Urubanza rw’urubyiruko

K’Urubyiruko rw’U Rwanda…amagambo y’indirimbo ya Black so Man mu Kinyarwanda

Nari nagiye m’urubanza aho uwaregagwa, yarafite izina « Urubyiruko ». 

Bamuregaga kuba yarakoze cyangwa yarafatanyije n’abandi ibikorwa byahungabanjije umuryango nyarwanda.

Ni iki cyahungabanyije umuryango nyarwanda ?  Umutekano muke!

Urubanza rutangiye, umushinjacyaha yatanze ikirego muri aya magambo, reka nyasubiremo : 

« Mfite ikibazo cyimwe ari cyo umutekano muke, uw’uhungabanya akaba ari Urubyiruko.  Nirubibazwe kuko maze kubirambirwa”.

Bwana Rubyiruko nimuhaguruke! Mwemera ibyaha babarega yego cyangwa oya ?

Mu cyumba cy’urubanza, abantu bahise baceceka nkabari mu cyunamo cy’inzirakarengane.

Uregwa afata ijambo avuga ati: 

Mucamanza ndabashimira, ndabashimira kuba mumpaye umwanya wo gufata ijambo, nkavugira inzirakarengane zose, zizira ireme ry’uburezi ryicwa, zikanazira ububwa bw’abanyepolitiki.

Bangahe bo mu rungano rwanjye bashyizwe hanze n’ababyeyi babo, bababwira ko ari bakuru, ko bashobora kwiremera ubuzima?

Mucamanza niyo mpamvu  mubona, abakobwa b’abangavu bakora akazi ko kwicuruza, SIDA ikabyungukiramo! Ninayo mpamvu mubona, abangavu baba ba mayibobo n’abajura kubera gukurira mu muhanda.

Bitagombye gukora imibare miremire, mucamanza  ngurwo uruhare rw’ababyeyi.

Kera twari ku izuba rikaze, uriya mugabo ajya k’ubuyobozi kubera yari yaratwijeje paradiso.

Uyu munsi turacyari ku izuba rikaze, uriya mugabo naveho kubera yagambaniye ibyo twari duharaniye.

Yahemukiye birenze ibitekerezo  twari dufite!

Ibyari demokarasi byabaye igitugu!

Ibyari inyungu y’igihugu byabaye inyungu z’abantu ku bwite bwabo!

A bakorera Leta ntibagihembwa neza!

Umubare wabadafite akazi uriyongera buri munsi!

Abanyeshuri babaye ibitambo!

Ubukene buboneka ku masura menshi ! 

Ntatinye kujya muri gereza cyangwa kwicwa, ngurwo uruhare rw’abategetsi.

Intwaro iharanira uburenganzira bw’uruhinja, ikaba amarira, niyo ibangamira umutuzo w’ababyeyi.

Mucamanza, mugufata umwanzuro, nemeye kuba ndi umwotsi uryana mu maso ariko umuriro waka niwe utera uwo mwotsi, rero muhagarike uwatsa uw’umuriro ! 

Muhane uwakije uwo muriro!

Muvaneho ugomba kuvaho!

Muhane ababitera banyabo!

Nkurikije inshingano mwahawe, ndavuze ngo,

Muhagarike ukwiye guhagarikwa;

Muhane ababitera ba nyir’ubwite;

Muvaneho ugomba kuvaho;

Muhane ababitera nyirizina;

Kuko nta wuri hejuru  y’amategeko!

Iyi ndirimbo yanditswe yasohotse m’Ukwakira w’1997, nyirayo yavugaga ibitaragendaga neza mu gihugu cya Burkina Faso. Mu kwezi k’ukuboza k’uwo mwaka, Black so Man yakoze impanuka y’imodoka iramumugaza, aza gupfa mu mwaka w’ibihumbi bibiri. Iyo manuka yabereye aho umukuru w’igihugu Blaise Compaoré yari atuye, ahantu harangwaga n’umutekano mwinshi, ibyo bikaba byaratumye abenshi bakeka ko yaba yarazize kuvuga ukuri.

Uko byarangiye, birazwi, urubyiruko rwo muri Burkina Faso rwavanyeho Blaise Compaoré  mu mwaka wa 2014. Koko Ukuri kuratinda ntiguhera!

https://youtu.be/PHoRVJDMg70

Alice Mutikeys

Le suprémacisme au Rwanda, le lien avec l’idéologie du génocide ?

Il y a quelque jours à la suite des commentaires sur l’attitude d’une personne rwandaise qui avait qualifié des personnes originaires de l’Afrique de l’Ouest des « Hutu » tout en leur prêtant l’intention de lui nuire, s’est tenue une discussion autour de la différence entre le suprématisme dans la société rwandaise et l’idéologie du génocide .

Il est très difficile de trouver une définition académique de l’idéologie du génocide, ce qui peut expliquer qu’au Rwanda une personne peut faire cinq ans de prison pour avoir refusé de tenir une bougie lors d’une cérémonie de commémoration en pensant donner la priorité à ceux qui ont perdu les leurs durant le génocide. Un concept mal défini profite à celui qui veut l’utiliser.

La discussion a été lancée avec cette question : « Quel est votre avis ? Discutons de l’idéologie du génocide, chaque personne et en toute liberté, comment comprenez-vous l’idéologie du génocide ? Sans s’attarder sur le vocabulaire mais au concept ? Pour ma part, l’idéologie du génocide se manifeste dans l’attitude basée sur la suprémacie des uns par rapport aux autres, lorsqu’une personne donnée se croit supérieure aux autres parce qu’ils ne sont pas de la même ethnie, ne sont pas dans la même religion, ou ne viennent pas de la même  région … Dans ce cas la personne considère les autres comme étant des êtres de seconde catégorie. Lorsque ces dernières sont assassinées, la personne restera indifférente ou voudra minimiser ce qui leur est arrivées, ou voudra exprimer à leur place les évènements pour mieux les minimiser. Un « supprémaciste» ne condamnera pas le bourreau et justifiera les massacres des personnes qu’il ne considère être dans sa catégorie. Cette personne n’a pas besoin de tuer ou de harceler ceux qui ne sont pas de son ethnie, de sa religion pour véhiculer l’idéologie du génocide ». L’échange des idées était ainsi lancé. Ce billet est une synthèse de ces échanges, qui sont souvent des témoignages des personnes qui étaient jeunes à la fin des années 1990 et qui ont vu arriver dans la société rwandaise cette notion de l’idéologie du génocide, ils se sont pour la plus part exprimés sur la base de leurs vécus[1].

Les exemples des attitudes « suprémacistes »

La suprématie est définie comme la supériorité, la prééminence de quelqu’un, de quelque chose sur les autres : Exercer une suprématie intellectuelle.

Dans la société rwandaise elle se décline souvent par l’idée qu’une ethnie serait plus intelligente que les autres, des personnes de cette ethnie plus belles que les autres. Elle peut aussi se décliner par le fait de penser que le nombre fait la force. Les deux attitudes ont en commun de placer l’appartenance ethnique au-dessus des individus et la volonté qu’une ethnie devrait dominer l’autre.

Les exemples des comportements :

  • L’utilisation du terme « Imfura » à l’époque contemporaine pour véhiculer l’idée qu’une personne fait partie de la noblesse ou de l’aristocratie (la référence à l’époque de la monarchie féodale).
  • Ceux qui discréditent les idées des autres au seul motif que leur forme n’est pas sophistiquée (Ubupfura, imfura…).
  • Ceux qui lient l’attitude d’Ubupfura/ Imfura (déjà suprémaciste) à une ethnie ou à une race.
  • Ceux qui pensent que ceux qui n’ont pas leur niveau d’éducation leur doivent une certaine soumission.
  • Ceux qui lient le respect aux critères comme la politique, la religion, ou aux classes sociales.
  • Ceux qui catégorisent les victimes rwandaises en « vraies victimes » et « autres victimes ».

Il est à noter que chaque personne peut avoir son type de suprématie, l’attitude peut être inconsciente mais demeurera mauvais parce que personne ne peut être meilleure qu’une autre parce qu’elle est différente d’elle ou qu’elles ne sont pas dans la même catégorie.

L’idéologie du génocide selon ceux qui ont participé à la discussion

Pour les intervenants ci-dessous, ils vont dans le sens de celui qui a lancé la discussion, pour eux l’idéologie du génocide ne pas être dissociée avec l’attitude suprémaciste.

  • Une idée d’une autre époque

Pour un participant, « Il n’y a que l’ignorance ou un lavage des cerveaux qui peut pousser les personnes à se considérer supérieures aux autres à cause de leur ethnie, leur couleur de peau ou des yeux. Une personne éduquée ou qui a appris l’Histoire ne devrait pas avoir des idées suprémacistes.

Les gens qui pensent que l’on peut encore naitre avec une graine – les Tutsi (référence aux princes héritiers qui étaient supposés naitre  avec une graine) ou une intelligence supérieure aux autres deviennent peu nombreux dans la société. Nous savons tous que chaque personne nait, grandit et meurt, a du sang rouge qui coule dans ses veines. Celui qui réalisera que son sang est d’une autre couleur, il sera spécial et pourra nous en faire part ».

  • Le monopole de la douleur

L’idéologie du génocide est : « l’extrême méchanceté comme faire croire à une personne qui a perdu les siens, que sa douleur est moins douloureuse que la sienne. Le monopole de la douleur ne devrait pas exister ».

Pour les intervenants suivant, le suprémacisme existe dans plusieurs endroits du monde sans pourtant mener au génocide, pour eux donc il n’y a pas de lien entre les deux notions.

  • C’est la propagation de la haine

« L’idéologie du génocide c’est la propagation de l’idée de haine contre une ethnie ou une famille ou propager l’idée que l’ethnie ou une famille soient exterminées. Les idées suprémacistes sont des préjudices sociaux, si l’on prend l’exemple de l’Inde personne ne peut affirmer qu’il y a une idéologie du génocide alors que la hiérarchisation des classes sociales est une réalité dans ce pays. L’idéologie du génocide st aussi le fait de nier le génocide ».

  • C’est Munyangire « détestez-le(s) à ma place»

Ce participant à la discussion a expliqué l’idéologie du génocide avec quatre exemples ou étapes :

  • « Une personne qui haïra une personne à cause de son prénom, cette personne serait dans son droit même si son action est mauvaise.
  • La personne pourra passe au niveau supérieur en haïssant toutes les personnes qui portent ce prénom et à cause de ce prénom. C’est une haine généralisée que l’on peut comparer au racisme.
  • La troisième étape est une personne qui n’aimera pas une autre à cause de son prénom et commencerait à demander aux autres de faire de même : Munyangire – Détestez le comme moi pour son prénom. Cette étape est le premier pas dans l’idéologie du génocide.
  • La dernière étape est le fait de généraliser cette haine «Banyangire – Détestez-les (toutes les personne qui portent ce prénom) pour moi». Après cette étape, il pourrait suivre la mise en exécution de la haine en passant à la phase persécution  : « persécutez-le, persécutez-les». Pour le même participant, « Il est important de ne pas confondre le racisme lié à la suprémacie et l’idéologie du génocide. Dans le premier cas, l’amour comme la haine sont des sentiments humains et chacun est libre de les ressentir. Il serait mieux de sensibiliser les personnes qui sont à la première et deuxième étape, identifier l’origine de leur sentiment : la peur de l’autre, de l’inconnu ou de la haine.

Alors que les personnes qui sont aux étapes 3 et 4 n’ont pas de place dans la société rwandaise, elles doivent comprendre que ces idées ne sont pas les bienvenues, elles ont le choix de changer ou en être exclues par des mesures en accord avec la loi rwandaise ».

