Analyse de l'actualité

Rwanda un prisonnier sur cinq en « détention provisoire », les chiffres derrière les barreaux

Dans une vidéo publiée la semaine dernière sur YouTube, la sœur du journaliste Cyuma Hassan a témoigné qu’il était sévèrement battu en prison et qu’elle a vu plusieurs blessures sur son corps. Ce cri de secours vient après les déclarations d’Aimable Karasira lors de son audience au tribunal qui a dit que « les autorités de la prison interceptaient des échanges entre lui et son avocat pourtant couverts par le secret professionnel », comme l’a relayé HRW.

Les deux prisonniers ont en commun d’avoir été emprisonnés injustement par les autorités rwandaises car ils avaient critiqué la gouvernance actuelle du pays. Ils ne sont pas les seuls car ils sont au moins 21 prisonniers politique ou de conscience au Rwanda. Si leurs cas sont connus de l’opinion public du fait de leur notoriété ce n’est pas le cas de plus de 11 130 personnes qui sont en détention provisoire, supposée dure un mois, depuis des longs mois ou années.

C’est le Dr Christopher Kayumba, leader d’un parti politique d’opposition et prisonnier politique qui en avait parlé en premier après avoir fait des statistiques lors de sa première détention qui a duré presqu’une année. Il avait dit que selon ses chiffres 20% des prisonniers étaient en détention provisoire. Dernièrement c’est le journal pro gouvernement rwandais, igihe.com, qui a publié des chiffres qui confirment ceux du Dr Kayumba.

Selon Igihe.com, au Rwanda on compte autour de 84 000 détenus et prisonniers, parmi eux 73 660 ont déjà été condamnés par un tribunal, environ 11 130 sont en détention provisoire et 5 880 sont dans une procédure d’appel. Le journal se contredit lui-même car les chiffres du Service Correctionnel du Rwanda publiés dans le même article évoquent 30 000 personnes qui ont été condamnés par la Justice et 43 000 personnes en détention provisoire. Ces chiffres sont avancés par la porte-parole du service madame SSP Pelly Uwera.

Madame SSP Pelly Uwera : il y a toujours une femme, figure de l’autorité, derrière les mauvaises nouvelles au Rwanda

On peut s’arrêter sur deux chiffres. Le nombre total des détenus dépasse la capacité des prisons rwandaise qui est de 61 301 personnes soit une surpopulation de 37%. Un chiffre en constante augmentation comme le souligne le journal. En effet le nombre de prisonniers et détenus était de 58 230 en 2017, soit donc une augmentation de 44% en cinq ans. Le second chiffre est celui des personnes qui sont en détention provisoire, 11 130 personnes selon igihe.com ou 43 000 selon les autorités pénitentiaires, qui n’ont donc pas été condamnées et sont en attente d’être présentées devant un tribunal et de ce fait sont présumés innocents.

Le fait qu’il y ait un grand nombre de présumés innocents en prison résulte de l’absence d’exécution d’autres peines que l’emprisonnement. Force est de constater que selon la Justice rwandaise une personne est par défaut coupable et accessoirement innocent. C’est le cas d’Aimable Karasira, arrêté le 31 mai 2021, qui attend son procès et a déjà passé plus d’un an en prison. La loi rwandaise prévoit que la détention provisoire ne dure qu’un mois. Toutes les personnes qui ont essayé de demander d’être poursuivis en étant libres, dans les cas les plus médiatiques, cela leur a été refusées.

Deux poids deux mesures dans la république bananière ?

Ce n’est plus un secret pour personne que la justice est une parodie au Rwanda. Début mai 2022 une comédie s’est jouée au Rwanda, elle visait à convaincre les occidentaux que le Rwanda pratique la tolérance zéro en matière de corruption.  C’est ainsi qu’Edouard Bamporiki, secrétaire d’Etat à la jeunesse et à la Culture, était limogé. Le communique de presse évoquait une faute grave, c’est le bureau rwandais chargé d’enquête, le RIB, qui a informé que Bamporiki était poursuivi pour corruption et qu’il était assigné à la résidence, un traitement de faveur eu égard au sort des autres poursuivis. Bamporiki via son compte Twitter avouait avoir reçu un pot-de-vin et a demandé pardon. Avant lui c’est l’ex-secrétaire d’État et actuel sénateur, Evode Uwizeyimana qui avait agressé une femme et avait été laissé libre jusqu’au moment où le tribunal l’a relaxé même si les images montrant sa victime en train témoigner avaient circulé dans les médias. La prison serait pour les citoyens et critiques du gouvernement tandis que les gros poissons peuvent bénéficier d’une assignation à la résidence.

Ce traitement de faveur dont bénéficient ceux qui acceptent de collaborer avec le système interroge les Rwandais. D’un côté il y a ceux qui avouent avoir enfreint la loi qui sont libres et récompensés et ceux qui proclament leur innocence qui croupissent en prison. Une pratique qui date de l’après génocide lorsque ceux qui ont activement ou politiquement participé au génocide sont ceux qui ont été libérés ou sont mis au-devant de la scène médiatique alors que des millions d’innocents ont pris la perpétuité.

Selon Igihe.com, les prisons les plus surpeuplées sont :

  • Muhanga avec un taux d’occupation de 238,8% (Province Sud),
  • Gicumbi avec un taux d’occupation de 161,8% (Province Nord),
  • Rwamagana avec un taux d’occupation de 151,1% (Province Est),
  • Rusizi avec un taux d’occupation de 144,8% (Province Ouest),
  • Huye avec un taux d’occupation de 138,6% (Province Sud),
  • Musanze avec un taux d’occupation de 138,2%, Province Nord),
  • Bugesera avec un taux d’occupation de 132,1%, (Province Est),
  • Rubavu avec un taux d’occupation de 127,7% Province Ouest),
  • Ngoma avec un taux d’occupation de 103,6% (Province Est).

Tout le monde s’accorde à dire que la seule solution pour dépeupler les prisons est que la peine d’emprisonnement ne soit pas systématique. Il est fort à parier que dans un pays où les docteurs et professeurs sont en prisons pour avoir exprimé leurs pensées et idiots utiles libres pour avoir accepté de collaborer, la voix de la raison de sera pas écouté. La dictature du FPR vit ses derniers jours et si elle pouvait elle emprisonnerait même les mouches ! 

Alice Mutikeys

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