pas céder/se mêler à la haine ethnique.  Malheureusement les élevés Tutsi de sa classe fut chassés du lycée, par la suite elle a encouragé deux d’entre eux  à reprendre leurs études.
  • Un autre trait de sa personnalité était  son rejet pour l’injustice et l’intolérance.
  • Après les études secondaires,  contrairement à la majorité des rwandaises qui s’empressait de se marier (pour se conformer à la tradition), elle a fait le choix de poursuivre les études universitaires.
  • Elle avait candidaté à  l’institut Pédagogue National et a été acceptée dans les maths-chimie à Butare. Elle a opté pour une carrière d’enseignante à la place de celle d’ingénieur pour se consacrer aux plus jeunes.
  • Avec son mari, ils prenaient en charge financièrement trois foyers : le leur, celui de ses parents et celui de ses beaux-parents.
  • A Butare, elle avait créé une coopérative des enseignants pour que les enseignants de faible revenus et ceux de moyens revenus puissent s’entraider. Chaque enseignant contribuait  à hauteur de 1000 Francs rwandais. A la fin  Agathe Uwilingiyimana s’est retrouvée à gérer une grosse somme d’argent.
  • En 1989, Agathe Uwilingiyimana est promue directeur des PMI, Petites et Moyennes Industries à Kigali. Un ancien collègue a témoigné : «Quand elle est arrivée, elle nous a étonnés avec son sens de dialogue, du débat et son intransigeance. Quand elle était convaincue qu’une décision était juste, elle ne changeait pas d’avis. Elle faisait face à ses supérieurs quand elle considérait qu’elle avait raison. Quand elle n’était pas sûre, elle pouvait changer d’avis. Son côté féminin pouvait surgir et les hommes l’appréciaient pour cela. ».
  • Elle avait fondé l’association SERUKA, en collaboration avec d’autres femmes intellectuelles rwandaises. L’objectif de l’association était de promouvoir la contribution des femmes rwandaises pour qu’elles soient plus actives dans le développement du pays. Elle avait fait le constat que les femmes étaient reléguées au second plan.
  • En 1992, elle est devenue ministre de l’éducation primaire et secondaire pour le compte du parti MDR. Une ses actions notable a été de mettre fin au système de quota sur la base de l’ethnie et du régionalisme dans les écoles qui favorisait les inégalités dans la population rwandaise et à la place elle a encouragé un système basé sur le mérité.
  • Le 08 mai 1992, elle a été agressée par les Interahamwe pour avoir abrogé le système des quotas. Des milliers des femmes accompagnées de leurs filles ont bravé alors Interahamwe et ont manifesté pour la soutenir.
  • 18 juillet 1993, elle est devenue la première et à ce jour la seule femme Première Ministre du Rwanda.
  • Le 07 avril 1994, elle est assassinée par les éléments des Forces Armées Rwandaises.
  • Aujourd’hui elle fait partie des héros nationaux au Rwanda
Une synthèse du CR du procès  du TPIR ayant couvert l’assassinat d’Agathe Uwilingiyimana. L’affaire Military I

En tout plus d’une dizaine des témoins ont déposé sur le rôle joué par la MINUAR pour permettre à Agathe Uwilingiyimana d’adresser un message à la nation sur les ondes de Radio Rwanda et sur les auteurs et l’organisation de l’attaque perpétrée contre l’enceinte de la résidence de la Première  inistre. Je ne citerai que quelques témoignages, cohérents et évalués par la chambre comme état pertinents.

Le 06 avril 1994

Au moment de l’attentat, Agathe Uwilingiyimana était  chez elle à Kiyoyu à Kigali (200m à 300m de l’Ecole Supérieur Militaire ESM). Sa sécurité était composée de 10 gendarmes rwandais et de 6 casques bleus ghanéens de la MINUAR. Elle est informée de la mort du président Habyarimana vers 20h30min par le chef du détachement rwandais chargé de la sécurité. Il lui a conseillé alors de partir avant que la zone ne soit bloquée et elle a refusé. Elle a eu le General Dallaire au téléphone plusieurs fois et lui a confié avoir eu des difficultés à joindre les membres de son cabinet. Elle a voulu adresser un discours à la nation, mais tous les efforts que le Général Dallaire a déployés ont été vains car les hautes instances de l’armée rwandaise s’y sont opposées (la  haute hiérarchie de l’armée, la garde présidentielle positionnée à Radio Rwanda et les barrages tenus par les militaires).