Le contre argument à cette proposition est qu’« une personne qui a des idées suprémacistes (au sens Imfura) : une personne qui pense que son ethnie, sa religion sont au-dessus des autres est déjà dans l’étape n°3, dans la mesure où un adulte qui penserait de la sorte le fait en connaissance de cause et dans ce sens la personne aura déjà l’idéologie du génocide. Ce sont ces mêmes personnes qui pensent que si l’on massacre les gens des autres ethnies ce n’est pas grave et que les personnes des autres ethnies n’ont pas les mêmes droits que les personnes de leur ethnie. La différence entre les catégories 1 et 2 et 3 et 4 est la suprématie ».

  • L’ignorance du peuple

Pour cet autre intervenant, « l’idéologie du génocide est surveiller celui qui dépasser la limite de penser à exterminer en partie ou en totalité des personnes sur la base de leur identité : la religion, l’ethnie, le handicap, l’intelligence, la couleur de peau ou tout autre connerie que la bêtise humaine sans limites peut inventer.

Quand la guerre a commencé au Rwanda, des personnes ont voulu comprendre ses causes, des personnes ont été désignées coupables sur la base de leur ethnie ou régions natales. Il y a aussi la justice et la démocratie parmi les causes. La situation s’est empirée jusqu’à ce que le génocide ait eu lieu. Ceux qui l’ont exécuté ont été appelés des génocidaires.

Aujourd’hui celui que tu n’aimes pas ou que tu ne partages pas les idées, on mélange les choses, en l’appelant génocidaire.

L’idéologie du génocide c’est aussi nier les crimes de masses qui ont été commis contre un groupe ou une ethnie. L’origine de tout cela est l’égocentrisme d’une partie des Rwandais, le manque d’empathie, la lutte pour le pouvoir en utilisant des mauvaises méthodes ou ceux qui se laisser manipuler par ceux qui ont leurs propres agendas (l’ignorance du peuple) et l’attitude suiveur (Ba rukirikirabose) ».

  • Un concept politique inventé

Pour ce participant, « l’idéologie du génocide est un concept politique du FPR-Inkotanyi assez unique et propre au Rwanda. L’idéologie du génocide n’existe donc pas chez les Rwandais aussi. On peut avoir l’idéologie raciste, de ségrégation, d’arrogance mais l’idéologie du génocide a été créée par le FPR –Inkotanyi pour leurs fins. Personne ne nait en ayant la volonté d’exterminer les autres (les Hutu ou les Tutsi). Si le génocide a pu avoir lieu, c’est lié aux circonstances que nous connaissons tous, je ne pense pas que des personnes soient nées avec cette idéologie ».

Le crime de pensée, où s’arrête la pensée ?

Pour une partie des intervenants, le crime de l’idéologie du génocide est difficilement compréhensible dans la mesure où il est difficile de mesurer la pensée humaine. « Pour moi, le mot en lui-même est révélateur d’une mauvaise chose. Y a-t-il un Rwandais qui peut deviner la pensée d’un autre ? Ils [ceux qui font partie du pouvoir] ont créé ce crime (ou l’ont nommé ainsi) pour avoir un prétexte de brimer ceux qu’ils ne veulent pas. Ils auraient pu utiliser le terme de « Ingengamvungo » « surveiller la parole». S’ils avaient fait cela au moins ils auraient pu s’en prendre aux personnes qui auraient dit quelque chose. Pour faire court, c’est l’ignorance et la méchanceté rwandaises ».

Pour ce participant, On peut arguer que « akari k’umutima – ce qui est dans le cerveau (les idées) gasesekara k’umunwa (finit par être dit)».

Une autre personne a avancé que : « Aucun crime de pensée ou d’intention de faire ne peut exister (à part au Rwanda). Néanmoins c’est difficile de faire quelque chose que l’on n’a pas pensé…mais pour être pris en flagrant délit il faut passer à l’action ou commencer à préparer. En ce moment si je pouvais voler de l’argent à une banque, ça me ferait un grand bien. Mais tant que je n’ai pas passé à l’action et que cela reste dans mes pensées, je ne commets aucun crime ».

Le racisme, la haine et les institutions

Dans les extraits ci-dessus, il est facile de constater que ce concept de l’idéologie du génocide est très difficile à définir, il y a très peu des visions qui concordent et beaucoup des gens l’expriment par des exemples. Dans ce qui suit les participants ont établi la part que les institutions rwandaises ont dans la mise en pratique de l’idéologie suprémaciste en organisant une politique de ségrégation parmi les Rwandais.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de souligner qu’il y a une grande différence entre un suprématisme pratiqué par un individu (la liberté individuel de penser ou d’agir) et celui pratiqué par une institution et surtout si l’institution est étatique. En effet chaque Etat, le Rwanda notamment, a le devoir de représenter tous les Rwandais sans distinction ethnique. L’objet de ce paragraphe est le suprémacisme qui a été pratiqué au Rwanda après 1994.

Un intervenant a interpellé sur la différence entre la suprémacié et l’idéologie du génocide. « La suprématie peut-elle être vraiment considérée comme une idéologie du génocide ? C’est une forme de racisme comme il y’en a partout, il est à combattre, néanmoins il ne veut pas forcement signifier la volonté d’exterminer en partie ou en totalité un groupe des personnes ou même propager cette idée ».

Un autre intervenant a donné son point de vue sur cette interrogation : « Le racisme pratiqué par un individu entre dans la catégorie de la liberté pour tout un chacun d’agir. Ce racisme que l’on peut attribuer à l’égoïsme, au manque d’empathie ou à l’arrogance semble innocent tan qu’il n’est pas institutionnalisé. Comme en 1995, lorsqu’à la reprise des études, on a demandé aux élèves de faire deux files, la file de droite pour les élevés qui avaient leurs parents et celle de gauche pour les orphelins. Dans la file de gauche on a demandé aux élevés de raconter comment ils sont devenus orphelins, ces derniers en toute innocence ont raconté leurs vécus sans faire attention aux ethnies. Certains avaient perdu leurs parents tués en République Démocratique du Congo et d’autres à Kigali (Kicukiro) durant le génocide. Ceux qui avaient perdu leurs parents à Kigali ont été pris en charge : frais de scolarité, le matelas, les matériels scolaires et en Avril on leur donnait une tribune pour qu’ils puissent pleurer leurs parents. Celui dont les parents avaient été tués au Congo on prenait en charge ses frais de scolarité et il devait se débrouiller pour le reste. C’est un exemple parmi beaucoup d’autres de la ségrégation ethnique qui a marqué le Rwanda après 1994. La ségrégation mémorielle, la justice pour une seule ethnie, la ségrégation parmi les orphelins… »

Selon un autre intervenant le manque de neutralité de l’Etat rwandais est la définition même de l’idéologie du génocide « l’Etat rwandais devrait être neutre devant chacun citoyen, le problème au Rwanda est que celui au pouvoir utilise les institutions pour opprimer les autres. La ségrégation après 1994 est la définition même de l’idéologie du génocide car prendre une partie des citoyens et leur garantir des droits en les privant à l’autre partie du peuple est hiérarchiser les Rwandais : ceux au-dessus des autres et ceux en seconde catégorie. L’apartheid est l’idéologie du génocide ».

Les deux participants qui suivent partagent la vision que l’idéologie du génocide est associée à l’idéologie suprémaciste. Ils ont mis en avant la part des institutions rwandaises dans l’instauration de cette idée.

En se basant sur son expérience estudiantine, un participant  a cité l’association des étudiants rescapés du génocide au Rwanda (AERG) : « Nous savons tous ce qui s’y passe [Nota : l’AERG a la réputation de formater la jeunesse rescapée du génocide sur l’idéologie suprémacitse et celui du parti au pouvoir], le résultat est que ceux qui passent par l’AERG auront leur propres façons de voir les choses, différente de celle de ceux n’auront pas passé par l’AERG. De lors lorsque ceux derniers commenceront à raconter leur façon de voir les choses, ils en récolteront les conséquences alors que ce sera leur réalité qu’ils auraient raconté. Cela va créer des problèmes politiques car ils seront perçus comme étant pour une seule partie de la population. Ceux qui nient le génocide, nous devons regarder pourquoi, c’est souvent dans leurs intérêts comme fuir la justice ou autre… ».

Pour cet intervenant, « une personne qui pense que les personnes différentes de lui devraient mourir, être persécutés, ne pas bénéficier de la justice ou une personne qui nie ou minimise la tragédie qui est arrivée aux autres parce qu’ils ne sont pas dans la même catégorie qu’elle, devrait être dénoncée et même être punie selon la loi. Comme cela é été souligné, le problème est comment on peut mesurer les pensées d’une personne ? Je parle en connaissance des causes, comme une personne qui a traversé cela. Le crime de l’idéologie du génocide a vu le jour au Rwanda quand j’étais étudiant et cela été le prétexte de chasser des écoles et de d’opprimer les élevés dits HUTU et voilà comment :
Pensez-vous qu’un étudiant qui n’était pas rescapé du génocide de 1994 (en appliquant la norme de ceux que le Rwanda accepte comme rescapés car il y en a qui ne sont pas acceptés) pouvait marcher sans le faire exprès  sur un étudiant rescapé ? Si ce dernier se plaignait, le non rescapé allait en prison car il avait manifesté l’idéologie du génocide. Le rescapé pouvait aller voir le directeur et lui dire qu’un tel (non rescapé) m’a bousculé lorsque nous entrions dans le dortoir, il souhaite me faire tomber du lit, et la personne était directement emprisonnée. On peut donner plusieurs exemples, je n’invente rien c’est mon vécu, pour ma part cela a été un frein pour l’unité et la réconciliation de la jeunesse. Pour faire court, chaque acte qui ferait du mal à quiconque au seul motif que vous êtes différents est à dénoncer mais cela doit être clair dans les lois pour éviter de créer des injustices. De plus la loi doit être respectée par tous et non par une partie seulement car au Rwanda lorsqu’un ministre dit « LES HUTU SONT DEBILES » il est applaudi, mais celui qui essayerait, même qui écrirait ici que « LES TUTSI SONT DEBILES » on verrait ce qui s’en suivrait, beaucoup de gens crieraient au scandale. S’en prendre aux autres parce qu’ils sont différents de toi ou parce il y a des éléments que vous ne partagent pas ou se dire que tu es supérieur aux autres est quelque chose à dénoncer.
 »

Pour un autre intervenant, « ce n’est pas tant la ségrégation qui conduit au génocide mais sans aucun doute un des éléments qui va créer un climat propice à la naissance de cette idéologie ou sa propagation. Cette ségrégation institutionnalisée devrait être combattue avec les mêmes moyens que ceux utilisés pour combattre l’idéologie du génocide ».

Pour un autre intervenant « la ségrégation institutionnalisée au Rwanda après 1994 est la déshumanisation, ce qui va au-delà du concept fabriqué (de l’idéologie), avec des conséquences réelles (ethnie) ».

Une autre personne a défendu les pratiques du FARG (Fonds d’Assistance des Rescapés du Génocide), « c’était un fond dont l’objectif était de prendre soin des orphelins du génocide. Ne mélangez pas les choses, les objectifs du fonds sont écrits. Pour moi, il aurait fallu mettre en place des fonds pour prendre soin des orphelins de Byumba, ou ceux du Congo. Mais personne ne s’en est chargé. C’était la responsabilité de ceux qui disaient être responsables de ces orphelins. C’est comme aujourd’hui il y devrait exister un fond pour les réfugiés rwandais aux quatre coins du monde, avant de dire que l’on représente les réfugies, il faudrait dire qui t’a chargé de cette mission et définir la mission ».

