« Reka mbeho » – Let Me Be, le cri de la jeunesse rwandaise

Retirée des médias rwandais, interdite sur les ondes de la RBA et suivie de pressions contre certains de ses interprètes, Let Me Be est devenue bien plus qu’un morceau de rap. À travers un mélange de kinyarwanda, d’anglais et de français, cette chanson donne une voix à une jeunesse qui réclame le droit le plus élémentaire : vivre, choisir et respirer sans demander la permission.

« Reka mbeho » — « Laissez-moi vivre. »

Il est rare qu’une chanson résume en quelques mots le sentiment d’une génération entière. Pourtant, « Reka mbeho » — Let Me Be, interprétée par Riderman, Ish Kevin, Bulldog, Papa Cyangwe, NP, Bdrew et Juno, y parvient. Let Me Be n’est pas seulement une chanson contestataire : c’est un manifeste générationnel.

À première écoute, le morceau semble parler de liberté individuelle : boire ou non, croire ou non, aimer qui l’on veut, choisir sa propre vie. Mais au Rwanda, où l’espace d’expression est étroit et où les artistes savent que certaines limites ne doivent pas être franchies, ce refrain prend une dimension bien plus profonde.

Pourquoi une chanson répétant simplement « laisse-moi vivre » est-elle devenue si sensible ? C’est cette question que soulèvent ses paroles.

 La chanson a été retirée des médias et de YouTube. La RBA a interdit sa diffusion sur les radios et les télévisions au Rwanda. Des informations circulent également selon lesquelles certains artistes, notamment Riderman, répondent à des convocations du Bureau rwandais d’investigation, le RIB. Dans ce contexte, les paroles prennent une tout autre dimension.

 Plus qu’un morceau de rap : une revendication d’autonomie

Le titre alterne entre le kinyarwanda, l’anglais et quelques expressions françaises. Cette manière de mélanger les langues est caractéristique d’une jeunesse urbaine rwandaise connectée au monde. Mais derrière ce langage moderne apparaît une idée constante :

« Arrêtez de décider à ma place. » Le « tu » auquel s’adressent les artistes reste volontairement ambigu. Est-ce la famille ? L’Église ? Les réseaux sociaux ? La société ? Ou un pouvoir qui veut contrôler la vie des citoyens ? C’est précisément cette ambiguïté qui donne à la chanson sa force.

 Riderman : « Le paradis ne passe pas par chez vous »

 Le morceau s’ouvre sur une phrase brutale :

« La vie est trop courte. N’envahis pas mon espace. — Life is too short, nigga, don’t invade my place. » Dès les premières lignes, Riderman refuse l’intrusion permanente dans sa vie privée. Puis vient une image qui résonne particulièrement dans le contexte rwandais :

« Les églises et les bars, ils nous fouillent sans cesse. — Izo church n’utubari bari kudusaka kenshi, niga. »

Cette phrase peut être comprise comme une allusion aux restrictions et aux fermetures qui ont récemment touché des églises et des bars au Rwanda. Mais elle évoque aussi, plus largement, toutes les formes de contrôle qui prétendent encadrer les comportements individuels.

Puis viennent les lignes les plus percutantes : « Laisse-moi tracer les limites, il y a beaucoup de choses sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord. — Nyemerera nce umurongo ntarengwa, ni byinshi tutemeranya. »

« Laisse-moi te dire ce que beaucoup ont peur de te dire, tu es provocateur. — Nkubwire ibyo benshi batinya kukubwira, ma, niga urenderanya. »

Ces paroles sonnent comme celles d’un homme qui n’en peut plus et qui décide de tracer lui-même la limite à ne pas franchir. Dans une société où beaucoup marchent sur des œufs pour ne pas franchir une limite dont la définition peut être fixée par les autorités et évoluer à tout moment, cette phrase prend une portée particulière.

« Vous me dites que je n’aurai pas le paradis, comme si vous en possédiez les clés. — Mumbwira ko nta juru nzabona nk’aho murifite aho mugipangu. »

« Descends de ton piédestal, nous le savons : le chemin qui mène au paradis ne passe pas par chez vous. — Cisha make, turabizi inzira igana mu ijuru ntinyura iwanyu. »

Puis il lance, avec ironie :

« Qui, parmi vos proches, travaille à la douane du Paradis ? — Ninde wiwanyu wa hafi ukora muri gasutamo ya paradizo ? »

L’expression reste volontairement mordante : qui vous a donné le droit de décider qui est digne d’entrer au paradis ?

