Les 10 stratégies de manipulation politique appliquées au cas rwandais

« Le meilleur savoir-faire n’est pas de gagner cent victoires dans cent batailles, mais plutôt de vaincre l’ennemi sans combattre »  Sun Tzu

Noam Chomsky, activiste et penseur politique, professeur de linguistique au Massachusetts Institute of Technology a proposé 10 stratégies de manipulation que les politiques utilisent à travers les médias pour contrôler la masse populaire.  Je me suis penchée à leur utilisation dans le contexte rwandais.

1/ La stratégie de la distraction

Mon top 5 des problèmes du Rwanda en 2019 est  le suivant :

  • Les assassinats, les cas des disparitions forcées et les prisonniers politiques ou de conscience
  • L’extrême pauvreté
  • La mémoire et la justice sélective sur base ethnique
  • L’absence du contrepouvoir au Rwanda/ La faiblesse des institutions : le parlement, la justice, l’information
  • La fermeture de l’espace politique au Rwanda qui va de pair avec le problème des réfugiés rwandais

Il va de soi que chaque personne peut faire son propre classement, qui pourrait être diffèrent du mien.

Force est de constater que l’évocation de ces problème finit toujours par être étouffée par l’utilisation politique du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994. Ceux qui manient ce hors sujet le font avec une habileté telle que cela passe parfois normal. Il n’y pas de souci à évoquer ce génocide, bien au contraire si on pouvait l’évoquer pour se pencher sur les problèmes que rencontrent les rescapés du génocide les plus démunis en 2019, on applaudirait l’initiative. Mais lorsque ce génocide est évoqué pour tourner en rond entre les années 1959 et 1994 et masquer les réalités d’aujourd’hui, il y a de quoi s’indigner. Cette manœuvre politique est la  plus habile pour détourner l’attention du public des problèmes actuels.

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution [1]». Appliquée au contexte rwandais, cela donne des institutions dont le fonctionnement est à la solde du parti unique au pouvoir. Ce fonctionnement crée des problèmes qui répondent  aux intérêts du groupe au pouvoir (garder les privilèges, rester au pouvoir, une population apeurée, la crainte des autorités). C’est l’aspect « problème ».

La réaction va venir du peuple,  ici les exemples sont les indignations qui ont été suscitées par la multiplication des cas des maires rwandais qui fouettent leurs administrés  en public ou la multiplication des expropriations des citoyens ou la démolition de foyers des citoyens provoquant la mise à la rue des plus démunis. L’aspect « réaction ».

On peut aussi citer la récente mesure qui est venue de la ville de Kigali, les citoyens pauvres de Kigali ne seront plus expropriés ou chassés de leur maison à cause du plan d’urbanisme de la ville. Voilà une autorité qui vient de décider, à voir si cela sera effectivement appliqué, de mettre fin à 25 ans d’un pratique complétement injuste et hors la loi, une solution parfaite à un problème que la ville de Kigali a elle-même créé. La ville n’a évidemment pas dit ce qu’elle allait faire pour tous les gens qui ont été expropriés ces dernières années.

L’aspect « solution » dans le contexte rwandais vient souvent du président rwandais Paul Kagame, le principal bénéficiaire du système, lorsqu’ il fait le tour du Rwanda sans oublier la diaspora rwandaise pour résoudre les problèmes des Rwandais. C’est toujours étonnant de le voir réprimander ses ministres devant les citoyens, prenant la distance avec la faiblesse des institutions en place comme si tout cela n’était pas sous sa responsabilité et ce depuis plus de vingt ans !

Pour les points n° 3 et 4, je n’ai pas trouvé les exemples (surtout pour la mise en pratique de la partie réponse).

3/ La stratégie de la dégradation

« Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. »

4/ La stratégie du différé

« Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme «douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat ».

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

L’objectif de cette stratégie : « Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ».

Dans le contexte rwandais, Il suffit de décortiquer les discours des gouvernants rwandais ou de leurs relais (officiels et officieux) pour voir à quel point ils infantilisent les Rwandais afin de mieux leur éduquer.

On peut ne citer que le discours de James Kabarebe, conseil spécial du président Paul Kagame, lorsque le 20 juin 2019 il s’est adressé à 696 adultes qui participaient à un Ingando (un programme éducatif sociétal parfois aux allures d’un entrainement militaire dont l’objectif est d’infuser la propagande et l’idéologie du pouvoir en place. Il a avancé l’idée que « dans les années 1980, Sabena (la compagnie aérienne rwandaise de l’époque) apportait (au Rwanda) n provenance de la Belgique des souris pour nourrir et guérir les enfants souffrants de la malnutrition. ».