Le 07 avril 1994

Le 07 avril à 5h du matin, une escorte de Lotin (soldat de la MINUAR) composée de quatre jeeps est arrivée à la résidence d’Agathe Uwilingiyimana, ils avaient reçu les informations sur l’emplacement d’un barrage routier par lequel il était possible de passer. L’inquiétude était palpable chez elle, les gendarmes chargés de sa sécurité avaient reçu des informations de leur commandement de peloton que « des membres de la Garde présidentielle seraient en train de sillonner le quartier de Kimihurura, à Kigali et de s’en prendre aux Ministres du Gouvernement ». Dans la nuit, la Première Ministre avait demandé à la MINUAR un renforcement de sa sécurité et les gendarmes chargés de sa sécurité, pendant qu’ils cherchaient un issue pour s’échapper, avaient constaté que «Les barrages routiers situés dans le voisinage de la résidence avaient été renforcés par des militaires, et qu’un véhicule blindé appartenant au bataillon de reconnaissance était arrivé sur les lieux et qu’il avait pointé ses canons sur l’enceinte de la résidence de la Première Ministre. Les militaires qui assuraient la garde du barrage routier situé à proximité de l’ESM tiraient périodiquement des coups de feu et des grenades sur l’enceinte de la résidence de la Première Ministre».

Le témoin XXO, qui a déposé dans ce procès sur l’organisation et sur les auteurs de l’attaquée perpétrée contre l’enceinte de la résidence de la Première Ministre, était présent et a indiqué au TPIR que « vers 5 heures du matin, après l’arrivée des casques bleus belges, l’enceinte de la résidence de la Première Ministre a été la cible de tirs nourris aux armes à feu et à la grenade. À peu près au même moment, le détachement chargé de la sécurité de la Première Ministre s’employait à faire en sorte que la Première Ministre puisse se réfugier dans l’enceinte de la résidence d’un diplomate américain qui jouxtait la sienne. Cette tentative s’étant avérée infructueuse, les gendarmes ont aidé la Première Ministre, son mari et ses enfants, à se cacher dans une autre maison proche de la leur, mais dans des pièces différentes ». Avant de partir se cacher, Agathe Uwilingiyimana avait parlé au général Dallaire pour lui indiquer que des militaires rwandais s’étaient positionnés devant sa résidence. Après avoir caché la famille de la Première Ministre, les gendarmes rwandais sont retournés devant sa résidence pour suivre l’évolution des événements.

Entre 7h30 et 8h00

«Un grand nombre de militaires appartenant à la Garde présidentielle et à l’ESM ont marché sur la résidence de la Première Ministre et ont ordonné aux casques bleus et aux gendarmes de déposer leurs armes. Les militaires rwandais, qui avaient continué à marcher sur la résidence de la Première Ministre ont ensuite ouvert le feu contre celle-ci. Les gendarmes ont battu en retraite et se sont repliés dans la maison voisine où s’était cachée la Première Ministre. Les casques bleus ont été désarmés et conduits à bord d’un minibus au camp Kigali, situé non loin de là ».

Vers 8 h 30 ou 9 heures

Le témoin XXO a pris contact avec sa hiérarchie pour l’informer sur l’attaque qui était en cours, la réponse sa hiérarchie a été qu’elle « demanderait au cours d’une réunion regroupant des officiers militaires qui se tenait à l’ESM ce matin-là qu’il soit mis fin à l’attaque ». Plus tard, le témoin XXO a reçu un appel de sa hiérarchie au même moment que les militaires rwandais donnaient l’assaut à la résidence où était cachée la Première Ministre. Ils ont arrêté le témoin XXO et les gendarmes faisant partie du détachement chargé de la protection de la Première Ministre. « Le témoin XXO les a ensuite entendus crier qu’après avoir fouillé la maison, ils avaient débusqué la Première Ministre ».