Lorsque l’on lui a fait remarquer que le FARG se chargeait uniquement des orphelins du génocide qui avaient prouvé qu’ils étaient Tutsi alors que le génocide a fait des victimes de toutes les ethnies et que même certains orphelins laissés à l’abandon à un très jeune âge ne pouvaient pas prouver leur ethnie et étaient donc écartés par le FARG, l’intervenant a réfuté que si les Tutsi avaient mis en place leur fond, les Hutu n’avaient qu’à mettre en place leur fond au lieu de pleurnicher.

Sans le vouloir, l’intervenant a montré les limites d’une ségrégation institutionnalisée. Le fait de ne pas s’indigner ou à minima garder son silence face à un tri entre les orphelins par une institution étatique est interpellant. Que la justification soit d’attribuer cet organisme aux Tutsi en demandant aux Hutu d’agir (tout en sachant que les ethnies n’existent plus au Rwanda officiellement depuis 2003) est juste révélateur des problèmes ethniques profonds que régime du FPR n’a pas réussi à résoudre, les ethnies au Rwanda sont-elles une bombe à retardement que le régime étouffe ?

L’idéologie du génocide avant 1994 selon les intervenants

Comme vous l’avez lu, les exemples si dessus se sont basés sur le Rwanda post génocide pour définir l’idéologie du génocide. Les extraits suivants ont été demandés par un intervenant qui voulait comprendre comme cette idéologie de suprématie avait été présentée dans l’Histoire du Rwanda, le lien que l’on peut établir avec les différents génocides et crimes de masse qui ont eu lieu au Rwanda. Les participants ont choisi une période de l’Histoire pour exprimer comment l’idéologie du génocide s’est manifestée dans la société rwandaise avant 1994.

Pour cet intervenant qui lie l’idéologie du génocide au suprémacisme : « L’idéologie a existé depuis qu’il y a eu les trois ethnies au Rwanda. A savoir le suprémacisme accompagné des persécutions, faire du mal aux autres, exclure les autres du pouvoir ou du Rwanda…L’exemple facile est le devenir des Twa du Rwanda dans toutes les époques et sous tous les régimes, aujourd’hui ils sont menacés d’extinction. Si on regarde par époque, on trouve l’idéologie présentée et au sein de la classe dirigeante.

  • A l’époque de la monarchie, il y’avait l’esclavage des Hutu, des Twa et des Tutsi pauvres. Une famille régnait et le reste de la société était réduit à du travail forcé [le système d’Uburetwa : un travail forcé au Rwanda instauré par le roi Kigeri Rwabugiri (1853-1895) dont étaient exemptés les Tutsi. Cela consistait à travailler deux jours sur cinq pour son seigneur Tutsi et le système d’Ubuhake : contrat de servage du temps de la monarchie féodale par lequel un individu du rang inferieur dans la hiérarchie social demandait la protection d’une personne de statut élevé du système social. Les classes inferieures étaient composées de toutes les ethnies]. Pour ma part c’est un exemple de la suprémacie accompagnée de l’idéologie du génocide car une partie de la population était considérée comme « moins humain – less human ». A cette époque la classe dirigeante tuait comme elle voulait, il y avait les guerres de conquête ou la famille régnante s’emparait des régions dirigées par d’autre ethnies, à cela il faut ajouter le putsch Rucunshu[2] [également connu sous le nom de « révolution de palais de Rucunshu » – est un évènement sanglant de la fin de l’année 1896 qui a marqué durablement l’histoire du Rwanda].
  • A l’époque de la colonisation, le guhakwa, le buretwa (vus au-dessus), la sanction par la chicotte, exclure ce qui n’étaient pas privilégiés par les colonisateurs, je ne sais pas si la castration des hommes était une pratique qui se faisait encore, mais cela a existé, couper les parties génitales et les exposer. Un tel acte d’une méchanceté extrême sur les autres personnes ne peut pas se faire pour moi sans la suprémacie que l’on ne peut pas distinguer de l’idiologie du génocide.
  • Entre 1959 et 1973 les différents massacres des civils Tutsi que cela soit durant la révolution ou lorsque les Inyenzi [nom des assaillants des années 1960] attaquaient dans les années 60. Massacrer ceux qui étaient restés au pays est l’idéologie du génocide. Il y a ceux qui ont fui le Rwanda parce que tout simplement ils ne voulaient pas être dirigés (supremacistes) par les Hutu. Ces derniers étaient fâchés contre ceux qui sont restés au Rwanda et pour eux c’était normal que les personnes se fassent tuer pour qu’ils accèdent au pouvoir.
  • Entre 1973 et 1990 la suprémacie s’est manifestée premièrement par la différence qui a été faite entre les Kiga [ceux originaires du nord du Rwanda]et les Nduga [ceux originaires du sud du Rwanda]. Se dire que l’on peut s’approprier le Rwanda et laisser les autres derrière et être au-dessus des autres, c’est de la suprémacie. Il n’y avait plus de différence avec la monarchie dans la mesure où une famille régnait sur les autres et était au-dessus de tout dans le pays. Deuxièmement par l’exclusion des réfugiés et le fait de les laisser en dehors du pays, aussi l’exclusion des autres ethnies, les Tutsi et les Twa, du pouvoir. A cela on peut ajouter la formation du FPR et leur programme de tuer les gens, prendre de force leurs terres (programme qui est toujours en cours).
  • Entre 1990 et 1994 : massacrer les personnes dans les zones sous le contrôle du FPR au motif de leur ethnie ou de leur niveau intellectuel etc… Emprisonner les personnes dans des conditions exécrables parce qu’il serait des infiltres (ibyitso), les massacres contre les civils Tutsi dans différentes régions du Rwanda. La formation des partis politiques sur la base de la supremacie ethnique Hutu ou Tutsi… Les Twa étant la seule ethnie qui est restée en dehors de cette idéologie suprémacitse.
  • Entre 1994 et 1998 : les génocides qui ont été commis au vu et au su de tout le monde
  • Entre 1994 et 2020 : la ségrégation parmi les rescapés, affirmer qu’une partie des bourreaux ne doivent pas faire face à la justice, la montée en puissance du suprémacisme, les juridictions gacaca, le programme Ndi Umunyarwanda etc.

L’intervenant a conclu en soulignant que seule l’ethnie des TWA a été une victime éternelle de cette idéologie depuis que les trois ethnies existent au Rwanda.

Cet autre participant a fait le lien Munyangire pour exprimer la présence de l’idéologie du génocide au Rwanda dans les années 1990s.

« Détestez- le pour moi c’est un tutsi : ses ancêtres sont des monarques qui ont persécuté les Hutu ; Les hutu sont nombreux, ils doivent avoir accès en priorité aux postes dans toutes les institutions (accès non lié à la compétence) ; Détestez-le pour moi c’est un hutu, ses ancêtres ont chassé les Tutsi du Rwanda ou sont ceux qui ont persécuté les Tutsi au moment de la révolution ou dans les crimes de masse post révolution. De ce fait les Munyangire de notre époque devraient être combattus avec toutes les forces : Détestez- le pour moi c’est Hutu, il a donc  des ancêtres génocidaires, détestez- le pour moi il a des liens familiaux avec un tel ou avec un tel ».

Dans cette intervention, le participant a offert  sa compréhension des choses : « Même si je ne l’ai pas vu de mes propres yeux car je n’avais pas encore l’âge de comprendre, les signes dans l’Histoire du Rwanda de l’idéologie suprémacitse ont toujours été présents comme aujourd’hui. C’est l’idée que les autres peuvent être persécutés. Comme tu en as donné l’exemple, personne n’ignore que ceux qui se disent « Imfura » pensent que les Hutu doivent être dirigés, devenir des esclaves, ne sont pas intelligents. Jusqu’à avoir dit que les esclaves de l’époque de la monarchie n’avaient pas des liens avec eux, à part celui d’être des esclaves et eux des maitres ».

La république des Hutu a aussi dit que les Tutsi nous ont exploités depuis 400 ans (je n’ai jamais su comment ils estimaient ces années d’esclavage) et a dit c’est maintenant l’ère de la majorité, c’est à notre tour de diriger, de demander des comptes aux personnes même si  ces dernières n’étaient pas responsables mais parce que ce sont leurs proches qui l’ont fait …Cela a continué avec la ségrégation régionale. Nduga nous a mal dirigés, celui qui est originaire de Nduga devrait morfle à son tour, les meilleures écoles sont pour nous…les gens étaient obligés de parler avec l’accent pour faire croire qu’ils venaient de la bonne région.

En 1990 quand le FPR a attaqué, les choses se sont empirées sans aucun doute, en effet il y a eu même les partis politiques dont l’idéologie était basée sur le patriotisme à outrance « nous sommes des vrais rwandais, nous devons diriger »… Les journaux écrivaient cette idéologie sans se cacher, l’exemple étant la tribune de Rucagu dans kangura, il peignait les Tutsi comme des mauvaises personnes à détester et il ajoutait que des Hutu qu’il désignait comme des traites devaient être tués. Le plus étonnant est qu’il était députe et ces propos passaient comme normaux. De même il y a quelques jours un ministre (Evode uwizeyimana, fin 2019) a dit que les Hutu sont débiles et tout le monde a normalement accepté la chose. Cela a continué en 1994, et l’indicible s’est produit : exterminons les tous et cela se fait au vu et au su de tous.

A l’arrivée au pouvoir du FPR, cela a continué avec les stigmatisations. Ceux – ci sont des Ibipinga, ils sont des Gamwa [Kiga], il ne faut pas se marier avec eux, ils ne doivent pas avoir accès au marché de l’emploi…Il faut même les tuer avec tous les moyens.

Petit à petit, il y a eu un phénomène dont on ne parle pas beaucoup, à savoir ceux que l’on a appelé les ABASOPE (ceux qui vivaient au Rwanda avant 1994 Hutu et Tutsi confondus), ils ont été exclus de tout au Rwanda. Des codes spécifiques pour les identifier et les exclure de tout, comme du marché du travail ont été mis en place. Par exemple les prénoms comme Claude, Bosco, Jean Pierre et autres prénoms étaient considérés comme les prénoms des « Abasope », au point où une partie de jeunes mentaient sur leur CV sur leur lieu de naissance (en mettant un pays étranger) pour augmenter les chances d’accéder à l’emploi.
L’égocentrisme est le problème fondamental de la société rwandaise, c’est le mal dont elle souffre profondément les Rwandais. Les gens devraient envisager comment l’égocentrisme, l’arrogance de ceux qui se croient supérieurs aux autres peut –elle être éradiquée ?
 ».
Pour le participant qui suit, l’idéologie du suprémacisme est dans l’Histoire rwandaise depuis la colonisation. Il a fait le choix de circonscrire son intervention sur la période entre 1985 et 1990, qui selon lui permet de comprendre le malheur qui s’est abattu sur le Rwanda. « D’un côté la majorité dirigeante les Bakiga [ceux du Nord] se sont emparés du Rwanda, ont exclu tout le monde. De ce fait les Banyenduga [ceux du sud] et leurs amis voulaient un changement. Cependant il est difficile de comprendre de quel changement voulaient-ils ? Etait-ce de la vengeance sur les Bakiga par rapport à ce qui s’est passé en 1973 [coup d’état] ou mettre en place des conditions propices aux bonnes relations des descendants des Kanyarwanda ?

Finalement il y avait la diaspora tutsie (Ouganda, Congo, Tanzanie , Burundi ), les descendants des réfugiés de 1959 qui venaient d’avoir la force militaire et voulaient rentrer. Ici aussi on peut se poser la question s’ils voulaient rentrer au Rwanda en paix ou se réapproprier (kubohoza) le Rwanda et tout ce qu’s’y trouvait dans la mesure où la majorité était des descendants des anciens chefs d’avant 1959 ? Voici les suprémacies qui sont à l’origine de tous les problèmes que le Rwanda a eu !!!