Riderman ne s’arrête pas là. Il affirme sa volonté de vivre et interpelle ceux qui se mettent en travers de son chemin, en leur rappelant qu’ils ne sont pas meilleurs que lui.

« Vous vous êtes attribué la mission de nous diriger alors que vous nous égarez. — Ko mwipanga akazi ko kutuyobora kandi muri kuduhobagiza. »

« Tu me dis ce que je dois manger, tu me dis ce que je dois boire, et tu me dis même ce que je dois faire. — Urambwira ibyo ndya, ukambwira ibyo nywa, ndetse ukanambwira ibyo nkora. »

« J’ai le projet de vivre, pourquoi cherches-tu à le saboter ? — Mfite umugambi wo kubaho, kuki ushaka kuwukoma mu nkokora ? »

Le couplet revient alors à la question religieuse :

« Tu continues à me dire ce qu’il faut faire pour aller au paradis. — Ukomeza umbwira ibisabwa kugira ngo njye mu ijuru. »

« Alors que tu es sur terre et dans ton corps. — Kandi uri ku isi, ko wambaye umubiri. »

Et il pose la question essentielle :

« Comment peux-tu connaître les réalités du ciel ? Let me be, let me free. — Ibikorwa bijyanye no mu ijuru ubibwirwa n’iki ? Let me be, let me free. »

Puis vient cette phrase :

« Si quelque chose m’arrive, je prendrai un remède. Je ne suis pas un moineau. — Nihagira n’ikiba, nzanwa umuti, sindi igishwi. »

 Le moineau renvoie ici à une créature fragile. L’artiste refuse d’être traité comme un être incapable de décider pour lui-même.

 Le refrain : « Les conséquences seront pour moi »

 Juno chante ensuite ce qui devient le cœur du morceau.

« Laisse-moi vivre, même si tu n’as rien à y gagner, si cela ne marche pas tu n’as rien à y perdre. — Reka mbeho, niyo waba ntacyo ufataho, binanze ntacyo uhombamo. »

« Ne peux-tu comprendre que pour eux je ne suis pas. — Can’t you understand ko ntariho before them ? »

« Laisse-moi vivre. Que je sois riche ou pauvre, mais laisse-moi vivre. — Reka mbeho, nkire cyangwa nkene, ariko undeke njye mbeho. »

« Que je sois heureux ou triste, laisse-moi vivre. — Nishime cyangwa mbabare, ariko njye mbeho. »

« Si les conséquences arrivent, c’est moi qui les subirai. — Ingaruka niziza, ni njye zizajyaho. »

« Je vivrai éternellement. Laisse-moi vivre, let me free. — Nzahora ndiho. Reka mbeho, let me free. »

 Tout est là. L’artiste ne demande pas que l’on garantisse ses choix. Il demande le droit de les faire et d’en assumer lui-même les conséquences. Le refrain ne demande ni privilège ni faveur. Il demande que l’on cesse de contrôler l’existence des autres.

 Ish Kevin : la santé mentale d’une génération

 Le couplet d’Ish Kevin est probablement le plus introspectif.

Il parle d’abord d’une génération fatiguée.

« Laisse-moi vivre, laisse-moi respirer. Que cherches-tu à savoir en m’infiltrant ? Tu passes ton temps à vouloir effacer le chemin que Jah m’a tracé en créant le monde. — Let me be, let me breathe. Uba unyinjiririra ngo umenye iki? Uhora ugigira ngo usibe inzira naharuriwe na Jah akiri kurema isi. »

« J’ai grandi en étant G (guy), les potes sont malades, ils sont déprimés, et déjà des cheveux gris qui commencent à pousser dans ma barbe. Je suis tranquille, je suis cool dans les combats que je mène. — Nakuze ndi G, amaniga ararwaye, ari depressed, mu bwanwa harimo kumera imvi. Ndatuje, ndi cool mu byo ndwanirira. »

L’image est forte. Vieillir avant l’âge devient la métaphore d’une jeunesse épuisée.