Le témoin AE

Il  a déposé lui aussi sur l’organisation et sur les auteurs de l’attaquée perpétrée contre l’enceinte de la résidence de la Première Ministre.

« Le 7 avril 1994 au matin, le témoin AE qui était en poste à un barrage routier situé à proximité de l’ESM, a entendu des militaires de l’ESM crier que la Première Ministre avait été débusquée, suite à quoi, il l’avait vue sortir d’une maison située non loin de là. Selon AE, des militaires venant de la résidence de la Première Ministre et du camp Kigali s’étaient alors dirigés vers elle en courant. À son dire, la Premèrer Ministre a demandé à ne pas être tuée et à être plutôt conduite à l’état-major de l’armée. Il a entendu plusieurs militaires discuter de ce qu’il y avait lieu de faire d’elle, certains d’entre eux disant qu’elle devait être tuée alors que d’autres soutenaient qu’elle devait être conduite à l’état-major de l’armée. Le témoin AE a indiqué qu’il avait donné l’ordre à ses hommes de retourner à leurs postes à l’ESM et que quelques minutes plus tard, il avait entendu des coups de feu. »

Le corps dénudé d’Agathe Uwilingiyimana, était laissé dans l’enceinte de sa résidence. Elle avait subi des agressions sexuelles (ma sensibilité ne me permet pas de retranscrire les termes  utilisés dans le CR du TPIR). « Des militaires appartenant à plusieurs unités, y compris la Garde présidentielle, l’ESM, le bataillon de reconnaissance et le bataillon Huye ont été vus en train de marcher dans la résidence».

La version d’un témoin à charge ATY

Nota : La chambre avait fait observer qu’une partie du témoignage d’ATY a été contestée

ATY a dit que quelques jours avant le 06 avril 1994, son mari lui avait montré une liste des noms des personnes à tuer. Les noms d’Agathe Uwilingiyimana, de Faustin Rucogoza, de Landoald Ndasingwa et de Frédéric Nzamurambaho étaient sur la liste parmi d’autres noms. (Toutes ces personnalité ont été assassinées le 07 avril 1994. Je me permets de partager ici le e témoignage de Fernand Nzamurambaho à RFI « « Des gendarmes chargés de la protection de notre villa sont venus nous alerter », raconte Fernand Nzamurambaho, dix-neuf ans à l’époque. Des militaires sillonnent le quartier pour recenser exactement qui loge où. « Nous étions terrorisés, blottis tous ensemble dans un espace éloigné des fenêtres », poursuit Fernand. Arrive alors un groupe d’une douzaine de militaires en treillis. Ils fouillent la maison de fond en comble, réunissent les domestiques et tous les membres de la famille dans le salon pour procéder à des identifications. Ils finissent par partir. « Nous étions soulagés, nous pensions que c’était fini », poursuit Fernand. Mais un petit groupe d’hommes fait immédiatement marche arrière, et rassemble de nouveau tout le monde dans le salon. « Ils ont tué l’un après l’autre, mon père, ma mère et mes deux frères âgés de 22 et 15 ans. Pas de rafales. A chaque fois, une balle a suffi », précise Fernand. Dans le désordre, il a été épargné. »).

Le 07 Avril au matin, les militaires appartenant à la garde présidentielle sont arrivés chez elle (ATY), ils ont voulu l’assassiner car « qu’il fallait que tous les Tutsis soient tués ». Un des militaires leur a dit « Pourquoi veux-tu tuer cette dame ? Le haut gradé nous a donné une liste, il a demandé que nous ayons fini avec toute cette liste à 13 heures. Est-ce que tu penses que nous en aurons fini avec toutes les personnes qui figurent sur cette liste ? Tu penses qu’on aura sillonné tout le quartier de Kiyovu à 13 heures ? ». Un capitaine de la Garde présidentielle lui avait conseillé de quitter son domicile et sur le chemin elle « a entendu l’un des militaires dire à la Première Ministre « Je ne vous connais pas. Je n’ai rien contre vous, mais [le haut gradé et le Gouvernement nous ont demandé de vous tuer] ».