  • CYIGA ( Hutu )
  •  Nduga ( Hutu+opposition )
  • Diaspora ( Tutsi ) »

Conclusion

On pense souvent et à tort que l’appartenance aux ethnies est à l’origine des problèmes qui sont arrivés au Rwanda. Depuis 2003 les ethnies ont été supprimées au Rwanda, 17 ans après les problèmes contemporains de la société rwandaise sont les mêmes que ceux de l’époque de la monarchie féodale. Je souhaite inviter tous les Rwandais qui auraient lu ce texte jusqu’au bout de changer leur regard et considérer de plus en plus ce qui pousse les Rwandais à mettre leur appartenance ethnique au-dessus des autres composantes de leur identité. Je leur recommande de lire un essai : Les identités Meurtrières, qui se penche sur les conflits liés aux identités, notamment l’auteur établi le lien entre le fait de se sentir menacé et le sentiment d’appartenance accru à une composante identitaire : « A toutes les époques, il s’est trouvé des gens pour considérer qu’il y avait une seule appartenance majeure, tellement supérieure aux autres en toutes circonstances qu’on pouvait légitimement l’appeler « identité ». Pour les uns, la nation, pour d’autres la religion, ou la classe. Mais il suffit de promener son regard sur les différents conflits qui se déroulent à travers le monde pour se rendre compte qu’aucune appartenance ne prévaut de manière absolue. Là où les gens se sentent menacés dans leur foi, c’est l’appartenance religieuse qui semble résumer leur identité entière. Mais si c’est leur langue maternelle et leur groupe ethnique qui sont menacés, alors ils se battent farouchement contre leurs propres coreligionnaires. Les Turcs et les Kurdes sont également musulmans, mais diffèrent par la langue ; leur conflit en est-il moins sanglant? Les Hutus comme les Tutsis sont catholiques et ils parlent la même langue, cela les a-t-il empêchés de se massacrer? Tchèques et Slovaques sont également catholiques, cela a-t-il favorisé la vie commune ? »[3]

J’invite toute personne qui souhaite donne son point de vue sur une des notions abordées de m’en faire part et je l’ajouterai pour compléter, en effet Démocrite disait « Il n’y a rien de véritable, l’opinion de tous fait l’opinion de chacun ».

Je conclus par cette belle parole d’un intervenant : « C’est vrai dans tout : la taille (grande ou petite), le genre (homme ou femme), l’âge (la jeunesse ou la vieillesse), le teint de la peau (claire ou noire), le régionalisme (Nduga/Kiga, rejetons tout ce qui veut nous diviser. Merci Beaucoup »

Un grand merci aux participants

Alice Mutikeys


[1] En Italique, les contributions telles que des participants

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d%27%C3%89tat_de_Rucunshu

[3] Amin Maalouf, Les identités meurtrières, Grasset, Paris, 1998, p. 22

Rwanda : les Tops 10 des femmes politiques

« Il se pourrait que je ne me présente pas à ma succession », ce sont les propos de Paul Kagame au Qatar en novembre 2019, propos qu’il a enrichis le 19 décembre 2019 en exprimant le souhait qu’il soit succédé par une femme à la tête du Rwanda. Comme à chaque fois que le président dictateur et autoritaire émet un souhait, la société rwandaise se plie en quatre pour le réaliser. Le journalisme indépendant ayant progressivement été éliminé du Rwanda (il y reste quelques irréductibles qui résistent) la grande majorité en est réduite à faire les éloges du régime pour sa survie. Ceci peut expliquer deux articles parus en un mois qui font les classements des femmes politiques rwandaises. Le premier, publié par Celebzmagazine (un média people) est parti du principe qu’une femme au pouvoir n’est généralement pas belle, un stéréotypé digne d’une autre époque, et a fait le classement des femmes rwandaises belles qui occupent des postes à responsabilité. Le second, publié par Bwiza a fait le classement de 10 femmes qui pourraient succéder à Paul Kagame en 2024.

Dans ce billet les deux classements vont être croisés pour revenir sur qui est « belle » et qui est potentiellement présidentiable et ce sur un ton amusant. Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient de rappeler que le 17 septembre 2010, le président rwandais était interviewé par la CNN, à la question de savoir si son deuxième mandat était le dernier,  il  avait répondu : « C’est mon dernier mandat ! je l’ai dit une centaine de fois, les gens ne veulent pas me croire, ils me disent que d’autres ont dit cela et ont changé d’avis, c’est typiquement africain…en particulier dans le cas du Rwanda, dans mon cas personnel, cela va être un plaisir de garantir que nous respectons la constitution comme elle est aujourd’hui, elle limite les mandats, ce qui permettra à d’autres d’être présidents et me permettra de partir ». Le 17 novembre 2015, il modifiait la Constitution pour lui permettre de rester au pouvoir potentiellement jusqu’en 2034 et le 04 aout 2017, Paul Kagame était réélu pour un troisième mandant avec un score stalinien de 98,79% et surtout après avoir mis en prisons ses opposantes politiques : Diane Rwigara et Victoire Ingabire Umuhoza. C’est pour cela que la valeur de ces classements ne peut être que la diversion, néanmoins on peut leur reconnaitre de mettre en valeur les compétences et les parcours des femmes qui composent l’élite rwandaise.

10. La potentielle présidentiable Dr Marie Claire Mukasine et la « belle » Belise Kariza

ag Marie Claire Mukasine et ad Belize Kariza

Marie claire Mukasine est membre du parti au pouvoir le FPR, elle est diplômée en droit et dans la finance, elle a une solide expérience en poltique. Elle a été pendant plusieurs années secrétaire permanant dans deux ministères et a été la directrice du Rwanda Investment Group, devenu aujourd’hui le RDB Rwanda Developement Board.

Belise Kariza est la directrice du développement du tourisme au sein du RDB. C’est elle qui aurait développé le tourisme au Rwanda, CelebzMagazine nous dit que sa beauté « ferait tourner beaucoup des têtes ».

9. La potentielle présidentiable Donatille Mukabalisa et  la « belle »  Aurore Mimosa Munyangaju

ag Donatille Mukabalisa et ad Aurore Mimosa Munyangaju

Donatille Mukabalisa aura 64 ans en 2024, elle a commencé la politique en 2000 au sein du parti PL (Parti Liberal) allié au parti au pouvoir le FPR, elle siège au parlement ou au sénat rwandais depuis 2003.

Aurore Munyangaju est ministre rwandais de sport depuis peu, elle est diplômée en gestion de projet dans une université hollandaise. Selon Celebzmagazine, c’est l’une des femmes politiques dont la beauté est vantée par les lecteurs du magazine.

8. La potentielle présidentiable Alvera Mukabaramba et  la « belle » Diane Karusisi

ag Alvera Mukabaramba et & ad Diane Karusisi

Alvera Mukabaramba  est né en 1960, docteur en médecine, elle est dans le paysage politique depuis 1999 lorsqu’elle siégeait au parlement rwandais de transition. Elle est devenue sénateur en 2003. Actuellement elle est secrétaire d’état au sein du ministère de l’administration locale. Elle est membre du parti politique affilié au FPR le PCC. C’est la seule du classement à avoir manifesté la volonté de briguer un mandat présidentiel dans le passé en étant candidate aux élections présidentielles à deux reprises. Aux élections de 2003 elle a retiré sa candidature pour soutenir Paul Kagame, aux élections de 2010 elle a obtenu 0,40% des voix. En 2012 elle était nommée la directrice des partis politiques autorisés au Rwanda (Le FPR est ses alliés). A noter que les partis politiques d’opposition ne sont pas autorisés au Rwanda et leurs membres sont victimes d’arrestation arbitraires ou d’assassinats politique ou d’intimidations.

Diane Karusisi est la puissante femme d’affaires rwandaise, elle est statisticienne, économiste et PDG de la Banque de Kigali (BK) depuis 2016. Selon Celebzmagazine les clients de la BK lui remercient pour la qualité des services et sa beauté particulière.

7. La potentielle présidentiable Espérance Nyirasafari

CelebzMagazine  n’a pas attribué la position n°7.

Espérance Nyirasafari  a été formée à l’université de Butare, elle est diplômée en droit et a une solide expérience en politique. Elle a été nommée en 2009 secrétaire d’état au sein du ministère de la Justice et est devenue ministre rwandais pour les droits de la famille et des femmes en 2016. Elle est devenue ministre du sport et de la culture de 2018 à 2019. Aujourd’hui elle est sénatrice. Elle est connue pour être une personne humble, de bonne humeur la plus part du temps et qui a un bon relationnel. Ces qualités aspirent la confiance de ses interlocuteurs, qui se confient à elle sans méfiance. Elle est réputée pour leur prêter une oreille attentive et résoudre leurs problèmes.

6. La potentielle présidentiable Sayinzoga Kampeta Pichette et  la « belle » Soraya Hakuziyaremye

ag Sayinzoga Kampeta Pichette et ad Soraya Hakuziyaremye

Pichette Kampeta Sayinzonga a une ascension rapide dans la politique rwandaise. Cette diplômée en développement et en politique étrangère d’une université sud-africaine pour le second cycle et d’une université britannique pour le troisième cycle a travaillé à la banque mondiale avant de travailler pour le Rwanda. Elle a occupé plusieurs postes dans le ministère rwandais de la finance dont le poste de secrétaire permanant. En 2017 elle est devenue directrice de l’agence rwandaise de recherche et de développement industriels (NIRDA). Elle vient d’être choisie par les actionnaires de la Banque de Développement Rwandaise pour devenir la future PDG de la banque. Elle attend la validation de son poste par le conseil d’administration de la banque. Une partie des Rwandais attribue sa réussite à ses liens familiaux avec la famille présidentielle. C’est l’une des femmes présente dans les deux classements, sa beauté particulière a tapé dans l’œil de la rédaction de CelbzMagazine.

Soraya Soraya Hakuziyaremye est ministre du Commerce et de l’Industrie depuis octobre 2018. Elle aurait effectué des changements positifs au sein du ministère. Ceux qui se sont entretenus avec CelebzMagazine n’ont pas hésité à la classer parmi les femmes politiques avec une beauté extraordinaire.

5. La potentielle présidentiable Ange Kagame et  la « belle » Paula Ingabire

ag Ange Kagame et ad Paula Ingabire

Ange Kagame aura 31ans en 2024. Elle est l’unique fille et deuxième enfant de Paul Kagame. Elle est diplômée en politique et politique étrangère d’une université américaine. Elle doit sa présence dans le classement à ses nombreuses apparitions à côté de son père et ses réponses sur Twitter sur les sujets relatifs à la politique du pays. A part cela elle n’a pas d’expérience en politique et dans la vie professionnelle.

Paula Ingabire est ministre des Technologies de la communication et de l’Innovation  depuis octobre 2018, selon CelebzMagazine elle a en particulier, comparée aux autres femmes politiques, une beauté extraordinaire.

4. La potentielle présidentiable Clare Akamanzi et  la « belle » Clare Akamanzi

Clare Akamanzi aura 45 ans en 2024,  c’est la toute puissante PDG du RDB et cumule plusieurs diplômes de plusieurs universités dont Havard. Elle cumule aussi plusieurs récompenses ou reconnaissances internationales. Elle a fait partie des 192 Young Global Leaders de 2012, a été reconnue parmi les 20 femmes les plus puissantes en Afrique en 2013 et a été distinguée parmi les 200 jeunes leaders économiques africains distingués par l’Institut Choiseul en 2014.

Clare Akamanzi est classée en position n°4 dans les deux classements.