En 2019, le Rwanda fait face à un problème sérieux de la malnutrition infantile, à la place de proposer des solutions, le système au pouvoir préfère rappeler que leur prédécesseurs ont fait face au même problème et qu’ils y ont répondu de la pire manière (nourrir les enfants avec des souris). Ici l’âge mental choisi est plus proche de 4 ans que de 12 ans !

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

« Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements… »

Pour cette stratégie, dans le contexte rwandais, l’utilisation des arguments comme «l’amour du Rwanda », « les ennemis du Rwanda », « crime de ramener la ségrégation ethnique », « mettre les étiquettes comme ceux qui seraient pour la cause hutue ou pour la cause tutsie », « les critères d’évaluation de la politesse des uns et des autres »… Quand tout ce qui est cité est utilisé au détriment d’une analyse rationnelle des problématiques du Rwanda actuel, il y a de quoi s’interroger.

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

« Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. »

Dans le contexte rwandais il suffit de voir à quel point le système éducatif rwandais creuse sa propre tombe (voir cet article).  La dernière mesure interpellant  est celle rendue public  ce 29 novembre 2019 par le secrétaire d’état du ministère de l’éducation nationale, le Dr Isaac Munyakazi : « Le conseil des ministres a validé le fait que le salaire des enseignant soit lié à la capacité de l’enseignant à aider les élèves à réussir et à chasser ceux en difficultés » !

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

« Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte… » 

Le Rwanda est un pays où le journalisme indépendant capable de faire des analyses politiques, la critique de ce qui ne va pas… travaille de l’étranger.

Les seuls médias indépendants autorisés au Rwanda  couvrent des sujets dont la futilité dépasse tout entendement « j’ai couché avec tant d’hommes », « j’ai les fesses les plus cool au monde …», « je suis devenu un gigolo »…. D’ailleurs comme c’est bientôt la saison des Miss, on peut d’ores et déjà parier que la préoccupation principale des intellectuels rwandais sera pour les prochains mois, qui sera  la future Miss Rwanda !

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

« Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution! »…

Quand la responsabilité devient sociétale et non politique. Par exemple certains avancent que c’est en partie la faute des Rwandais s’ils ont toujours été gouvernés par des dictateurs. Au lieu de se poser les questions sur qui est responsable de tous les assassinats politiques au Rwanda, qui est responsable de tous les prisonniers de conscience ou politiques au Rwanda, à qui incombe la responsabilité de résoudre la problématique des réfugies politiques…et le lien des faits cités et l’immobilisme des Rwandais en général, A la place parfois la responsabilité de la société rwandaise est pointée du doigt.  

Si les hommes politiques jouissent des privilèges liés à leurs postes à responsabilité, ces privilèges vont ensemble avec leurs devoirs politiques. 

Bien-sûr la société rwandaise a ses défauts comme toute autre société, mais toutes les sociétés ne finissent par commettre des génocides…

En y regardant de près, comment la société rwandaise va se révolter contre leur classe dirigeante si elle est coresponsable de ses propres malheurs ?  Comment des victimes (le peuple rwandais) peuvent-elles être responsables des inactions ou actions politiques de ceux qui ont le devoir de protéger les protéger.

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes


« Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes. »

L’exemple de l’utilisation de cette stratégie dans le contexte rwandais est les différents procès d’intentions qui sont fait contre les individus ou des groupes d’individus.  Car il suffit de prendre un individu et rassembles autour de lui des faits indépendants, créer artificiellement un lieu logique entre ces faits et arriver à une conclusion du genre « la personne a l’intention de faire ou ce que la personne prétend faire est un artifice pour masquer ses réelles intentions  », ce faisant au lieu d’argumenter avec des faits, le système jette un discrédit sur l’acteur et non sur ses actions, qui sont pour la plus du temps nuancées et factuelles.

Cette analyse, un avis personnel qui peut donc être discuté, est transposable pour chaque pays. Le plus important pour ma part est de garder en mémoire qu’en politique, il est primordial de placer les actions que l’on fait dans un cadre bien défini et veiller à ce que les personnes externes ne s’amusent  à détourner ses actions de leur cadre.

Alice Mutikeys


[1] Toutes les phrases en Italique sans références sont extraites de cet article : https://www.institut-pandore.com/mentalisme/10-strategies-de-manipulation-que-les-politiques-et-les-medias-utilisent-pour-nous-controler/

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