Nota : à titre personnel, je prends ce témoignage avec des pincettes car dans le CR du TPIR, la chambre n’a pas été « convaincue de la crédibilité et de la fiabilité de son témoignage » sans remettre en cause son vécu personnel. J’encourage tout le monde à aller lire le CR pour se faire un avis.

Délibération

Les avis de la chambre :

  • Elle a jugé «les récits des anciens de la MINUAR « concordants et crédibles sur les démarches infructueuses entreprises par Dallaire afin de convaincre le haut gradé de prendre contact avec la Première Ministre de même que sur les vains efforts qu’il a déployés pour que le 7 avril au matin, elle puisse adresser à la nation un message diffusé sur les ondes de la radio »
  • Elle a estimé « qu’il résulte de l’ensemble des éléments de preuve pertinents présentés en l’espèce que les officiers supérieurs de l’armée rwandaise, dont le haut gradé de l’armée rwandaise étaient, selon toute vraisemblance, au courant de ce plan plus précis ». A savoir qu’Agathe Uwiligiyimana puisse adresser un discours à la nation
  • Elle a considéré que « les témoignages de première main portés par les témoins XXO et AE sur ce qui s’était passé chez la Première Ministre  du 6 au 7 avril 1994 sont à la fois crédibles et convaincants. Ces témoins avaient tous deux été en mesure de suivre les faits qui s’étaient déroulés et la Défense ne conteste pas, d’une manière générale, l’exactitude de leurs dépositions. Il appert clairement de leur relation des faits que des éléments de la Garde présidentielle et du bataillon de reconnaissance ont participé à l’attaque perpétrée contre la résidence de la Première Ministre, de même qu’à l’assassinat de celle-ci et à l’agression sexuelle dont elle a été victime ».
  • Elle a considéré aussi que « les dépositions de DA, DAK, HP, XXJ et Ruggiu (autres témoins) corroborent à divers degrés les éléments de preuve produits à cet égard. Elles confirment les principaux points évoqués dans les témoignages de XXO et d’AE sur le rassemblement des troupes autour de la résidence de la Première Ministre, la présence de véhicules blindés sur les lieux et l’état dans lequel se trouvait le corps de la victime. La Chambre relève qu’aucune contestation particulière n’est soulevée par la Défense sur leur déposition sur ces questions à caractère général ».

Les arguments de la défense

« La Défense fait valoir que les témoignages de XXO, de AE et d’autres personnes établissent sans équivoque le caractère chaotique de l’attaque, ce qui démontre qu’elle n’est pas conforme au canevas d’une opération militaire organisée. À l’appui de cette thèse, la Défense de haut gradé de l’armée rwandaise invoque la déposition de Marchal qui, après avoir examiné le témoignage de AE, a affirmé que le meurtre de la Première Ministre ne semblait pas avoir été organisé, attendu que ses auteurs ne s’étaient pas entendus sur ce qu’il fallait faire d’elle ».

Les observations de la chambre :

  • La proximité dans le temps du meurtre d’Agathe Uwilingiyimana  avec le meurtre d’autres politiciens modérés perpétré dans le quartier de Kimihurura qui jouxtait Kiyovu.
  • L’utilisation des véhicules blindés et le rassemblement des militaires au cours de la nuit.
  • La participation des éléments appartenant à des unités d’élite de l’armée rwandaise.

Pour la chambre ces observations « constituent des raisons valables de penser qu’il s’agissait d’une opération militaire organisée ».

Ce que la chambre a refusé catégoriquement :

  • « D’ accueillir dans ce contexte l’idée que des unités d’élite de l’armée rwandaise puissent se permettre de tirer de manière soutenue des balles et des grenades contre des gendarmes rwandais et des casques bleus de l’ONU, de les arrêter ensuite,  puis d’assassiner sauvagement et d’agresser sexuellement la  Première Ministre de leur pays ».
  • sans que leurs actes ne s’inscrivent dans le cadre d’une opération militaire.
  • Selon le témoignage d’AE, certains militaires avaient refusé de suivre cette ligne de conduite. Cet élément n’entrait pas en contradiction avec la conclusion ci-dessus.
  • La chambre a eu des difficultés à Imputer l’opération militaire aux accusés « Elle fait observer toutefois que la question qui consiste à savoir dans quelle mesure la responsabilité de cette opération militaire peut être imputée aux accusés continue de se poser ».