3. La potentielle présidentiable Amb. Valentine Sendanyoye Rugwabiza et  la « belle » Kampeta Pitchette Sayinzoga

ag Valentine Sendanyoye Rugwabiza et ad Kampeta Pitchette Sayinzoga

Valentine Rugwabiza a été nommée Représentante Permanente du Rwanda auprès de l’Organisation des Nations unies par le Président Paul Kagame en novembre 2016. Elle cumule ce poste avec celui de membre du Cabinet du Rwanda. Auparavant elle a occupé plusieurs postes importants dans des organisations ou des multinationales internationales. Elle a été la première femme à occuper le poste de Directrice Générale Adjointe de l’Organisation mondiale du commerce entre 2005 et 2013.

C’est une entrepreneuse qui possède sa propre entreprise Synergy Group. Elle est membre fondatrice de la Fédération rwandaise du Secteur Privé et de l’Organisation des  Femmes Entrepreneurs du Rwanda et du Caucus des Femmes Leaders du Rwanda.

En 2015, elle a été nommée comme l’une des « 50 femmes les plus puissantes de l’Afrique » par Jeune Afrique.

Kampeta Pitchette Sayinzoga  comme cité ci-haut, Clare Akamanzi et elle sont les deux femmes presentes dans les deux classements.

2. La potentielle présidentiable Jeannette Kagame et  la « belle » Michaella Rugwizangoga

Ag Jeannette Kagame et Ad Michaella Rugwizangoga

Jeannette Kagame est la toute puissante et charismatique auprès des partisans et sympathisants du FPR première dame du Rwanda. Elle est diplômée en gestion financière.  Jeannette Kagame possède aussi un titre honorifique décerné par une université américaine. Son engagement et ses prises de paroles dans les sujets relatifs à la « gestion du pays », à une « bonne gouvernance » …dans la lutte contre le Sida lui ont valu sa présence dans le classement. En 2010 Jeanette Kagame été nommée représentante spéciale sur la nutrition infantile par le Programme alimentaire mondial (PAM).

Aujourd’hui elle surtout connue des Rwandais par sa toute puissante fondation « Imbuto Foundation», une organisation supposée aider les jeunes filles en difficultés entre autres mais qui permet surtout d’obtenir une nomination au sein du gouvernement rwandais.

Michaella Rugwizangoga  est la directrice de Volkswagen Rwanda. Elle est classée parmi les premières femmes dirigeantes à avoir une beauté qui fait tourner les têtes.

1. La potentielle présidentiable Louise Mushikiwabo et  la « belle » Ines mpambara

ag Louise Mushikiwabo et ad Ines mpambara

Au sommet de deux classements on trouve deux femmes réputées pour être totalement dévouées au président rwandais Paul Kagame. Elles ont la réputation aussi d’avoir une main de fer dans un gant de velours.

Louise Mushikiwabo a un CV impressionnant et est une communicatrice hors pair. Elle a été directrice de la communication de la Banque africaine de développement avant d’être nommée comme de ministre rwandais l’Information par Paul Kagame. En 2009 elle est devenue ministre rwandais  des Affaires étrangères et de la Coopération, elle a battu le record de la longévité dans ce ministère (presque 10 ans) sous le régime du FPR. Aujourd’hui elle occupe le poste de secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Franconie, poste qu’elle a obtenu entre autres grâce à l’investissement personnelle du président français Emmanuel Macron. Elle est connue aussi pour avoir des grandes capacités de persuasion et être un lobbyiste efficace.

Ines Mpambara est la chef du personnel au sein du cabinet présidentiel. Selon CelbzMagazine sa beauté est incomparable comme en ont attesté les chanceux qui l’ont vue de leurs yeux, ils ont affirmé sans aucun doute qu’elle ne pouvait pas manquer au classement.

Les seules femmes potentielles présidentiables à ce jour

ag Diane Rwigara et ad Victoire Ingabire Umuhoza

Sans vouloir enlever l’aspect divertissant aux classements ci-dessous, il est intéressant de constater que les deux femmes à avoir manifesté leurs intentions de briguer le mandant présidentiel sont absentes du classement de qui pourraient succéder à Paul Kagame !

Diane Rwigara a passé un an en prison et Victoire Ingabire Umuhoza a passé 8 ans en prison. Les deux avaient voulu se présenter aux élections présidentielles, respectivement de 2017 et de 2010 !

Alice Mutikeys

Les orphelins du génocide au Rwanda, Victimes de discrimination et d’exclusion

Nota : Ceci est une traduction d’un article écrit par Claude Gatebuke et publié en novembre 2019. En tant que contribuable français, je me demande si le Rwanda reçoit de l’aide de la France, dans l’affirmatif les autorités françaises s’assurer que l’aide perçu par les autorités rwandaises ne soit pas utilisé dans des programmes qui pratiquent la ségrégation et la discrimination comme le témoigne le jeune David Ndayambaje.

Le New York Times a publié en mars 2019 un article intitulé  » Les enfants du viol au Rwanda ont atteint leur majorité  » portant sur les enfants nés de mères violées pendant l’horrible génocide de 1994. L’histoire explore la stigmatisation, le traumatisme intergénérationnel et la discrimination auxquels sont confrontés ces enfants qui ont grandi en étant appelés « enfants des tueurs ». Les enfants ainsi désignés ont maintenant environ 24 ans. Ils sont sur un large spectre du processus de guérison, tout comme leurs mères. La vie de ces jeunes gens est très complexe. Certains ont fait la connaissance de leurs pères emprisonnés pour les crimes qu’ils ont commis pendant le génocide. Tous les enfants mentionnés dans l’article du New York Times, connaissent au moins l’identité de leur mère.

Un autre groupe de jeunes femmes et hommes au Rwanda n’ont aucune idée de l’identité de leurs parents. Ce sont des orphelins qui ont été ramassés parmi les cadavres par les soldats du FPR pendant le génocide. Ces enfants étaient trop jeunes pour se rappeler l’identité de leurs parents, s’ils avaient même l’âge de connaître le nom de l’un ou l’autre de leurs parents. On estime qu’ils ont aujourd’hui entre 25 et 27 ans.

Au printemps 1994, le génocide le plus rapide du XXe siècle a eu lieu au Rwanda et a coûté la vie à près d’un million de personnes, tuées par une milice connue sous le nom d’Interahamwe. Une grande majorité des victimes étaient des Tutsi, un groupe ethnique minoritaire au Rwanda. Le génocide a eu lieu au milieu d’une guerre brutale de quatre ans au cours de laquelle les parties belligérantes ont été responsables de massacres à grande échelle. Certaines des batailles les plus meurtrières et les pertes les plus importantes de cette guerre de quatre ans ont également eu lieu pendant cette période. Parmi les survivants du génocide de cette guerre se trouvaient des nouveau-nés et des jeunes enfants qui, comme décrit plus haut, ont été recueillis par les soldats du Front patriotique rwandais (FPR) qui ont gagné la guerre. Le FPR est actuellement au pouvoir au Rwanda avec Paul Kagame comme président. Les bébés et les jeunes enfants qui ont survécu après avoir été trouvés dans diverses régions sont maintenant arrivés à l’âge adulte mais ils sont toujours confrontés à des problèmes d’identité. Ils portent le traumatisme de grandir sans avoir connu leurs parents, ce qui s’est avéré être un obstacle à leur inclusion dans les programmes de soutien au Rwanda. Ils ont grandi dans divers orphelinats.

Le Rwanda a divers programmes qui aident les survivants du génocide. Le Fonds pour les survivants les plus démunis du génocide au Rwanda (FARG) fournit une aide financière aux survivants du génocide. La Commission nationale pour la lutte contre le génocide (CNLG) défend les intérêts des survivants du génocide. Jusqu’à présent, ce groupe d’enfants – ceux qui ne connaissent pas leur lignée – a été exclu de toutes ces prestations. Il existe une poignée d’histoires en ligne, toutes en kinyarwanda, qui traitent du sort de ces enfants. Selon les articles et les responsables qui y sont cités, comme le secrétaire exécutif du CNLG, le Dr Jean Damascène Bizimana, ces organisations ne peuvent pas accepter ces enfants comme des survivants du génocide à moins qu’ils ne puissent montrer ou prouver leurs liens familiaux, démontrant qu’ils ont effectivement survécu au génocide lorsqu’ils ont été sauvés alors qu’ils étaient bébés pendant le génocide il y a vingt-cinq ans. Cette insistance sur les liens familiaux est un langage codé qui demande aux enfants de prouver leur appartenance ethnique. Comment les orphelins ou les non-orphelins qui n’ont pas vu ou connu un seul de leurs parents depuis qu’ils étaient bébés ou jeunes enfants peuvent-ils prouver leurs liens familiaux ? Ils sont dans les limbes depuis vingt-cinq ans.

En 2016, un de ces jeunes hommes a créé une organisation pour défendre les intérêts de ce groupe. Son nom est David Ndayambaje et l’organisation s’appelle Hope for the Future Family. Aujourd’hui, David a fui la persécution au Rwanda, une persécution qui découle de son plaidoyer pour ce groupe de jeunes. Nous avons pu communiquer avec David, et il aimerait raconter son expérience depuis un endroit hors du Rwanda. David nous a livré le message suivant en se cachant dans l’espoir qu’une plus grande partie du monde connaîtra la situation critique de ces jeunes femmes et hommes et qu’ils recevront de l’aide.

« Je m’appelle David Ndayambaje et je suis le représentant principal de la famille Hope for the Future (HFF) fondée en 2016 dans le but d’unir les enfants laissés à l’abandon lors du génocide. Cette organisation se concentre spécifiquement sur les orphelins qui ont perdu leur famille alors qu’ils étaient bébés ou en bas âge. Ces enfants ne savent pas qui sont leurs parents ou leurs frères et sœurs. Ils ne savent pas non plus où ils sont nés. Beaucoup d’entre eux ont été ramassés par des soldats sur des tas de cadavres et emmenés dans des orphelinats. Ils ont ensuite été transférés dans des foyers d’accueil où beaucoup ont été maltraités par leurs familles d’accueil. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais terminé leur scolarité, tandis qu’un grand nombre n’a même pas été à l’école, selon l’endroit où ils ont grandi ».

« Les conséquences de la période la plus sombre de notre pays, le génocide, nous ont laissés apatrides à l’intérieur de notre propre pays. Depuis vingt-cinq ans maintenant, nous sommes comme des étrangers dans notre pays de naissance. Il est très douloureux de vivre dans notre pays sans bénéficier des droits dont jouissent les autres Rwandais, tels que l’obtention de cartes d’identité, de prestations de santé, de passeports, et bien d’autres choses encore. Cela nous laisse en arrière par rapport au reste du pays. Comme nous sommes des enfants, nous n’avons joué aucun rôle pendant le génocide ».

« Nous avons formé notre organisation pour défendre ensemble l’avancement de notre groupe. C’est pourquoi j’ai écrit à diverses institutions gouvernementales pour leur faire part de notre situation et leur demander de l’aide, avec copie au président du Rwanda, Paul Kagame. Cette lettre a suscité beaucoup d’attention de la part du parlement et des médias. Pendant la période de commémoration du génocide en 2018, le journal gouvernemental IGIHE (www.igihe.com) a publié un article le 12 avril 2018 sur nos conditions extrêmement difficiles. Le lendemain, j’ai été arrêté à 5 heures du matin et j’ai été détenu pendant plus de trois mois au poste de police de Kacyiru. J’avais également fait une interview à la chaîne de télévision rwandaise TV10. J’ai été libéré de prison en août 2018 ».

« A ma sortie de prison, j’ai continué à plaider auprès du gouvernement pour aider à résoudre nos problèmes. En septembre 2018, une autre histoire est parue dans les médias. Cette fois-ci, il s’agissait de la convocation du CNLG au Parlement pour traiter de la question des enfants qui ne connaissent pas leur ascendance puisque nous avons été recueillis par nous-mêmes et que nous étions trop jeunes pour nous rappeler ou reconnaître notre ascendance ou même notre lieu d’origine dans le pays. Les députés ont montré les divers obstacles auxquels nous sommes confrontés dans la vie quotidienne au Rwanda étant donné que nous n’avons pas de carte d’identité et que nous sommes donc exclus des services publics. La réponse de CNLG a été qu’ils essaient toujours de déterminer notre ascendance afin de nous inclure parmi les survivants du génocide qui reçoivent un soutien du gouvernement. Certains députés ont suggéré que des tests d’ADN soient effectués. Cependant, il n’y a pas eu de résolution ».

