Après le scandale de la triche aux examens, les familles affrontent une autre épreuve : payer la rentrée
Au Rwanda, la crise de l’éducation ne se limite plus à la baisse de la qualité de l’enseignement, aux classes surchargées ou aux réformes incessantes. À l’approche de la rentrée scolaire 2026-2027, qui a lieu ce lundi 07 septembre 2026, une autre réalité frappe des milliers de familles : le coût exorbitant du « Babyeyi », cette liste des frais et fournitures exigés avant qu’un enfant puisse entrer dans son établissement.
Un an plus tard
En septembre 2025, nous nous demandions : « Qui peut encore payer le Babyeyi ? » Douze mois plus tard, la question est devenue encore plus pressante. Les montants ont encore augmenté, tandis que la rentrée 2026-2027 s’ouvre sur un scandale inédit de fraude aux examens.
Relire notre article 2025-2026 → « BABYEYI », un cauchemar pour les parents au RWANDA.
Alors que les autorités viennent de révéler l’un des plus grands scandales de fraude scolaire de ces dernières années, de nombreux parents restent dans l’incertitude. Même lorsque leur enfant réussit, encore faut-il réunir parfois plusieurs centaines de milliers de francs rwandais pour lui permettre de franchir les portes de l’école.
Un scandale inédit de fraude aux examens
La rentrée 2026 s’ouvre dans un climat exceptionnel. Le Bureau rwandais d’enquête (RIB) affirme avoir arrêté 81 personnes, dont 39 ont déjà été présentées publiquement. Parmi elles figurent deux vice-maires, des responsables de l’éducation dans plusieurs districts, des chefs d’établissement, des directeurs des études, dix-sept enseignants ainsi que d’autres employés scolaires.
Les faits concernent les examens nationaux de fin d’école primaire organisés du 7 au 9 juillet 2026. Selon les enquêteurs, un système appelé « gukora umuti » (« préparer le remède ») aurait permis d’aider frauduleusement des élèves pendant les épreuves.
Les conséquences sont considérables. Au total, 7 188 élèves répartis dans 254 établissements ont vu leurs résultats annulés et ont dû repasser les examens du 2 au 4 septembre 2026.
Cette décision crée une situation inédite : les élèves ayant conservé leurs résultats intègrent leur nouvelle école dès le 7 septembre, tandis que ceux qui ont repassé les épreuves ne commenceront que le 14 septembre. Entre-temps, leurs familles ignorent encore s’ils seront admis et, surtout, quelles sommes elles devront réunir pour satisfaire aux exigences des établissements.

Le « Babyeyi », l’autre angoisse des parents
Pendant que l’attention se porte sur la fraude scolaire, une autre inquiétude grandit dans les foyers.
Au début des années 2000, certains anciens élèves se souviennent avoir payé 10 000 francs rwandais par trimestre dans des internats publics. Aujourd’hui, la situation est tout autre.
Qu’il s’agisse de l’école maternelle, du primaire ou du secondaire, les listes « Babyeyi » remises aux parents avant la rentrée représentent désormais un véritable parcours d’obstacles financier.
Ces documents ne se limitent plus aux frais de scolarité. Ils cumulent uniformes, matériel scolaire, équipements informatiques, fournitures de laboratoire, matériel sportif, produits d’hygiène, literie et parfois même du matériel professionnel selon la filière choisie. Dans certains établissements, la facture dépasse 600 000 francs rwandais pour un seul enfant.
Des hausses officielles… malgré une école dite gratuite
Les nouveaux barèmes pour 2026-2027 montrent que les contributions demandées aux familles augmentent à plusieurs niveaux.
À partir du deuxième trimestre, prévu en janvier 2027 :
- dans les écoles maternelles et primaires publiques ou conventionnées, la contribution passe de 975 FRW à 2 000 FRW ;
- dans les établissements 9YBE et 12YBE, présentés comme faisant partie de l’enseignement gratuit, la participation passe de 19 500 FRW à 24 000 FRW ;
- dans les internats publics, la contribution atteint désormais 110 000 FRW, contre 85 000 FRW auparavant.
Ces hausses alimentent les critiques de nombreux parents, qui estiment que le discours officiel sur la gratuité de l’enseignement correspond de moins en moins à la réalité des dépenses qu’ils doivent supporter.