Malgré cela, la chambre a considéré que :

  • Le haut Gradé exerçait son autorité sur l’armée rwandaise au moment de l’attaque
  • l’ordre de perpétrer une telle attaque ne pouvait émaner que de la plus haute autorité militaire du pays qui était à l’époque ce haut gradé de l’armée rwandaise.
  • qu’elle garde également présent à l’esprit le refus de l’accusé de prendre contact avec la Première Ministre, le fait qu’il la soupçonnait d’être impliquée dans une tentative de coup d’État, et la connaissance qu’il avait de l’intention de la MINUAR de la voir adresser un message à la nation.
  • Elle n’avait pas de preuves suffisantes pour conclure que les trois autres militaires accusés étaient impliqués directement dans ce crime.

Conclusion Juridique

Ici, je ne cite que la conclusion juridique relative au crime d’Agathe uwilingiyimana :

La chambre « a conclu que le haut gradé était  impliqué dans les crimes qui ont été commis contre Agathe Uwilingiyimana » et les autres personnalités ou populations.

La suite du CR parle de la responsabilité pénale. Je vais juste citer un paragraphe qui me parle tout en encourageant pour une énième fois les personnes à lire d’eux-mêmes les CR du TPIR.  La chambre a soulevé un questionnement que je me pose depuis de nombreuses années. La conclusion est  relative au « fait de ne pas avoir empêché ou de ne pas avoir sanctionné ». La chambre a réfuté « catégoriquement l’allégation selon laquelle les crimes commis par les subordonnés du haut gradé de l’armée rwandaise étaient, dans une certaine mesure, spontanés et que l’armée ne disposait pas des ressources nécessaires pour y mettre fin tout en combattant le FPR. Elle fait observer que s’il est vrai qu’elle manquait de ressources, c’est bien parce que celles-ci avaient été engagées par les autorités militaires dans la voie de la perpétration de crimes »

Qui a décidé d’utiliser les moyens de l’armée rwandaise contre sa propre population et ce au plus fort de la guerre ? En effet dans mon quartier paumé de Kigali, sur la route de Kadhafi une auto blindée est passée à trois reprises !

Je pense que le rôle premier d’une armée est de protéger un pays, sa population. Au Rwanda les autorités ont tendance à faire de l’armée leur jouet  personnel. L’armée est utilisée souvent contre son peuple. C’était vrai hier et c’est toujours le cas aujourd’hui.

Mutima@Turakeye-  Itahe ni Ubusa

En passant

By François Nkurunziza

I guess some one was really loved and has not been forgoten .

Naguturaga inanga nziza, nagukundaga mu gitaramo kirya gihe cyanze gushira.


Mu mutima ugukunda iteka ndakwibuka ahubwo itahe ryo n’ubusa.


Mu ruganiriro duhuye, ku mazimano y’urukundo hasaga nk’ahabigenewe.


Mu mutima ugukunda iteka ndakwibuka ahubwo itahe ryo n’ubusa.

Ijambo nari kukubwira, rimereye indi muri iyi mbyino, n’urwibutso rutazashira.

Mu mutima ugukunda iteka ndakwibuka ahubwo itahe ryo n’ubusa.


Umutima wamenye byinshi, muribyo nacyo wigeze ubona, byarashize twiririmbire.


Mu mutima ugukunda iteka ndakwibuka ahubwo itahe ryo n’ubusa.


Iryanzu niyo nzira nziza, binyibutsa amararo menshi n’ibishize karahanyuze.


Mu mutima ugukunda iteka ndakwibuka ahubwo itahe ryo n’ubusa.


Ndakwibuka no mu bikomeye, Imana niyo ibizi yonyine, kuko nahisemo guhora.


Mu mutima ugukunda iteka ndakwibuka ahubwo itahe ryo n’ubusa.


Amajwi meza yiyi nanga, n’amagambo anurutse ingonko nibigutahe k’umutima.


La richesse de la culture Rwandaise.