« En novembre 2018, j’ai fait une interview à la BBC en Kinyarwanda, dans une émission connue sous le nom de « Imvo n’Imvano ». Après cette entrevue, divers membres du gouvernement ont commencé à m’accuser d’avoir organisé une confrontation avec eux et ont ajouté que ce n’est pas la BBC qui allait résoudre nos problèmes. D’autre part, cette interview a été une bénédiction car les Rwandais qui vivent à l’étranger ont découvert notre situation et ont commencé à nous aider à payer nos frais de subsistance comme le loyer et à payer nos soins médicaux chaque fois que l’un d’entre nous tombait malade ».

« En avril 2019, j’ai fait une autre interview sur TV1, une chaîne de télévision au Rwanda, parlant de notre situation et de notre vie quotidienne. Après l’interview, un ministre du gouvernement a déclaré que l’histoire était fausse et que nos problèmes avaient été résolus et que l’on s’occupait de nous. Lorsque les médias m’ont interrogé, j’ai déclaré que nos problèmes n’avaient pas été résolus et que l’affirmation du ministre était fausse. Le lendemain, j’ai été convoqué au poste de police de Kacyiru pour des interrogatoires récurrents à partir de ce jour-là ».

« Lors des interrogatoires, ils se sont concentrés sur les personnes vivant à l’étranger qui nous apportaient leur aide. Ils m’ont accusé de travailler avec eux pour apporter l’insécurité dans le pays. Avant que j’entre dans la salle d’interrogatoire, le policier qui m’a arrêté m’a demandé : « Jeune homme, pourquoi vous êtes-vous engagé dans la politique à un si jeune âge ? »

« L’interrogatoire a eu lieu un vendredi et on m’a demandé de revenir le mardi suivant. J’ai parlé à quelqu’un par la suite qui m’a conseillé de fuir avant d’être emprisonné ou pire. C’est ainsi que j’ai décidé de fuir le Rwanda. Comme je n’ai pas de famille, j’avais peur que personne ne me recherche, étant donné que je n’ai ni parents, ni frères et sœurs, ni personne qui puisse savoir ce qui aurait pu m’arriver. En fait, je l’avais déjà vécu lorsque j’ai été détenue pendant trois mois, et personne ne savait où j’avais disparu. Je crains toujours pour ma vie, étant donné le long bilan du gouvernement rwandais en matière d’assassinats et d’enlèvements de personnes perçues comme des détracteurs à l’extérieur du pays. Je dois me rendre dans un pays où je suis un peu plus en sécurité et plus éloigné du Rwanda ».

« Le FARG et le CNLG ont tous deux déclaré qu’ils ne pouvaient pas aider les enfants dont les parents et le lieu de naissance sont inconnus. Je les ai également entendus dire que certains des enfants qui ont été laissés seuls ont été abandonnés par des parents qui ont fui vers d’autres pays. Ils ont dit qu’en fait, le FARG n’aide personne sans confirmation de son ascendance, car cela ouvrirait la porte à l’aide aux enfants d’origine hutue. Les FARG n’aident que ceux dont ils peuvent confirmer l’appartenance à l’ethnie tutsie. Le secrétaire du gouvernement local, le Dr Mukabaramba, nous a dit de commencer dans nos zones de résidence qui, à leur tour, nous ont dit ne pas pouvoir résoudre un problème que le ministère du gouvernement local ne pouvait pas résoudre étant donné leurs ressources ».

Compte tenu de la multitude de disparitions et d’assassinats mystérieux au Rwanda, en particulier ceux qui critiquent ou sont accusés de crimes politiques, David a pris la sage décision de fuir et doit être aidé à rejoindre un pays où sa sécurité est garantie par un État de droit. Il a besoin d’un bon Samaritain, d’un gouvernement qui lui offrira des documents de voyage et l’asile afin qu’il puisse commencer sa vie dans un endroit sûr.

Il est également important que les donateurs et les pays donateurs qui soutiennent les initiatives en faveur des survivants du génocide au Rwanda soient sensibilisés au sort des survivants dans l’espoir que les partisans pousseront le gouvernement du Rwanda à mettre fin aux politiques discriminatoires à l’égard de ceux qui ont été laissés à l’abandon en tant que jeunes enfants lors du génocide. Pendant le génocide et la guerre au cours de laquelle le génocide a eu lieu, les gens ont survécu de diverses façons. Certaines personnes ont fui dans la détresse et ont laissé des enfants derrière elles, tandis que d’autres sont mortes et leurs enfants se sont retrouvés parmi des cadavres et ont pu survivre. Les contribuables des pays donateurs doivent exiger de leurs gouvernements que l’aide au gouvernement du Rwanda et les programmes mis en place dans ce pays comprennent des programmes qui mettent fin à la discrimination contre ce groupe de personnes, dont certaines sont peut-être effectivement des Hutu, mais qui sont tout de même des survivants du génocide. En tant que contribuable américain, j’appelle le grand public américain à élever la voix pour demander l’inclusion de ce groupe de jeunes femmes et hommes dans les services que les États-Unis soutiennent au Rwanda.

Claude Gatebuke

Claude Gatebuke est un survivant de la guerre et du génocide au Rwanda. Il est le directeur exécutif du Réseau d’action des Grands Lacs africains (AGLAN). Il peut être joint via claude@aglan.org ou @AGLANGLR.

Rwanda : SOS pour Umutesi et son enfant handicapé

Umutesi Francine et son fils Faustin Hategikimana dorment dans un bananier à Kigali. Comme des milliers de pauvres à Kigali leur maison a été démolie par les autorités rwandaises, sous prétexte de leur mettre à l’abri à cause des fortes pluies qui étaient annoncées. Pour en savoir plus ce programme de démolition, vous pouvez consulter cet article : Cachez – moi ces pauvres que je ne saurais voir. Ce billet relate l’histoire de Francine, une des victimes de ce programme dont l’état de santé de l’enfant est préoccupant.

Dans une vidéo difficile à regarder, la mère présente son fils de 12 ans en admettant qu’il est mal nourri et présente un retard de développement lié en partie à la précarité de leur famille. L’enfant a 12 et ne parle pas, ne peut pas mâcher, ne marche pas. Sa mère lui a fait passer de nombreux examens médicaux et raconte que les médecins lui ont dit que « L’enfant a un grave problème au cerveau, qui ne fonctionne pas, que pour lui la médecine ne pourra rien ».
La famille de trois enfants campe dans un bananier depuis le 14 décembre 2019 lorsque l’Etat rwandais a démoli leur maison du jour au lendemain.

https://youtu.be/h5J64kbDYUg

Le 28 décembre 2019, plus d’une semaine après la démolition de leur maison, un autre journaliste rendait visite à la famille. La situation avait empirée : « Cet enfant sans aucun doute va mourir dans mes bras. En temps normal nous n’avions rien, nous n’avions pas de quoi nous nourrir ou nous habiller et l’Etat vient de démolir notre abri de fortune ! Mon enfant est né avec un handicap, j’ai tout fait, j’ai fait faire tous les examens médicaux. Ils m’ont demandé de prendre soin de lui en attendant une issue…Cela fait plus de douze ans que j’essaye. C’est qui me torture l’esprit est que l’état ait pu démolir ma maison, mettant dehors avec un enfant handicapé sans nous indiquer où aller, nous en sommes réduits à dormir ici dans un bananier, sans rien pour manger, sans rien pour nous habiller, sans aucune valeur » a raconté la maman.

Officiellement les démolitions visaient à mettre à l’abri les habitants des zones à risques (considérées par les autorités rwandaises comme marécageuses ou inondables) en prévision de fortes pluies qui étaient attendues à Kigali à la fin de l’année. La violence humaine qui a accompagné ce programme de démolition dépasse ce que beaucoup de personne peuvent supporter et tolérer. La fameuse résilience du peuple rwandais a encore été au Rendez-Vous.

L’article 25 de la déclaration universelle des droits de l’Homme stipule que : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté ».

L’histoire de cet enfant me tourmente l’esprit, même si la médecine ne peut rien pour lui, il a le droit à un minimum de dignité. Une âme charitable (je pense aux journalistes qui ont couvert cette histoire) peut-il me donner les nouvelles de la famille ?

mis à jour : grâce aux dons la famille, un logement a pu être loué pour la famille. La famille reste dans la précarité extrême.

Alice Mutikeys

La fée n’aime plus

Elle boude, elle ‘isole, la fée n’aime plus.

C’est avec joie qu’elle écoute cette chanson

Symbole d’un amour compliqué,

Avec légèreté elle s’envole,

Elle virevolte et prend son envol,

Assise la haut dans les nuages,

Elle est Libre et a appris à s’aimer.

C’est la suite de ce billet : La Fée Aime

Alice Mutikeys

« On était beaux pourtant
On accélérait sans freins
On s’aimait trop pour s’aimer bien
On était beaux souvent
Quand on souriait pour rien
On s’aimait trop pour s’aimer bien » Louane

Mbibarize

En passant

Ko muhora muza kumbwira ko ibyo nandika nzabizira,

Ko ntakunda u Rwanda,

Ngo nangisha abaturage ubuyobozi bwabo,

Ngo ba bagabo babategeka bazavanaho agatwe kanjye…

Mbibarize

Ubu aba basenyewe amazu hari icyo bigeze bavuga nabi ku bayobozi bu Rwanda?

Ubu iby’u Rwanda ni aho bigeze, ndagukunda ivamo ndagusenyeye?

Ubu se ari njye cyangwa abayobozi b’u Rwanda ninde wangisha abaturage ubuyobozi?

Ubu se wa mugabo azongerwa atorerwe ntako atekinikirwe amajwi ageze kuri 98%?

Mushyire ubwenge ku gihe, mbibarize

Ubu agatwe kanjye nti gahagaze kemye?

Ubu se bariya basenyewe bo bazize iki?

Muzareka ryari kuba ibigwari?

Iyo uyu munsi ahitwaga mu Rwampara habaye mu manegeka, ejo aho mutuye siho bazita mu manegeka?

Ejobundi wacuruzaga caguwa mu isoko none basigaye babyita gucuruza magendu, bagaheraho bakakurasa, nkwibarize uzafungura amaso ryari?

Barababwira kujya gusenya inzu z’abandi, mukihutira gufata amapiki n’inyundo, ubwo namwe aho mwaba mutuye si mu manegeka ?

Mbibarize

Abanyarwanda muzashira ubwoba ryari?

Muzumva ryari ko guceceka akarengane ari kugashyigikira?

Muzumva ryari ko abahohoterwa ari bagenzi banyu?

Muzumva ryari ko ntawizira, ahubwo umuntu azira undi.

Ndarangiza mvugurura kano karirimbo, kagezweho:

« Umugambi numwe banyarwanda (guhohotera abanyarwanda), amahoro n’ubumwe n’iteramebere. FPRND yabo nziza, sugira maze usagambe mu Rwanda (Ikuzimu) »

Alice Mutikeys

Les 10 stratégies de manipulation politique appliquées au cas rwandais

« Le meilleur savoir-faire n’est pas de gagner cent victoires dans cent batailles, mais plutôt de vaincre l’ennemi sans combattre »  Sun Tzu

Noam Chomsky, activiste et penseur politique, professeur de linguistique au Massachusetts Institute of Technology a proposé 10 stratégies de manipulation que les politiques utilisent à travers les médias pour contrôler la masse populaire.  Je me suis penchée à leur utilisation dans le contexte rwandais.

