Afrique : plaidoirie pour la fin du «troisième mandat »

Le 03 Octobre 2019, se tenait à Niamey au Niger la Conférence internationale sur le Constitutionnalisme et la Consolidation de la Démocratie en Afrique[1]. Les anciens chefs d’État africains qui pour la plupart ont respecté une défaite électorale ou la limitation de leurs mandats participaient à la Conférence. L’absence des chefs d’États en exercice était notable et beaucoup ont parié sur leur irritation de la tenue d’un tel évènement.

Les invités de marque

Le béninois Nicéphore Soglo, élu président de la République du Bénin le 24 mars 1991, il a accepté sa défaite électorale lors de l’élection présidentielle des 3 et 18 mars 1996, ce qui a permis une transition pacifique du pouvoir béninois à Mathieu Kérékou.

Le Nigérian Goodluck Jonathan, lui aussi a été élu président de la République du Nigeria le 11 avril 2011 et a accepté sa défaite électorale lors du second tour de l’élection présidentielle de 2015 assurant ainsi une transition pacifique du pouvoir à Muhammadu Buhari.

Le nigérien Mahamane Ousmane, élu président de la République du Niger  Le 27 mars 1993, son élection est gravée dans l’histoire du Niger comme la première élection démocratique du pays. Dans l’exercice de son mandat, il a été confronté à des difficultés économiques et à insurrection d’une rébellion Touareg. En janvier 1996, l’espoir de l’instauration de la démocratie au Niger a été douché par le coup d’Etat  opéré par le colonel Ibrahim Baré Maïnassara. Une élection controversée  consacrera ce dernier à la présidence du Niger en juin 1996. Quant à Mahamane Ousmane, il a accepté sa défaite électorale malgré la controversé.

La libérienne Ellen Johnson Sirleaf, ancienne Présidente de la République du Libéria entre 16 janvier 2006 au 22 janvier 2018. Au terme de son second mandat, contrairement aux nombreux chefs d’états africains, elle n’a pas modifié la constitution et a quitté le pouvoir. Elle a ainsi fait la passation du pouvoir à George Weah, élu le 26 décembre 2017 face au vice-président sortant Joseph Boakai.

La plaidoirie

L’Actuel président de la République du Niger, Issoufou Mahamadou, qui accueillait la Conférence, a profité de l’occasion pour annoncer qu’il ne se représentera pas lors des élections présidentielles de 2021 : « Je respecterai scrupuleusement les dispositions de la République du Niger. Mon désir le plus ardent est de passer le pouvoir en 2021 à un successeur démocratiquement élu, ce sera une première dans notre pays depuis son accession à l’indépendance ».

Comme le reporte la BBC, Issoufou Mahamadou, a souligné que 35 pays africains ont limité les mandats, 6 pays ont supprimé la limitation et deux l’ont modifiée. Il a mis en avant les dangers du pouvoir : «Le pouvoir engendre la volonté de s’y maintenir (…) et les détenteurs du pouvoir sont portés à en abuser d’autant plus que leur présence aux affaires se prolonge indéfiniment. (…) L’usure du pouvoir peut conduire au despotisme, au clanisme et à l’inefficacité»[2]. Enfin il a plaidé pour que la volonté du peuple soit écoutée : « Le peuple aspire au changement de manière périodique et la limitation de mandats lui offre cette opportunité ».

Ce qu’ils en pensent

Sur Africa Radio[3], dans l’émission Vendredi c’est permis, les débateurs ont salué cette initiative.

Laurence Diong, Enseignante-Chercheuse et membre de l’association «Tournons la Page »,  a salué la présence de son association et de la société civile à la Conférence, « cela a été d’abord un sujet de la société civile qui l’a apporté aux politiques », « l’Afrique ne peut pas entrer dans l’histoire à reculons, au-delà de l’alternance, il faut une bonne gouvernance ».

Pour Abel Boyi, Président de la plate-forme Forces Républicaines (FR), avec l’éternelle reconduction des mandats, le temps est devenu « une machine qui broie les vies humaines », « le tribalisme gangrène des millions des vies africaines ». Souvent c’est un « accaparement d’un pouvoir par un clan, une famille, un tribut, une ethnie ».

Quant à Maitre Maitre Jean-Paul Benoît, il a raconté l’anecdote des présidents africains qui lui demandent conseil : « Qu’est ce vous en pensez si on modifie la Constitution pour rester au pouvoir ? », et la réponse qu’il leur donne: « On peut faire dire au droit tout ce que l’on veut, le problème est politique et éthique ».

En 2015, Barack Obama avait conseillé aux présidents africains de respecter les Constitutions de leurs pays[4] : « Je dois être honnête avec vous. Je ne comprends pas cette attitude. Je suis dans mon second mandat. Cela a été un extraordinaire privilège pour moi de servir en tant que président des Etats-Unis, mais notre Constitution dit que je ne peux concourir pour un troisième mandat. Lorsqu’un dirigeant essaie de changer les règles du jeu en cours de route pour rester au pouvoir cela risque de créer de l’instabilité et des conflits, comme on l’a vu au Burundi. Et c’est souvent le premier pas vers la paralysie. Parfois, on entend un chef d’Etat qui dit : je suis le seul à pouvoir empêcher cette nation d’éclater. Si c’est vrai, cela signifie qu’il a échoué à construire une véritable nation ». Il leur avait partagé son incompréhension de leur volonté à s’accrocher au pouvoir alors qu’ils ont beaucoup d’argent. Par là il sous entendait qu’il y avait une vie après le pouvoir !

Pour de nombreux observateurs le président nigérien ne se serait pas attiré la sympathie de ses homologues africains en organisant ce forum. Son annonce de ne pas se représenter en 2021 est une action à saluer.

Alice Mutikeys

La Lutte pacifique numérique pour la démocratie en Afrique.


[1] https://www.bbc.com/afrique/region-49915861

[2] http://www.rfi.fr/emission/20191005-deux-mandats-largement-suffisants

[3] https://www.africaradio.com/podcasts/vendredi-c-est-permis-11-10-2019-21974

[4] http://www.rfi.fr/afrique/2min/20150728-ethiopie-ua-union-africaine-obama-vision-afrique-developpement-corruption/

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