@Rwanda you are my country, a country of thousand hills, a country where artists flourish. Love for Rwanda

Panya roads, ces sentiers sans fin

En passant

Un plongeon en 1959

Il me semble important, quand on parle des réfugiés rwandais, de commencer en 1959. En effet la révolution de 1959 a amené une partie des Rwandais à s’exiler dans les pays voisins du Rwanda.  Je ne connais pas leur histoire pour bien en parler, mais je suis en train de lire un livre d’un ancien réfugié en Ouganda. Sa famille était passée par le Burundi, où elle a vécu dans des conditions précaires. Quelques années plus tard ils ont quitté le Burundi pour l’Ouganda. Une fois là-bas ils ont connu des années d’accalmie. Les enfants ne pouvaient pas aller à l’école, ils élevaient des vaches et échangeaient  du lait contre le savon, le sucre, les habits… Au plus fort de la tyrannie et de la dictature d’Idi Amin Dada, il a commencé  en s’en prendre aux réfugiés rwandais, ils étaient menacés d’un retour forcé au Rwanda. (J’en suis là dans ma lecture, je souhaitais néanmoins leur consacrer quelques lignes).

Je me suis sentie très proche ce cet enfant réfugié, la souffrance et la peur de sa famille sont réelles.  Je vois dans le fait d’avoir été forcée à devenir réfugiée à mon tour en 1994, une opportunité pour comprendre le chemin long que mes compatriotes avaient parcouru de 1959 à 1994. Il y a toujour un aspect positif dans chaque situation.  L’ironie de la vie a fait que le personnage de mon livre est redevenu réfugié politique. Il est né réfugié, a combattu pour rentrer au Rwanda, ne pouvant pas supporter le caractère répressif du régime en place, il est de nouveau réfugié.

Un  plongeon en Juillet 1994

Le 21 Juillet 1994, France 2 diffuse un reportage sur l’épidémie du choléra qui faisait rage à la frontière entre le Rwanda et le Zaïre.

Dans le reportage,  pour commencer le journaliste évoquait  l’ampleur de la situation humanitaire qui n’était  pas descriptible.  «Les organisations humanitaires tentent de faire face au Rwanda, mais l’ampleur du drame est telle que les responsables qui travaillent sur le terrain reconnaissent leur impuissance. A la barbarie de la guerre, il faut maintenant ajouter le choléra ». Juillet 1994 a marqué le début de l’épisode de choléra, l’épidémie était  foudroyante et avait fait des milliers des morts. Un médecin à Goma avait déclaré à France 2 « A chaque minute qui passe un refugié meurt ».

Le téléspectateur était emporté devant  un centre des Médecins Sans Frontières : « Des centaines des mourants arrivent au centre », ils étaient  transportés dans des autobus entiers et venaient de tous les horizons. Les zaïrois étaient touchés aussi.  Pour faire face à cette épidémie ils étaient deux médecins et trois infirmières expatriés et étaient  assistés par des refugiés eux-mêmes ou des zaïrois.

Une docteur s’exprimait sur le micro de France 2 : « On est submergés, il y a beaucoup  de cas,  il y a beaucoup du monde qui afflue encore. Sur le chemin quand on est venus ce matin on a ramassé 800 corps que l’on a découverts sur les bords de la route. Ce matin quand nous sommes arrivés ici il y avait déjà une centaine des corps. Quand on va repasser pour prendre tous les  corps des gens décédés  il y en aura encore une centaine. De toutes les façons réhydrater les gens avec le personnel que l’on ne connait pas que l’on engage comme cela… on est dépassés complètement ».  Face à l’ampleur de l’épidémie et le manque des moyens, elle avait été jusqu’à déclarer  que leur présence avait un impact faible. Elle espérait sauver quelques personnes tout de même et  était  prête à revenir au lendemain faire face à deux fois plus des morts.

Cet épisode de cholera a emporté des milliers des réfugiés rwandais. « La période d’incubation est de 3 jours et l’immunité est très faible » avait dit la docteure.  L’eau potable manquait et cela conduisait  les réfugiés à boire l’eau souillée du lac Kivu ou celle trouvée sur le chemin. Impuissante la docteur avait conclu « Des toutes les façons cela ne change absolument rien ».