1/ La stratégie de la distraction

Mon top 5 des problèmes du Rwanda en 2019 est  le suivant :

  • Les assassinats, les cas des disparitions forcées et les prisonniers politiques ou de conscience
  • L’extrême pauvreté
  • La mémoire et la justice sélective sur base ethnique
  • L’absence du contrepouvoir au Rwanda/ La faiblesse des institutions : le parlement, la justice, l’information
  • La fermeture de l’espace politique au Rwanda qui va de pair avec le problème des réfugiés rwandais

Il va de soi que chaque personne peut faire son propre classement, qui pourrait être diffèrent du mien.

Force est de constater que l’évocation de ces problème finit toujours par être étouffée par l’utilisation politique du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994. Ceux qui manient ce hors sujet le font avec une habileté telle que cela passe parfois normal. Il n’y pas de souci à évoquer ce génocide, bien au contraire si on pouvait l’évoquer pour se pencher sur les problèmes que rencontrent les rescapés du génocide les plus démunis en 2019, on applaudirait l’initiative. Mais lorsque ce génocide est évoqué pour tourner en rond entre les années 1959 et 1994 et masquer les réalités d’aujourd’hui, il y a de quoi s’indigner. Cette manœuvre politique est la  plus habile pour détourner l’attention du public des problèmes actuels.

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution [1]». Appliquée au contexte rwandais, cela donne des institutions dont le fonctionnement est à la solde du parti unique au pouvoir. Ce fonctionnement crée des problèmes qui répondent  aux intérêts du groupe au pouvoir (garder les privilèges, rester au pouvoir, une population apeurée, la crainte des autorités). C’est l’aspect « problème ».

La réaction va venir du peuple,  ici les exemples sont les indignations qui ont été suscitées par la multiplication des cas des maires rwandais qui fouettent leurs administrés  en public ou la multiplication des expropriations des citoyens ou la démolition de foyers des citoyens provoquant la mise à la rue des plus démunis. L’aspect « réaction ».

On peut aussi citer la récente mesure qui est venue de la ville de Kigali, les citoyens pauvres de Kigali ne seront plus expropriés ou chassés de leur maison à cause du plan d’urbanisme de la ville. Voilà une autorité qui vient de décider, à voir si cela sera effectivement appliqué, de mettre fin à 25 ans d’un pratique complétement injuste et hors la loi, une solution parfaite à un problème que la ville de Kigali a elle-même créé. La ville n’a évidemment pas dit ce qu’elle allait faire pour tous les gens qui ont été expropriés ces dernières années.

L’aspect « solution » dans le contexte rwandais vient souvent du président rwandais Paul Kagame, le principal bénéficiaire du système, lorsqu’ il fait le tour du Rwanda sans oublier la diaspora rwandaise pour résoudre les problèmes des Rwandais. C’est toujours étonnant de le voir réprimander ses ministres devant les citoyens, prenant la distance avec la faiblesse des institutions en place comme si tout cela n’était pas sous sa responsabilité et ce depuis plus de vingt ans !

Pour les points n° 3 et 4, je n’ai pas trouvé les exemples (surtout pour la mise en pratique de la partie réponse).

3/ La stratégie de la dégradation

« Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. »

4/ La stratégie du différé

« Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme «douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat ».

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

L’objectif de cette stratégie : « Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ».

Dans le contexte rwandais, Il suffit de décortiquer les discours des gouvernants rwandais ou de leurs relais (officiels et officieux) pour voir à quel point ils infantilisent les Rwandais afin de mieux leur éduquer.

On peut ne citer que le discours de James Kabarebe, conseil spécial du président Paul Kagame, lorsque le 20 juin 2019 il s’est adressé à 696 adultes qui participaient à un Ingando (un programme éducatif sociétal parfois aux allures d’un entrainement militaire dont l’objectif est d’infuser la propagande et l’idéologie du pouvoir en place. Il a avancé l’idée que « dans les années 1980, Sabena (la compagnie aérienne rwandaise de l’époque) apportait (au Rwanda) n provenance de la Belgique des souris pour nourrir et guérir les enfants souffrants de la malnutrition. ».

En 2019, le Rwanda fait face à un problème sérieux de la malnutrition infantile, à la place de proposer des solutions, le système au pouvoir préfère rappeler que leur prédécesseurs ont fait face au même problème et qu’ils y ont répondu de la pire manière (nourrir les enfants avec des souris). Ici l’âge mental choisi est plus proche de 4 ans que de 12 ans !

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

« Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements… »

Pour cette stratégie, dans le contexte rwandais, l’utilisation des arguments comme «l’amour du Rwanda », « les ennemis du Rwanda », « crime de ramener la ségrégation ethnique », « mettre les étiquettes comme ceux qui seraient pour la cause hutue ou pour la cause tutsie », « les critères d’évaluation de la politesse des uns et des autres »… Quand tout ce qui est cité est utilisé au détriment d’une analyse rationnelle des problématiques du Rwanda actuel, il y a de quoi s’interroger.

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

« Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. »

Dans le contexte rwandais il suffit de voir à quel point le système éducatif rwandais creuse sa propre tombe (voir cet article).  La dernière mesure interpellant  est celle rendue public  ce 29 novembre 2019 par le secrétaire d’état du ministère de l’éducation nationale, le Dr Isaac Munyakazi : « Le conseil des ministres a validé le fait que le salaire des enseignant soit lié à la capacité de l’enseignant à aider les élèves à réussir et à chasser ceux en difficultés » !

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

« Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte… » 

Le Rwanda est un pays où le journalisme indépendant capable de faire des analyses politiques, la critique de ce qui ne va pas… travaille de l’étranger.

Les seuls médias indépendants autorisés au Rwanda  couvrent des sujets dont la futilité dépasse tout entendement « j’ai couché avec tant d’hommes », « j’ai les fesses les plus cool au monde …», « je suis devenu un gigolo »…. D’ailleurs comme c’est bientôt la saison des Miss, on peut d’ores et déjà parier que la préoccupation principale des intellectuels rwandais sera pour les prochains mois, qui sera  la future Miss Rwanda !

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

« Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution! »…

Quand la responsabilité devient sociétale et non politique. Par exemple certains avancent que c’est en partie la faute des Rwandais s’ils ont toujours été gouvernés par des dictateurs. Au lieu de se poser les questions sur qui est responsable de tous les assassinats politiques au Rwanda, qui est responsable de tous les prisonniers de conscience ou politiques au Rwanda, à qui incombe la responsabilité de résoudre la problématique des réfugies politiques…et le lien des faits cités et l’immobilisme des Rwandais en général, A la place parfois la responsabilité de la société rwandaise est pointée du doigt.  

Si les hommes politiques jouissent des privilèges liés à leurs postes à responsabilité, ces privilèges vont ensemble avec leurs devoirs politiques. 

Bien-sûr la société rwandaise a ses défauts comme toute autre société, mais toutes les sociétés ne finissent par commettre des génocides…

En y regardant de près, comment la société rwandaise va se révolter contre leur classe dirigeante si elle est coresponsable de ses propres malheurs ?  Comment des victimes (le peuple rwandais) peuvent-elles être responsables des inactions ou actions politiques de ceux qui ont le devoir de protéger les protéger.

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes


« Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes. »

L’exemple de l’utilisation de cette stratégie dans le contexte rwandais est les différents procès d’intentions qui sont fait contre les individus ou des groupes d’individus.  Car il suffit de prendre un individu et rassembles autour de lui des faits indépendants, créer artificiellement un lieu logique entre ces faits et arriver à une conclusion du genre « la personne a l’intention de faire ou ce que la personne prétend faire est un artifice pour masquer ses réelles intentions  », ce faisant au lieu d’argumenter avec des faits, le système jette un discrédit sur l’acteur et non sur ses actions, qui sont pour la plus du temps nuancées et factuelles.

Cette analyse, un avis personnel qui peut donc être discuté, est transposable pour chaque pays. Le plus important pour ma part est de garder en mémoire qu’en politique, il est primordial de placer les actions que l’on fait dans un cadre bien défini et veiller à ce que les personnes externes ne s’amusent  à détourner ses actions de leur cadre.

Alice Mutikeys


[1] Toutes les phrases en Italique sans références sont extraites de cet article : https://www.institut-pandore.com/mentalisme/10-strategies-de-manipulation-que-les-politiques-et-les-medias-utilisent-pour-nous-controler/

Rwanda : Journaliste Phocas Ndayizera, il plaide non coupable

En passant

Rebondissement dans le procès du journaliste Phocas Ndayizera, il a plaidé non coupable ce 19 novembre 2019 à la section terroriste du tribunal de grande instance de Nyanza dans le sud du Rwanda. Retour sur cette première journée.

Nota : l’arrestation ainsi que les premières séances du procès de Phocas Ndayizera sont couvertes dans cet article (lien vers l’article), en prendre connaissance facilitera la compréhension de celui-ci.

Les faits nouveaux

Pour un petit rappel, le 21 décembre 2018, lors de l’examen de la demande de mise en liberté du journaliste Phocas Ndayizera, le juge avait informé la cour qu’au cours des premières audiences, tenues à huis clos, le journaliste et ses co-accusés avaient avoué être responsables des faits qui leur sont reprochés. Le premier élément nouveau est la rétractation des accusés sur ces aveux. Le second élément est l’apparition des nouveaux co-accusés qui seront jugés en leur absence, le parquet ayant dit ne pas savoir où ils se trouvent. Il s’agit Jules Binunimana, Alexis Kwitonda et Tembo.

L’accusation

Phocas Ndayizera et ses camarades sont accusés de conspiration contre les autorités rwandaises, d’appartenir aux organisations terroristes, de complot et incitation aux actes terroristes et d’utilisation des dynamites dans un cadre hors la loi.
Dans les faits, il leur est reproché d’avoir voulu exploser des infrastructures à Kigali à l’aide des dynamites. Ces infrastructures sont les réservoirs d’essence situés à Gatsata, l’usine de production électrique à Gikondo et l’usine de production d’eau situé à Nzove.
Selon le parquet, Phocas Ndayizera était à la tête de ce complot terroriste et se serait associé à Cassien Ntamuhanga, son ami de longue durée. Pour preuve le parquet a montré une conversation WhatsApp entre Phocas Ndayizera et Cassien Ntamuhanga, ce dernier se serait engagé à fournir 15 000 dollars pour financer le projet.
Le parquet reproche Ndayizera d’avoir recruté Karangwa Eliaquim (co-accusé), expert en moyens informatiques dont la participation aurait été d’enclencher les explosifs à l’aide des méthodes « WIFI ».

Le parquet en difficulté

Le parquet a été surpris du fait que tous les accusés aient plaidé non coupable. Le procureur qui devait démontrer les faits reprochés à chaque accusé, n’a pu le faire que pour trois accusés : Ndayizera, Karangwa et Ntamuhanga. Aux autres Il leur reprochait collectivement d’avoir accepté de participer au projet, de détester le Rwanda et d’avoir été sur les lieux cités ci-haut pour vérifier si les explosions avaient eu lieu.
Le procureur a évoqué d’autre faits divers comment l’utilisation d’un langage code (un comprimé pour évoquer la dynamite, un médecin pour évoquer celui qui allait les enclencher) et l’utilisation des faux noms.
Le président de la cour a insisté auprès du procureur pour qu’il soit précis dans ses accusations portées pour chaque accusé afin de permettre aux accusées de pouvoir se défendre individuellement. Face aux difficultés du procureur, le juge a fini par l’interrompre en demandant « qui a fait quoi, où et quand ? ».
Le procureur a demandé une pause à la cour pour consolider le dossier d’accusation. À la suite de la décision du juge, le procès reprendra dans 10 jours soit le 28 novembre 2019.

