Rwanda, ma parole hutue – suite et fin, lâcher prise ! (6/6)

Gira Inka, wihe Agaciro nurangize uti Ndi Umunyarwanda : Posséder une vache, donne toi une valeur ou soit fière et fini par te dire que tu es rwandais.
Telle pourrait être ma devise, si je me fiais à de dires d’une partie de rwandais. Aussi avec cette devise, je suis supposée comme tout rwandais me sentir accomplie.
« Gira Inka » est-il vraiment mon besoin élémentaire ? Que vais-je faire de cette vache sans terre et sans pâturage pour en prendre soins correctement ? Il y a un risque non négligeable que je devienne esclave de cette vache. Mes aïeux se sont battus pour ne plus être esclaves de leurs semblables, ce serait leur faire un affront de ma part de devenir esclave d’une vache. Alors « Gira Inka » Urakoze cyane, ndayikurekeye (merci de la proposition, je passe mon tour).
« Wihe Agaciro » : se donner de la valeur ! En regardant dans le dictionnaire LAROUSSE, les définitions du mot valeur, qui se rapprochent le plus du mot « agaciro » au sens Kinyarwanda, sont pour moi :

  • Valeur : Ce que vaut un objet susceptible d’être échangé, vendu, et, en particulier, son prix en argent

  • Valeur : Importance, prix attaché subjectivement à quelque chose

Dans tous les cas, il est aisé de comprendre que la valeur d’un objet ou d’une personne est subjective et intrinsèquement supposé une comparaison par rapport à une base.

    C’est ce qui m’étonne le plus avec cette notion de l’Agaciro au Rwanda. Avoir l’Agaciro veut dire quoi ? Une personne a de l’Agaciro par rapport à qui ? Par rapport à quoi ?

    « Wihe Agaciro » : permets-moi de te rappeler que je ne suis pas un vulgaire objet que l’on valoriser, que plus grand ou meilleur que moi je trouverai, de même que plus petit ou moins meilleur que moi, je trouverai. Je prends aussi en compte que si l’on accepte d’être valorisé un jour, c’est aussi accepter d’être dévalorisé un autre jour. Dans ma qualité d’être humain, je préfère garder une certaine constance.
    Je pourrai faire la même analyse sur la notion d’être fière
    « Ndi Umunyarwanda » c’est peut-être la devise la plus ridicule de ce programme. En effet, je suis rwandaise de naissance et personne ne pourra m’enlever mon identité. Il en est de même pour mon identité hutue.
    Quelle absurdité de vouloir opposer « ndi umunyarwanda » aux ethnies ? Si aujourd’hui nos voisins burundais vivent ensemble sans nier leur identité ethnique, ni être forcés de clamer à tout bout de champs leur nationalité, nous les rwandais nous le pouvons aussi. D’ailleurs la grande majorité d’entre nous le fait naturellement. Alors à « Ndi Umunyarwanda », je préfère « turi abanyarwanda (nous sommes rwandais).
    Tout cela pris en compte, je lâche prise sur ma parole de hutue, je n’abandonne pas. Je suis arrivée au bout de ma réflexion. Je n’ai pas fait complètement la paix avec mon passé, du coup je ne suis pas à l’abri de commencer une nouvelle série d’articles. Pour l’instant je n’ai pas le courage de le faire.
    Ainsi se termine une petite série de 6 billets, qui m’ont fait beaucoup de bien à écrire :
    1. Introduction 24/02/2018
    2. Frustration ou où sont passés les hutus 24/02/2018
    3. FPR ces salauds ou Permis de tuer 28/03/2018
    4. Même pas peur d’être taxée de négationniste 03/05/2018
    5. Réseaux sociaux, les nouveaux RTLM ? 05/05/2018
    6. suite et fin, lâcher prise 13/07/2018

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