Le 5 août 2026, TV1 Rwanda a consacré un reportage aux larmes et au désarroi de près de 200 habitants du village de Buhabwa, dans la cellule de Buhabwa, secteur de Murundi, district de Kayonza. Ces habitants affirment avoir acheté des parcelles à un certain Umukinzi John, qui leur aurait promis de procéder à la mutation des terrains. Mais cette mutation n’aurait finalement jamais été effectuée.
Aujourd’hui, ces habitants disent se retrouver face à une nouvelle épreuve : leurs maisons seraient menacées de démolition au motif que les terrains sur lesquels elles ont été construites ne seraient pas destinés à l’habitat, mais à l’élevage.
« Nous pensions acheter des parcelles destinées à l’habitat »
Un homme âgé d’une quarantaine d’années explique à TV1 comment les habitants disent avoir procédé à l’achat de leurs parcelles :
« Lorsque nous avons acheté, on nous disait que c’était dans une zone destinée à l’habitat. Nous nous sommes retrouvés chez le notaire. Il nous disait que son titre de propriété était à la SACCO (coopérative d’épargne et de crédit) et qu’une fois qu’il aurait remboursé, il ferait la mutation pour nous. » Le problème serait apparu lorsqu’ils ont appris que le propriétaire avait donné le terrain en garantie à une SACCO pour obtenir un prêt, sans parvenir ensuite à rembourser cette dette.

« On nous disait : achetez, le titre est à la SACCO »
Une mère de famille raconte à son tour les démarches entreprises avant l’achat. « Après avoir acheté auprès d’Umukinzi John, nous lui avons demandé s’il avait le titre de propriété puisque nous étions en train d’acheter. Il nous a dit : allons au secteur (cellule administrative) demander. » Selon elle, ils se seraient alors adressés au secrétaire exécutif du secteur, qui était à l’époque Benoni Musheja. « Il nous a dit que son titre était ici au secteur, à la SACCO. Il nous a dit : achetez, une fois qu’il aura remboursé, nous vous donnerons le titre et vous aurez vos documents. C’était une zone destinée à l’habitat. » Elle affirme également qu’ils avaient été conduits chez un notaire : « Il nous disait : il n’y a aucun problème, allez acheter. Le titre est chez nous, une fois qu’il aura terminé de rembourser sa dette, nous vous donnerons les documents. Ne vous inquiétez pas, achetez. »
Pour ces habitants, ces assurances avaient donc contribué à les convaincre de réaliser leur achat.
« Même récemment, il nous a montré une photocopie du titre »
Un autre parent raconte que les habitants ont ensuite décidé de se rendre au niveau du district pour tenter de clarifier la situation. Selon son récit, Umukinzi John leur aurait expliqué : « Moi, j’ai vendu aux habitants, je les ai installés. Le titre que vous demandez est à la SACCO. » Lorsqu’ils lui auraient demandé si ce titre concernait bien une zone destinée à l’habitat, il aurait répondu qu’il s’y trouvait. La situation aurait même continué à leur être présentée de cette manière récemment, selon ce témoignage : « Avant-hier encore, il nous a appelés et nous l’a montré. Il nous a montré une photocopie du titre, en disant qu’il était dans la zone d’habitat. »
Puis vient l’annonce des démolitions
C’est cette situation qui, selon TV1, aurait pris une nouvelle tournure lorsque les autorités ont informé les habitants que la zone où ils avaient acheté leurs parcelles n’était finalement pas destinée à l’habitat, mais à l’élevage. Pour les habitants, le choc est immense. Un homme témoigne : « Ce qui m’a fait mal, c’est qu’une réunion a été organisée pour nous dire qu’ils allaient démolir nos maisons. »
Une mère de famille, très émue, raconte : « Le secrétaire exécutif du secteur nous dit que nous avons acheté ici, que nous avons acheté dans un endroit qui n’est pas destiné à l’habitat, et qu’ils nous ont donné 30 jours pour enlever les tôles et les portes. »
Une autre mère, en larmes, ajoute : « Nous avons acheté en pensant que c’était une zone destinée à l’habitat. Maintenant, les autorités veulent démolir nos maisons et nous disent d’enlever les tôles et les portes. »

« Nous devons partir… mais où allons-nous ? »
Pour ces familles, la question ne se limite plus à la perte d’une parcelle. C’est leur logement, parfois construit après des années d’efforts, qui est désormais menacé. TV1 rapporte que plusieurs habitants pensent avoir été trompés, mais qu’ils ne savent surtout pas où aller si leurs maisons sont détruites. Un homme pose alors une question qui résume leur désarroi : « Nous devons démolir pour qu’ils installent d’autres personnes à notre place, alors que nous aussi nous sommes Rwandais. Est-ce qu’ils vont nous faire sortir de notre Rwanda ? Nous, où allons-nous aller ? »
Une première mère de famille estime, elle aussi, que la responsabilité devrait être recherchée auprès de ceux qui leur avaient permis d’acheter et de construire : « Nous avons vu qu’Umukinzi John et le secteur étaient ceux qui avaient les informations. Aujourd’hui, ils viennent nous dire de ne pas nous inquiéter. Puis, quelques instants plus tard, on voit le secteur descendre pour nous dire de partir. »
« J’ai travaillé pendant cinq ans pour pouvoir acheter cette parcelle »
Pour certaines familles, la perspective de perdre leur maison signifie perdre le fruit de plusieurs années de sacrifices. Une mère de famille raconte, avec douleur : « J’ai passé cinq ans en location. J’ai travaillé, travaillé, travaillé, en me serrant la ceinture. J’ai finalement réussi à acheter une parcelle. J’ai encore travaillé pour construire une maison. Et maintenant on me dit de la démolir. Si je la démolis, où vais-je aller ? »