Alice Mutikeys

Rwanda : Image d’une Afrique qui gagne pour qui ?

Le 31 octobre 2019, l’économiste Thierry Amougou, dans une tribune publiée dans Le monde, écrivait que « L’image que renvoie le Rwanda de nos jours est celle d’une Afrique qui gagne ». L’objet de ce billet est de revenir sur sa tribune et mettre en lumière les points qu’il a oubliés de mentionner ou souligner les points paradoxaux de sa démonstration. Enfin, on peut se poser la question si le Rwanda est-il vraiment le modèle d’une Afrique qui gagne.

Un grand malheur commun devenu une ressource politique ?

Pour Thierry Amougou, le génocide perpétré contre lesTutsi est une aubaine pour la nouvelle politique rwandaise : « Un malheur commun est une ressource politique, culturelle et anthropologique en soutien à un projet de développement, au sens où il mobilise tout le monde, discipline les populations et donne des arguments pour le respect et la poursuite d’un cap censé perpétuer le bonheur passé ou sortir du grand malheur commun ». S’il est vrai que ce génocide est un malheur commun à tous les Rwandais, l’analyse que l’économiste en fait est totalement déconnectée de la réalité rwandaise. On ne peut plus ignorer qu’en plus de ce génocide, de nombreux civils ont été tués par celui qui est au pouvoir aujourd’hui, l’exemple le plus parlant est la commune de Giti dans laquelle les victimes ont été majoritairement hutues. L’omerta imposé par le pouvoir sur cet autre chapitre sombre de l’Histoire rwandaise est un élément qui divise les Rwandais.

En prenant en compte que le génocide est utilisé pour museler chaque voix discordante, par exemple les années passées en prison par Victoire Ingabire ou Kizito Mihigo pour ne citer qu’eux et de nombreux anonymes qui ont perdus leurs vies dans les prisons mouroirs[1] au Rwanda pour avoir été présumés génocidaires ou présumés avoir l’idéologie du génocide, on peut arriver à la même conclusion que Thierry Amougou à savoir que le génocide « donne des arguments » au président Paul Kagame pour assoir son pouvoir.

Paul Kagame peut-il être comparé à Charles De Gaulle ?

On aurait pu tomber de notre chaise en voyant Thierry Amougou compare le président rwandais Paul Kagame au feu président français le General Charles de Gaulle, mais on s’est rappelé que Thierry Amougou est économiste et non historien, il a ainsi avancé que « le rôle d’une conjoncture historique favorisant l’émergence d’un leader politique est donc crucial. Autant le général de Gaulle devint un leader pour la France grâce ou à cause de l’occupation de l’Hexagone par le régime nazi, autant Paul Kagame est devenu l’homme fort du Rwanda grâce ou à cause du génocide de 1994, articulation décisive dans le processus de consolidation nationale et d’obtention gracieuse de quelques dividendes budgétaires sur le plan international ». Si Charles De Gaulle est devenu un leader incontesté pour la France au lendemain de la seconde guerre mondiale, les méthodes qu’il a utilisées sont loin de celles utilisées par Paul Kagame. Charles de Gaulle a fait face à la plus grande crise sociale que la France a connue, celle de mai 1968 et n’a pas réprimé les manifestants, au contraire il a affronté la situation avec une méthode certes critiquable mais une méthode non ensanglante. De plus il a accepté de quitter le pouvoir avec la victoire du non à un referendum qu’il avait proposé en 1969. Pour Paul Kagame, c’est un autre bilan et il est macabre : assassinats d’opposants politiques, emprisonnement d’opposants politique, modification de la constitution pour rester au pouvoir, potentiellement jusqu’en 2034…L’économiste aurait pu rester sur le continent pour trouver un « leader politique » aux méthodes et circonstances d’arrivée au pouvoir proches de celles de Paul Kagame.  C’est Abdelaziz Bouteflika, il est arrivé au pouvoir par un scrutin au cours duquel tous ses adversaires s’étaient retirés pour dénoncer les conditions d’organisation du vote, il a fait régner un climat de terreur en Algérie. Une liberté de presse muselée, modification de la constitution, neutralisation des voix discordantes ont été les ingrédients de la longévité de son pouvoir. Mais peut-être que cet exemple lui aurait obligé à admettre l’inévitable, l’homme fort du Rwanda aura tôt ou tard une fin, l’inconnu est de savoir si cette fin sera volontaire ou forcée.

Les facteurs de la modernisation

Le premier facteur cité par Thierry Amougou est une « volonté de moderniser le pays et l’acceptation d’appliquer rigoureusement les modèles de modernisation des institutions financières internationales. ».

Kigali n’a d’Europe que la face visible, l’économiste ne nie pas que la bonne croissance de l’économie rwandaise ne profite qu’à une oligarchie, mais il semble ne pas mesurer l’ampleur du fossé qui sépare les riches et les pauvres rwandais. Il est donc important de rappeler que le Rwanda figurait en 2016 dans le top 5 des pays les plus inégalitaires en Afrique. Le Rwanda occupait la deuxième place et les auteurs de l’article soulignaient : «Son indice de Gini dépasse les 50, c’est qui est une aberration socio-économique. C’est parce que 60% de la population rwandaise vivent encore en deçà du seuil de la pauvreté, malgré un faible taux de chômage. Car officiellement le taux de chômage n’est que de 13,2% en 2016 et il était même de 3,2% en 2013, année servant de base pour le rapport de la Banque Mondiale. ». Depuis, en aout 2019, le Financial Time a révélé dans une enquête que les chiffres de la pauvreté au Rwanda obéissent à Paul Kagame. En conclusion, le modèle rwandais, dont il est difficile d’estimer la part propagandiste, est un modèle ultra libérale qui laisse sur les carreaux 60% de sa population. L’Afrique est-elle toujours gagnate quand 60% de sa population est fragilisée ? nous aurions aimé poser cette question à Thierry Amougou.

Le deuxième facteur est la « la promotion d’une économie de services haut de gamme comme le tourisme, l’informatique et la sous-traitance automobile, comme en témoigne la récente joint-venture avec Volkswagen ». Si ce point peut-être accordé au Rwanda, on peut se demander si ce choix est réaliste eu égard le niveau de pauvreté de la population rwandaise. Sans être économiste, intuitivement on peut penser qu’une économie de services est possible dans des pays où la classe moyenne a les moyens financiers de soutenir cette économie. Ce n’est pas le cas du Rwanda, un an après l’inauguration de son usine de finalisation d’assemblage des véhicules, Volkswagen tire un bilan mitigé : « Volkswagen revendique 23 000 utilisateurs dont seulement 2 200 actifs. Un bilan mitigé pour cette solution baptisée « Move » qui devait stimuler la production de l’usine de montage rwandaise inaugurée à l’été 2018 et dont la capacité de production peut être portée à 5 000 véhicules par an. »

Le troisième facteur est la « dimension écologique liée à l’interdiction drastique de toute production et importation de sacs en polyéthylène (plastique) depuis 2004 et à la sauvegarde des gorilles, principales ressources touristiques du pays ». Sur ce point, il n’y a rien à dire. C’et un point que l’on peut accorder au Rwanda.

Le quatrième point est la « promotion du capital humain diasporique » et la « promotion de emancipation de la femme rwandaise». C’est que Thierry Amougou ne metionne pas, est que la promotion du capital humain diasporique ne se fait pas au profit du pays, ce capital humain est là avant tout pour servir ses intérêts, aussi il n’a pas mentionner les nombreux déboires de la diaspora qui était partie investir au Rwanda et qui est revenue après avoir été ruinée par un système corrompu. 

Sur l’émancipation de la femme, si les chiffres ne trompent pas, il convient de préciser qu’en premier lieu c’est le FPR, parti unique au pouvoir qui est promu. Les hommes et femmes politiques du parti ont la mission de défendre avant tout les intérêts du parti. En 2015, dans un rapport intitulé « de la promesse à la réalité, les droits de femme », Pamela Abbott soulignait : « Il n’est pas nécessairement vrai que les femmes représentent les intérêts des femmes. En outre, les progrès réalisés en matière de leadership des femmes n’ont pas été répercutés aux échelons inférieurs du gouvernement ou dans d’autres domaines tels que l’enseignement supérieur, la police, les forces armées ou le secteur privé. Les législatrices nationales, par exemple, ont été critiquées parce qu’elles n’en font pas assez pour adopter des lois qui profitent aux femmes car la plupart d’entre elles doivent faire allégeance au Front Patriotique Rwandais plutôt qu’aux femmes ».

L’économiste a aussi souligné « Le basculement de l’expression officielle du pays en anglais, langue de l’économie mondialisée, est aussi une innovation dans ce modèle rwandais ». Sans vouloir s’avancer sur les intentions ou la vision que l’homme fort du Rwanda a eu en imposant sans transition l’anglais à côté du français comme langue officielle. On peut constater que le Rwanda a innové en forçant ce changement dans le système éducatif.  Les résultats sont là, près de 10 ans près, les Rwandais ne maitrisent plus ni le français, ni l’anglais.

Un peu de lucidité

Dans un des paragraphes, l’économiste semble éclairé sur les dessous du modèle économique rwandais : « Autant de paramètres qui font du modèle rwandais une modernisation cosmétique et autoritaire axée sur la politique des « premiers de cordées » à préserver et sur la croyance au « trickle-down effect », c’est-à-dire au ruissellement de la richesse de la minorité urbaine vers les majorités rurale et populaire. Le plan d’émergence du Rwanda, en 2020, semble donc consubstantiel d’une violence sociale dont d’autres éléments non négligeables sont la répression des moyens de l’habitat populaire, des sanctions infligées aux démunis qui n’arrivent pas à se payer la sécurité sociale et l’imposition impérative de l’anglais comme lingua franca porteuse de modernité dans toute l’étendue du territoire ».

Il fait juste une erreur en supposant que les plus riches font profiter ou tirent vers le haut les plus pauvres. Le Rwanda reste une économie ultra libérale, ou les riches deviennent plus riches et les pauvres deviennent plus pauvres. 

Le paradoxe de Thierry Amougou

En partant du principe qu’ « en Afrique subsaharienne, les politiques d’ajustement structurel ont, depuis 1980, mis fin au modèle de modernisation autoritaire basé depuis 1960 sur un Etat dirigé par un homme fort sans légitimité démocratique », il fait par là une description de la gouvernance rwandaise en 2019, il arrive à la conclusion, sous prétexte de légitimer les résultats du modèle rwandais, que « le Rwanda, quoique petite économie dont le modèle ne peut être extrapolé à toute l’Afrique, rayonne avec une économie à la pointe et un environnement national attractif pour l’investissement international. ».

Le Rwanda rayonne pour qui ? Pour ce capital « humain diasporique » à la recherche d’un pays aux allures occidentales sur le continent africains, la réponse peut être oui, si c’est une diaspora qui ferme les yeux sur les valeurs démocratiques. Pour les familles des victimes de la répression du système en place, pour les 60% de la population rwandaise délaissés, qui s’en sortent difficilement, c’est une autre réponse. « Notre malheur est que nous sommes rongés par la pauvreté et le monde entier croit que nous nous en sortons », raconte un jeune rwandais qui s’en sort difficilement au Rwanda. 

Le Rwanda est surtout le pays africain qui a innové dans l’utilisation de la propagande, quand dans un pays, les chiffres de la pauvreté obéissent à l’homme fort du pays, peut-on encore s’arrêter à la communication officielle dudit pays ? A qui profite une Afrique avec 60% de population en dessous du seuil de pauvreté ?

Alice Mutikeys


[1] https://www.jambonews.net/actualites/20190824-rwanda-1995-2005-ma-jeunesse-dans-la-prison-de-1930/