Une école privée à Kigali : près de 600 000 FRW dès le premier trimestre
L’un des exemples les plus frappants provient d’une école privée de Kigali.
Pour le premier trimestre, un parent doit verser 587 000 FRW, répartis notamment entre :
- 310 000 FRW de frais de scolarité ;
- 135 000 FRW pour le déjeuner ;
- 102 000 FRW de cours du soir (coaching) ;
- 20 000 FRW de services de communication scolaire ;
- 10 000 FRW d’équipements sportifs ;
- 1 500 FRW d’assurance.
Pour une famille ayant deux enfants, la facture atteint déjà 1,2 million de francs rwandais en un seul trimestre, avant même d’acheter les uniformes, les cahiers, les stylos ou de payer le transport.
Même des établissements considérés comme plus abordables restent difficiles d’accès.
À la FAWE Girls School de Kigali, les parents doivent encore prévoir 99 000 FRW par trimestre.
Même les écoles publiques rurales coûtent désormais cher
Les établissements publics des zones rurales ne sont pas épargnés.
À GS Kigeme-A, dans le district de Nyamagabe, le premier trimestre coûte 105 000 FRW, comprenant notamment :
- 92 000 FRW de frais de scolarité ;
- 3 700 FRW pour les examens ;
- 2 000 FRW pour le laboratoire ;
- 5 000 FRW de contribution au développement de l’école ;
- 2 800 FRW pour le centre de santé de l’établissement.
Mais cette somme ne représente qu’une partie des dépenses. L’élève doit également arriver avec :
- un matelas ;
- quatre draps ;
- une couverture ;
- un couvre-lit ;
- une moustiquaire ;
- une assiette et un gobelet en aluminium ;
- une fourchette et un couteau ;
- au moins quinze cahiers ;
- une calculatrice scientifique ;
- un tableau périodique ;
- dix stylos bleus et quatre rouges ;
- des chaussures d’école et de sport ;
- des produits d’hygiène ;
- plusieurs vêtements réglementaires ;
- un seau métallique ;
- des serviettes hygiéniques pour les filles.
Les élèves de la filière infirmière doivent en plus financer leur tenue professionnelle (25 000 FRW) ainsi que leur propre matériel médical : gants, masques, tensiomètre, stéthoscope, lampe d’examen et ruban de mesure.

Des internats à plus de 300 000 FRW
D’autres établissements illustrent l’ampleur des coûts. Au Groupe Scolaire Officiel de Butare, dans le district de Huye, les frais atteignaient déjà 124 000 FRW par trimestre. À ES Elena Guerra Cyeza, le premier trimestre coûte 308 500 FRW, sans compter les fournitures, les uniformes ni la literie.
Au Petit Séminaire Saint Jean-Paul II, la facture atteint 232 700 FRW, auxquels s’ajoutent encore les cahiers, les chaussures, les produits d’hygiène et des uniformes vendus directement par l’établissement pour 67 900 FRW.
Quand la réussite scolaire ne suffit plus
Au Rwanda, réussir les examens nationaux ne garantit plus qu’un enfant pourra effectivement poursuivre sa scolarité. Entre les frais officiels, les contributions diverses et les longues listes de matériel exigé, le Babyeyi est devenu bien davantage qu’une simple liste de fournitures.
Pour des milliers de familles, il représente désormais une véritable barrière financière à l’accès à l’éducation. La question n’est donc plus seulement de savoir combien d’élèves réussissent les examens. La véritable question est de savoir combien de familles pourront encore payer le prix de cette réussite.
Les-Mutikeys
D’ici et d’ailleurs. Et parfois de nulle part. Parce que la dignité n’a pas de frontière.