Une autre femme, en larmes, dit avoir le sentiment que leur vie compte moins que celle des animaux : « Ils nous jettent dans la rue comme des animaux qui ne vivent même pas dans un parc. »
Que dit l’administration ?
Le secrétaire exécutif du secteur de Murundi, M. Ntambara John, affirme que les habitants ont été invités à ne plus acheter de parcelles ni construire dans cette zone pendant que la situation est examinée. Interrogé par TV1 par téléphone, il explique que la zone n’est pas destinée à l’habitat. « Ce n’est pas dans la zone destinée à l’habitat. Le schéma directeur d’utilisation des terres montre que c’est une zone destinée à l’élevage. Celui qui leur a vendu a vendu. Soit il ne l’avait pas compris, soit il l’avait compris, mais ils ont acheté. » Interrogé sur la question de savoir où les habitants devraient aller s’ils doivent démolir leurs maisons, le responsable explique que l’administration leur aurait déjà présenté les dispositions du plan d’utilisation des terres. « En tant qu’administration, nous leur avons parlé. Nous sommes allés les voir, nous leur avons montré ce que prévoit le schéma directeur concernant l’utilisation des terres. Nous leur avons demandé de ne plus acheter ni continuer à construire là-bas parce que ce n’est pas autorisé. » Concernant les maisons déjà construites, il ajoute : « Pour ceux qui ont déjà construit, les lois seront appliquées selon ce qu’elles prévoient. C’est ce que nous leur avons dit. Nous en avons discuté lors d’une réunion et je pense que nous nous sommes compris. »

Des familles déjà fragiles face à une nouvelle épreuve
TV1 souligne que beaucoup de ces habitants se présentent comme des personnes aux moyens modestes. Pour elles, une démolition ne représenterait pas seulement la perte d’un bâtiment, mais une charge supplémentaire qu’elles auraient énormément de difficultés à supporter.
Derrière les questions administratives et les plans d’utilisation des terres, il y a donc des familles qui disent avoir investi leurs économies, leurs années de travail et leurs espoirs dans ces maisons.
Aujourd’hui, elles demandent surtout à comprendre comment elles ont pu acheter, construire et vivre sur ces terrains avant d’être informées qu’ils n’étaient pas destinés à l’habitat.
Les réactions des Rwandais
Dans les commentaires du reportage publié sur YouTube, plusieurs Rwandais expriment leur indignation face à la perspective de voir les maisons de ces familles démolies pour réserver les terrains à l’élevage.
Certains se demandent notamment où se trouvaient les autorités lorsque les habitants achetaient leurs parcelles et construisaient leurs maisons.
D’autres s’interrogent sur la responsabilité des différents acteurs impliqués dans les transactions et sur la protection dont auraient pu bénéficier ceux qui vendaient ces terrains.
Au-delà de ce cas précis, certains commentaires élargissent également le débat à la situation sociale de nombreux Rwandais qui disent vivre dans des conditions difficiles et se sentent confrontés à des décisions administratives qu’ils ont parfois du mal à comprendre.
Pour les habitants de Buhabwa, cependant, la question est aujourd’hui beaucoup plus immédiate et beaucoup plus simple : Après avoir travaillé pendant des années pour acheter une parcelle et construire une maison, où iront-ils si celle-ci est démolie ?
Au-delà de Buhabwa, une question qui se pose
Le cas de Buhabwa soulève une question qui dépasse le sort de ces près de 200 familles. Ce n’est pas la première fois que des décisions administratives ou des opérations de démolition au Rwanda contraignent des familles à quitter leur logement, parfois après y avoir investi leurs économies et des années de travail. Derrière chaque maison menacée de démolition, il y a pourtant des vies : des parents, des enfants parfois très jeunes, des familles qui peuvent se retrouver du jour au lendemain sans solution de logement.
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Lorsque des familles déjà fragiles sont privées de leur maison sans solution suffisamment claire pour leur permettre de se reloger, les conséquences dépassent largement la perte d’un bâtiment. Elles peuvent entraîner précarité, endettement, déscolarisation des enfants et une profonde détresse sociale. Dans tous ces cas, la question posée par ces habitants reste donc entière : comment une famille qui a travaillé pendant des années pour construire son logement peut-elle se retrouver à la rue, sans savoir où aller, alors qu’elle affirme avoir acheté et construit en pensant être dans une zone destinée à l’habitat ?
Au-delà des plans d’aménagement et de l’application des règlements, il reste une exigence fondamentale : ne pas perdre de vue les personnes qui se trouvent derrière les maisons que l’on démolit. Une politique publique peut être légale, mais elle ne devrait jamais ignorer les conséquences humaines de sa mise en œuvre, particulièrement lorsqu’elle touche des familles avec des enfants et des personnes déjà en situation de vulnérabilité.
Les-Mutikeys
D’ici et d’ailleurs. Et parfois de nulle part. Parce que la dignité n’a pas de frontière.