Il poursuit : « La plupart du temps, je cherche simplement à trouver la paix, la paix intérieure, la connaissance de soi. Je me suffis à moi-même, même si je n’atteins pas toujours mes objectifs, je continue d’avancer. — Ahanini mba ngirango mpume peace, peace of mind, self-awareness. Ndishona, niyo ntahageze birikora. »

Puis il affirme son rapport à lui-même :

« Je me vois, je ne me déteste pas. Même si je ne fais pas de dons, je ne le fais pas pour me faire remarquer. G, je suis un nigga qui se débrouille. G, je suis un nigga qui reste vigilant. Chaque fois que tu me trahis, je le vois. Je t’écoute en le ressentant. — Ndibona, sinihoma. Niyo ntasente, simpikoza. G, ndi nigga ipiyora. G, ndi nigga ishishoza. Iteka ungambanira, mbibona. Nkikiriza, mbiyoka. »

 Puis vient le rejet des faux-semblants :

« C’est trop, cette vie fausse qui s’exhibe. Personne n’est authentique. Ce que je veux, je l’atteins et je n’ai pas peur. Ça peut t’arriver dans ce monde, mais celui qui t’imite, lui, s’égare. — It’s too much fake life, being displayed. No one is real. Icyo nshaka nkigeraho kandi nta bwoba ngira. Bikubaho mu isi, ariko unyigana arahobagira. »

Dans un pays où l’image publique compte énormément, cette critique dépasse largement les réseaux sociaux. Elle interroge une société où chacun peut être tenté de cacher ce qu’il pense réellement.

Bulldog : le système qui fabrique les conflits

 Bulldog adopte un ton beaucoup plus agressif.

« Ils me demandent pourquoi je ne suis pas encore marié, pourquoi il y a toujours des tensions entre nous ? Ils me demandent la paix que je n’ai pas, et pourquoi ce cerveau est complètement retourné. Qu’ils me lâchent, je ne suis pas à leur charge. — Barambaza impamvu ntarakora igikwe, ngo kuki ama-beef ahora muri twe? Barambaza iby’amahoro ntafite, n’iyi bucura icuritse mu gitwe. Bamfashe hasi, ntawe ndara mukwe. »

 Dans le paragraphe qui suit, Bulldog fait référence au groupe de rap Tuff Gang, l’un des groupes les plus influents du hip-hop rwandais, dont les membres ont subi de fortes pressions et dont la trajectoire a été brisée par les autorités. Lorsqu’il évoque « le riche » (umukire), il renvoie à Jay Polly, figure emblématique du groupe, décédé en 2021 en prison dans des circonstances qui ont suscité de nombreuses interrogations. Cette référence donne au couplet une portée qui dépasse le simple règlement de comptes entre rappeurs : elle convoque la mémoire d’un artiste devenu, pour beaucoup, le symbole d’une génération brisée.

« Ils ont prié toute la nuit pour faire tomber le groupe, pour que le riche meure et qu’ils se partagent sa tête. Tous ces enfants de riches sont les mêmes. Ils me provoquent pour que l’on se dispute, que je perde la tête et que l’on se déchire. — Basenze amajoro ngo itsinda rigwe, umukire apfe bagabane umutwe. Abana b’inzige bose ni bamwe. Baransumbuwa ngo tugukurukane. Nzamure ibisazi, dushishurane. »

 « Ils m’ont accusé de violence et de conflits, et me voilà devant le tribunal, le juge me condamne. Pour que je laisse les hommes se battre entre eux. Si ça ne marche pas, ils les démolissent pour qu’ils se mettent d’accord. — Banshinze iby’urugomo n’amahane, nisange muri sentare, judge ampane. Ngo ndeke abagabo bapasurane. Nibyanga, babomora bumvikane. »

 Dans le paragraphe qui suit, « ibifobagane » fait référence à un discours de Paul Kagame qui s’en est pris aux fonctionnaires en les traitant de personnes sans intérêt, qu’il a comparées aux invertébrés.