Un chapitre dans la mémoire de notre pays ?

« Un mort par minute » n’est pas rien.  Le 21 juillet 1994 l’Histoire et la mémoire  de ces tristes épisodes ne sont pas encore politisées. Le vocabulaire utilisé dans le reportage est correct « la barbarie de la guerre », « des milliers des morts », « des réfugiés ». L’empathie n’est pas  sélective, ces réfugiés n’étaient pas encore assimilés à des génocidaires, leur drame pouvait encore être raconté. Personne ne s’en est  pris aux journalistes de France 2 pour cette diffusion. Ce reportage n’a pas assassiné la mémoire des victimes du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.  

24 ans après, quand on parle de ces morts, on deviendrait négationniste. Je pose la question en quoi parler de ces évènements qui ont lieu au Zaïre est nier ce qui s’est passé au Rwanda ?

Je vais vous raconter une histoire, pour protéger les personnes, je suis obligée de brouiller les pistes pour ne pas que l’on puisse les  identifier. C’est l’histoire d’un enfant  issu d’une famille mixte un de ses parents est hutu et l’autre est tutsi. Durant le génocide en 1994, il a perdu ses oncles ses cousins et ses tantes. Arrivés au Zaïre, une partie de ses oncles, de ses tantes et de ses cousins a été emprtée par le choléra en 1994 et plus tard sous les balles de l’AFDL/APR en 1996 quelques tantes et cousins ont péri  aussi (dans la première guerre au Congo).

Aujourd’hui cet enfant est devenu adulte, quand il  évoque ses oncles, ses tantes et ses  cousins qui sont morts en RDC peut-on dire qu’il est en train d’assassiner la mémoire de ses oncles, ses tantes, ses cousins tués durant le génocide ?

Le retour dans le présent

Ci-dessous un extrait d’un article publié ce début  février 2019 sur jambonews.net :

http://www.jambonews.net/actualites/20190207-rwanda-rdc-refugies-rwandais-de-nouveau-massacres/

« Sous les balles et les obus des assaillants, les réfugiés ont dû quitter leurs habitations de fortune précipitamment, laissant derrière eux leurs biens, leurs plantations et leurs cultures. Ceux de Faringa ont également dû subir l’incendie volontaire de leurs abris. C’est donc démunis que ces réfugiés rwandais se trouvent comme en 1996-1997 sur le chemin de l’exode. Les dernières informations en notre possession font état de réfugiés apeurés, fatigués, et manquant de nourriture et de soins de première nécessité. »

Il est frappant à quel point ce texte aurait pu être écrit à l’identique en 1994, en 1996… comme si toutes ces épisodes sont insignifiantes dans l’Histoire du Rwanda.

Le nombre des réfugiés rwandais  tués qui circule est de 168 morts (les attaques contre eux-continuent).  Ce chiffre peut paraitre dérisoire eu égard le passé dramatique du Rwanda. Pour ma part,  une seule  personne tuée est déjà de trop, dans le cas particulier des Rwandais, cela veut dire que le compteur continue de tourner.


J’aimerais que les réfugiés de 1959 puissent voir dans leur histoire une opportunité pour comprendre les réfugiés rwandais de la RDC, les réfugiés rwandais d’aujourd’hui …la peur que leur famille ou eux aient ressentie à l’évocation d’ un retour forcé au Rwanda est la même peur que leurs compatriotes ressentent aujourd’hui.

Un plongeon dans la culture

En principe les morts ont une place particulière dans la société rwandaise, traditionnellement ils étaient honorés et respectés. Il fut un temps où on mettait de côté une boisson, de la nourriture pour eux, pour partager avec eux, pour les convier à notre table.  De nos jours, on  met les morts de côtés et on n’hésite pas à salir leur mémoire.

Il ne suffit pas de prétendre que tout va bien pour que cela aille. Il ne suffit pas de dire que l’on est panafricain et le devenir. Je ne suis pas panafricaine et quand je vois ceux qui clament l’être, je parle de ceux qui ne respectent pas leur culture rwandaise en déshonorant les morts, je suis fière de me dire humaniste.