Un nourrisson de quatre mois meurt seul dans une maison après l’arrestation de sa mère.
C’est l’histoire d’un nourrisson de quatre mois, qui n’avait commis aucun crime. Il ne pouvait ni comprendre ce qui se passait, ni appeler à l’aide. Il attendait simplement le retour de sa mère.
Mais sa mère n’est pas rentrée. Selon les informations rapportées par Bosco Empire sur sa chaîne YouTube, cette femme, présentée comme une vendeuse ambulante, a été arrêtée lors d’une opération menée contre les vendeurs ambulants à Nyabugogo, à Kigali. Elle a supplié les policiers de la laisser rentrer chez elle, expliquant qu’elle avait laissé son nourrisson de quatre mois enfermé dans le petit logement où elle vivait, à Gatsata, et qu’il n’y avait personne d’autre pour s’en occuper. Quelques jours plus tard, des voisins ont découvert que le bébé était mort seul dans la maison. L’histoire est difficile à lire. Elle l’est encore davantage parce qu’elle ne raconte pas seulement la mort d’un enfant. Elle pose une question plus profonde : que devient une société lorsque, derrière l’application des lois, on ne voit plus les êtres humains qui en subissent les conséquences ?
Cette histoire est également celle d’un jeune policier, Jean Jacques, profondément bouleversé par la mort de cet enfant. Il a exprimé son indignation dans un groupe WhatsApp de policiers. Il aurait ensuite été emmené, il est depuis porté disparu, son entourage ignore où il se trouve.
Nous ne disposons pas, à ce stade, d’éléments indépendants permettant de vérifier l’ensemble de ces faits. Nous rapportons donc cette histoire telle qu’elle a été rendue publique et telle qu’elle a été confirmée dans les commentaires par certains internautes affirmant être originaires de Gatsata.
Une mère arrêtée, un bébé laissé seul
L’histoire commence lors d’une opération de police visant les vendeurs ambulants à Nyabugogo. Une des unités de la police, basée à Kacyiru, est déployée dans le cadre de cette opération destinée à arrêter les vendeurs ambulants présents dans le secteur.
En fin de journée, les policiers arrêtent une femme qui vend des boissons dans la gare routière de Nyabugogo. La femme leur supplie de la laisser repartir et leur explique qu’elle a un nourrisson de quatre mois qu’elle a laissé seul dans son petit logement à Gatsata. Elle précise qu’elle ne vit avec personne d’autre qui pourrait s’occuper de l’enfant en son absence. Elle propose de remettre aux policiers les marchandises qu’elle vend et leur demande pardon. Elle leur explique qu’elle souhaite simplement rentrer chez elle pour retrouver son enfant. C’est à ce moment-là que Jean Jacques intervient.
Le jeune policier fait partie de ceux qui souhaitent que la femme soit relâchée afin qu’elle puisse rentrer chez elle et s’assurer que son bébé est en sécurité. Mais le commandant qui dirige la patrouille refuse de la laisser partir. Jean Jacques demande lui-même que la femme soit libérée, compte tenu de la situation de son enfant. La femme est finalement conduite au centre de détention de chez Kabuga. Ses marchandises sont confisquées au poste de police de Nyabugogo.
Son bébé reste seul à la maison.

Quatre jours plus tard, les voisins découvrent le drame
Quatre jours s’écoulent avant que les habitants du quartier ne commencent à s’inquiéter de la situation. Des voisins remarquent une odeur inhabituelle provenant de la maison où vit la femme avec son enfant. Ils alertent alors les autorités locales. Les responsables du quartier se rendent sur place et ouvrent la porte de la maison. Ils découvrent le nourrisson mort. L’enfant est déjà en état de décomposition et l’odeur a commencé à se répandre à l’extérieur de la maison. Les voisins constatent également la présence de nombreuses mouches autour du corps de l’enfant.
Bosco Empire avait invité les habitants de Gatsata à confirmer ce fait divers dans les commentaires de sa vidéo sur YouTube. Des internautes ont répondu et confirmé les faits rapportés. Dès lors, une question essentielle se pose : que s’est-il passé pendant les quatre jours qui ont suivi l’arrestation de la mère ? La question est d’autant plus importante que la mère avait clairement indiqué aux policiers qu’elle avait laissé un nourrisson seul à son domicile.
Qui était responsable de cet enfant ?
Lorsqu’une personne est arrêtée, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une mère qui affirme avoir laissé un bébé seul à son domicile, une autre question devrait immédiatement se poser : qui s’occupe de l’enfant ? Dans une telle situation, les autorités ne devraient-elles pas vérifier immédiatement où se trouve l’enfant et s’assurer qu’il est en sécurité ? Qui devait se rendre au domicile de la famille ?