« Qu’ils se partagent quatre fois les parts. Que l’avocat demande le divorce, séparons-nous. Celui qui jette les pièces a perdu son temps. J’ai perdu du temps, à l’époque de ces “bannyahe”. Et d’où viennent cette confiance, puisque dernièrement on vous traitait des “ibifobagane” — les invertébrés ? — Bagabanye kane imigabane. Avocat asabe gatanya, dutandukane. Utaye ibiceri aba ataye igihe. Nataye ibihe, iyo za bannyahe. Ubundi izo confidences ziva he, ko mperuka babise ibifobagane ? »

 Puis le ton devient une menace artistique :

« Que la compagnie meure d’une seule balle. J’attaque avec des lettres et des syllabes. Si nous n’avons conclu aucun pacte, prépare-toi à ce que je te déstabilise. — Company ipfire imwe doubani. Nataka mu nyuguti n’ibihekane. Niba nta gihango twagiranye, witegure ko ndi buguhungabanye. »

Et enfin :

« Personne ne t’aidera lorsque tu seras tombé, personne ne viendra te dire bonjour. Mais dès que tes activités prennent de l’ampleur, ils entrent chez toi, les poings levés. — Ntawagufasha iyo wakakotse, ntawukubwira ngo mwaramutse. Gusa iyo ibikorwa byagutse, bakwinjirira babwanutse. ».

Le couplet accumule les images de procès, de conflits, de divisions et d’intrusions.

Il peut être lu comme une dénonciation de la manière dont les conflits sont fabriqués, entretenus puis judiciarisés. Mais dans le contexte rwandais, certaines de ces lignes prennent également une résonance particulière pour ceux qui connaissent les mécanismes de pression exercés sur les personnalités publiques.

 Papa Cyangwe : le droit de choisir ses relations

Le ton devient ensuite plus léger.

« Cyangwe, qu’est-ce qui t’arrive, tu as maigri, j’ai entendu dire que tu t’étais marié. Ta musique n’a pas marché, Miss Siseya elle aussi t’a rejeté. — Cyangwe, ko wananutse, nanumvise yuko washatse. Imiziki yawe yaranze, Miss Siseya nawe yarakwanze. »

Puis il répond :

« Je vis comme je veux, je vis avec qui je veux. Ne me dis pas où je sors. Je leur donne du hustle ou je leur mets de la romance. Pourquoi tu proclames mon collaborateur alors que je ne t’ai demandé aucune aide ? — Mbaho uko nshatse, nkagendana n’uwo nshatse. Wimbwira iyo nsohora. Ndabaha hustle cyangwa mbatemo romance. Uri panga akazi gute aka kanya, kandi nta bufasha nakwatse ? »

Papa Cyangwe se moque ainsi de l’obsession pour la vie privée. « Je vis comme je veux. Je marche avec qui je veux. ». Puis vient la question qui résume une grande partie du morceau :

Pourquoi organises-tu ma vie alors que je ne t’ai demandé aucune aide ? Autrement dit : Pourquoi décides-tu de ma vie à ma place ?

NP : « Fais ce que tu ressens »

 NP pousse encore plus loin cette revendication de liberté. « Laisse-moi te dire une chose, nigga. Laisse-moi souffler, je suis en route. Que ça leur reste en travers de la gorge. Je marche comme je veux. J’ai ma propre lumière, ne te prends pas pour ma lampe. La vie n’est pas longue, moi, je m’en fous. Les bouteilles sont à profusion. Ce qui nous rassemble, c’est la chaleur humaine. — Let me weigh on you, nigga. Let me mellow, I’m on my way. Bigasarira iyo. Njyenda uko nshatse. Mfite urumuri, wikwigira itabaza. Iyi life si ndende, moi, je m’en fous. Amacupa amaleefu. Duhuza urugwiro. »

Puis :

« Aujourd’hui, je vais me saouler, embrasser, bousculer, yeee. La puissance de Mora, au point d’enflammer la fille. La fumée, ce n’est plus qu’un reste, plus de saveur, j’apprends. Tous les conseils que tu me donnes, garde-les pour tes enfants. Fais comme tu le sens, appelle-moi un homme libre. Je suis devenu le capo, el patron. Nigga, fais comme moi. Nigga, sois toi-même, ah. — Uyu munsi ndasinda, ndasoma, ndasunda, yeee. Power ya Mora kucyana gishyushye. Smoke ni isigara, nta flavor, niga. Izo nama uba umbwira, uzishyire abo ubyara. Bikore uko ubyumva, nyita freeman. Nabaye chapo, el patron. Nigga, do what I do. Nigga, be yourself, ah. »

Le passage de NP célèbre une liberté presque existentielle.

« J’avance comme je veux. », « J’ai ma propre lumière. Ne joue pas au phare. » Le phare symbolise ici celui qui prétend montrer la route aux autres.

Et la phrase suivante est encore plus directe : « Les conseils que tu me donnes, garde-le pour tes propres enfants. ». Elle exprime un refus clair du paternalisme. L’ironie est particulièrement forte dans le contexte rwandais, où le dictateur Paul Kagame est souvent présenté comme le « père de la nation » par le pouvoir et ses soutiens. En renvoyant ces conseils à celui qui les donne, NP rejette précisément cette posture : il refuse qu’une figure d’autorité décide à sa place de ce qui est bon pour lui.

 Bdrew : une question qui dépasse le Rwanda

 Le dernier couplet élargit encore la réflexion :

« Laisse-moi libre, moi je t’appelle la bêtise. Ma vie, maintenant, qu’est-ce qu’on se reproche ? Tu me demandes quoi ? Laisse-moi tranquille, je suis Gospel Gang Star. Rasta, tu sais d’où il vient et où il va. Je poursuis ma cause, sans détour, je ne demande de faveur à personne. Est-ce que tu sais parfois que le monde est à l’envers, que l’un tète pendant que l’autre est tétée ? — Let me free, njye nkwita ubufu. My life, ubu turapfa iki? Urambaza iki? Leave me alone, I am Gospel Gang Star. Rasta, uzi iyo ava n’iyo agana. Njyana cause, bitihise ntawe nsaba igeno. Ese ahari ujya umenyako isi icitse, Umwe yonsa undi ? »

Le dernier couplet se termine sur une interrogation.

« Est-ce que tu réalises que le monde est cassé ? Que l’un tète pendant que l’autre est tété ? »

Cette image populaire renvoie à une société profondément inégalitaire, où certains profitent de ce que d’autres produisent. La chanson ne parle donc plus seulement de liberté personnelle. Elle parle aussi de rapports de domination.

 Pourquoi ces paroles dérangent-elles ?

Aucun vers ne prononce le nom de Paul Kagame. Aucun ne demande explicitement un changement de régime. Et pourtant, la chanson est politique. Elle l’est précisément parce qu’elle pose une question fondamentale : qui a le droit de décider de la vie des autres ?

Dans un contexte où l’expression publique est limitée, une revendication d’autonomie peut devenir elle-même un acte politique. Lorsque les artistes répètent : « Laissez-moi respirer. » « Laissez-moi vivre. »

ils ne demandent pas nécessairement davantage de privilèges. Ils réclament le droit de disposer de leur propre existence.

Le contrôle des comportements.

Le contrôle des opinions.

Le contrôle des choix personnels.

Et derrière ces revendications individuelles apparaît une question collective : jusqu’où un pouvoir peut-il aller dans la vie de ses citoyens ?

 La peur d’une chanson ?

 L’histoire récente du Rwanda montre que plusieurs artistes, journalistes ou créateurs ayant abordé des sujets sensibles ont connu des difficultés professionnelles, des pressions ou des poursuites judiciaires.

C’est pourquoi la réception de Let Me Be dépasse largement la musique. Une chanson peut-elle devenir dangereuse simplement parce qu’elle apprend à une génération à dire : « laissez-moi vivre » ?

Pourquoi une chanson qui ne prononce même pas le nom du président devient-elle suffisamment sensible pour être retirée des médias et des plateformes ? Et surtout : pourquoi le pouvoir aurait-il peur d’une chanson ?

La question mérite d’être posée.

Car Let Me Be ne dit pas seulement :

« Laissez-moi vivre. »

Elle dit aussi :

« Laissez-moi penser. »

« Laissez-moi choisir. »

« Laissez-moi respirer. »

Et peut-être, plus profondément encore :

« Laissez-moi être. »

C’est cette revendication, aussi simple qu’essentielle, qui donne à Let Me Be sa dimension révolutionnaire. Une jeunesse qui demande le droit de vivre selon ses propres choix ne demande pas nécessairement qu’on décide pour elle. Elle demande d’abord qu’on cesse de décider à sa place.

Et c’est peut-être pour cela que le refrain de Let Me Be résonne bien au-delà de la musique :

« Reka mbeho. ». Laissez-moi vivre.

Les-Mutikeys

D’ici et d’ailleurs. Et parfois de nulle part. Parce que la dignité n’a pas de frontière.

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