Qui devait vérifier que le bébé avait de quoi manger et qu’une personne pouvait s’occuper de lui ?
Qui devait prévenir la famille ou les services compétents ?
Ces questions sont essentielles, car un nourrisson ne peut pas être tenu responsable de la situation de ses parents. Il ne peut pas comprendre pourquoi sa mère ne revient pas. Il ne peut pas demander de l’aide. Il dépend entièrement des adultes pour sa survie.
Si la mort de cet enfant pouvait être évitée, alors il ne s’agit plus seulement d’une tragédie familiale. Il s’agit d’une question de responsabilité collective.

Jean Jacques, un policier bouleversé par la mort de l’enfant
Une fois le corps découvert, les autorités locales cherchent à comprendre ce qui est arrivé à la mère de l’enfant. Elles apprennent qu’il s’agit d’une vendeuse ambulante détenue au centre de détention de chez Kabuga. L’histoire arrive aux oreilles du jeune policier qui est profondément bouleversé. Il décide alors de partager son indignation dans un groupe WhatsApp réunissant des policiers.
Voici le message qui lui est attribué : « Je suis profondément attristé parce qu’il y avait une mère que nous avons arrêtée et détenue à Kwa Kabuga. Elle nous avait dit qu’elle avait un bébé de quatre mois qu’elle avait laissé enfermé dans une maison à Gatsata. Nous avons ensuite appris que cet enfant avait été retrouvé mort dans la maison. Il était déjà en état de décomposition et c’est lorsque l’odeur a commencé à sortir que les voisins ont découvert que le bébé était mort dans la maison. »
Jean Jacques rappelle ensuite qu’il avait lui-même demandé au commandant de faire preuve de clémence envers cette femme et de la laisser rentrer chez elle.
Il écrit : « J’ai moi-même demandé au commandant de faire preuve de clémence envers la mère pour qu’elle puisse aller s’occuper de son enfant. » Puis il pose une question particulièrement lourde de sens : « Ce commandant, même s’il est policier, verra-t-il le paradis ? » Cette phrase peut être comprise comme une interrogation sur la responsabilité morale de celui qui a refusé de laisser cette mère rentrer auprès de son enfant.
Ces propos témoignent d’un profond malaise. Le jeune policier est confronté à une situation dans laquelle son devoir professionnel entre en contradiction avec ce que lui dicte sa conscience. Il a vu une mère demander à retrouver son enfant. Il a ensuite appris que cet enfant était mort. Et il estime que cette mort aurait peut-être pu être évitée.
Un message supprimé, puis Jean Jacques est emmené
Le message publié par Jean Jacques dans le groupe WhatsApp est rapidement supprimé par l’administrateur. Peu après, le jeune policier est emmené.
Ses collègues ne savent pas où il se trouve aujourd’hui. Sa famille pense qu’il est toujours dans la police ou l’armée elle n’a pas été informée de la situation. Jean Jacques aurait été accusé de chercher à influencer d’autres policiers en leur demandant de faire preuve de compassion et d’humanité. À partir de quel moment l’expression d’une conscience personnelle devient-elle considérée comme une menace pour une institution ? La compassion est-elle devenue une faiblesse ?
Un policier doit respecter les lois et les règles qui encadrent son travail. Il doit également exécuter les missions qui lui sont confiées. Mais le respect des règles ne devrait pas signifier l’abandon de toute conscience humaine. Un policier peut-il se demander ce qui arrivera à un enfant lorsque sa mère est arrêtée ? Peut-il demander qu’une exception soit envisagée lorsqu’une vie innocente est en jeu ?
Peut-il exprimer son désaccord lorsqu’il estime qu’une décision risque d’avoir des conséquences dramatiques ? Ces questions sont importantes, car les forces de sécurité ne sont pas composées de machines. Elles sont composées d’hommes et de femmes qui, eux aussi, possèdent une conscience.
La discipline est nécessaire dans toute institution. Mais elle ne devrait jamais avoir pour prix la disparition de l’empathie.

Derrière chaque vendeuse ambulante, il y a une famille
Le sort des vendeurs ambulants est souvent abordé à travers les questions d’ordre public, de réglementation ou de propreté des rues. Mais derrière chaque personne qui tente de vendre quelques marchandises dans la rue se trouve une histoire personnelle. Il peut s’agir d’une mère célibataire qui cherche à nourrir ses enfants, d’une femme qui ne dispose d’aucun emploi stable ou d’une famille qui ne parvient plus à couvrir ses besoins essentiels. Ces personnes ne sont pas seulement des « vendeurs ambulants ». Ce sont aussi des parents, des frères et sœurs, des fils et des filles.
Dans le cas de cette femme, cette réalité prend une dimension particulièrement tragique. Elle était avant tout une mère qui demandait à rentrer auprès de son bébé. Elle a accepté de remettre aux policiers les marchandises qu’elle vendait et leur a demandé pardon. Elle demandait simplement à pouvoir exercer son rôle de mère. Et derrière elle, il y avait un enfant qui dépendait entièrement d’elle.
La lutte contre le commerce ambulant ne devrait donc jamais faire oublier les réalités sociales qui poussent certaines personnes à vendre dans la rue. La pauvreté n’est pas un crime.
Que font les femmes présentes dans les institutions pour les autres femmes ?
Le Rwanda est régulièrement présenté comme un pays ayant fait des progrès considérables en matière de représentation des femmes dans les institutions. Cette présence est souvent mise en avant comme l’un des signes de la réussite du pays. Mais une question mérite d’être posée : que signifie concrètement cette représentation pour les femmes les plus vulnérables ? La présence des femmes dans les institutions ne devrait pas être seulement une question de statistiques ou de représentation politique. Elle devrait également se traduire par une attention particulière aux femmes et aux enfants les plus exposés à la pauvreté et à la précarité.
Une femme qui occupe une position d’autorité devrait pouvoir comprendre la détresse d’une autre femme. Elle devrait pouvoir demander si cette mère a des enfants, où ils se trouvent et qui s’en occupe.
Elle devrait pouvoir rappeler que la protection des femmes et des enfants ne s’arrête pas aux portes des institutions.
Derrière la vitrine de l’Afrique, des drames humains qui restent invisibles
Le Rwanda est souvent présenté comme une réussite africaine. Le pays met en avant son ordre, sa propreté, sa sécurité et son développement. Cette image a contribué à construire une véritable vitrine internationale : celle d’un pays moderne et organisé qui se veut un modèle pour le continent. Mais derrière cette vitrine, il existe une autre réalité. Celle des familles pauvres, des vendeuses ambulantes, des personnes qui vivent avec des ressources limitées et des enfants qui dépendent entièrement de leurs parents. C’est aussi la réalité de drames humains qui ne trouvent pas toujours leur place dans le récit officiel du pays. L’image internationale d’un pays ne devrait jamais faire oublier les personnes qui vivent à l’intérieur de ses frontières.
Un pays peut construire des infrastructures modernes, attirer des investisseurs et accueillir des événements internationaux. Mais sa véritable grandeur se mesure également à la manière dont il traite les personnes qui disposent du moins de pouvoir pour se défendre. La manière dont il traite une femme pauvre. La manière dont il protège un bébé de quatre mois. Et même la manière dont il réagit lorsqu’un policier ose exprimer sa compassion.
Ce nourrisson n’est pas qu’un fait divers
Le nourrisson dont parle Bosco Empire ne peut plus raconter son histoire. Il ne pourra jamais dire ce qu’il a vécu durant les jours qui ont précédé sa mort. Il ne pourra jamais expliquer ce qu’il a ressenti en attendant le retour de sa mère. Il ne pourra jamais demander pourquoi personne n’est venu. Nous ne pouvons pas savoir exactement ce qui s’est passé dans cette maison. Seule une enquête indépendante pourrait permettre d’établir les faits et les responsabilités. Mais une chose est certaine : cet enfant ne doit pas devenir un simple chiffre ou une anecdote dans une histoire sur les vendeurs ambulants.
Il mérite que la chaîne des responsabilités soit établie et que la justice lui rende sa dignité humaine.
Il faut également répondre à une autre question : où se trouve Jean Jacques aujourd’hui ? Car si un policier peut être sanctionné ou arrêté simplement pour avoir exprimé son indignation face à la mort d’un enfant, alors la question dépasse largement son propre cas. Elle concerne la place de la conscience humaine au sein des institutions.
Derrière la vitrine que le Rwanda présente au monde, il y a des hommes, des femmes et des enfants dont les histoires ne sont pas toujours entendues parce qu’elles dérangent ou risquent de ternir le récit officiel du parti au pouvoir. Les Rwandais valent mieux que ce récit. Ils valent mieux qu’un pays où les drames humains doivent rester invisibles pour préserver une image. Ils valent mieux qu’une société où la compassion devient une faiblesse et où celui qui ose poser des questions risque de disparaître.
Cette enfant de quatre mois ne demandait rien d’autre que de vivre.
Sa mère demandait seulement à rentrer auprès d’elle.
Jean Jacques demandait seulement que l’on fasse preuve de clémence.
Trois voix, trois destins, une même question : que vaut une société qui ne sait plus protéger les plus vulnérables ?
Les-Mutikeys
D’ici et d’ailleurs. Et parfois de nulle part. Parce que la dignité n’a pas de frontière.