Analyse de l'actualité

Surprise :  Au Rwanda ils doivent payer un impôt exonéré en 2020

En 2020 le gouvernement rwandais avait annoncé aux propriétaires des biens immobiliers que la taxe foncière de leur résidence principale n’était pas à payer pour les aider à faire face aux conséquences économiques suite à la pandémie Covid-19. Ce mois de mars 2022, ils ont reçu un courrier de réclamation !

Si vous demandez à un Rwandais le montant de ses impôts, très peu vont vous répondre avec exactitude. En revanche chacun a appris par cœur, dictature oblige, que les taxes et les impôts servent pour la prospérité et le développement du pays. C’est le credo en place pour faire passer la pilule des abus dont le Front Patriotique Rwandais, parti unique au pouvoir depuis 1994, a mis en place en multipliant les taxes et les impôts sous les appellations différentes. En plus de l’enrichissement de l’oligarque au pouvoir, un autre but visé est l’appauvrissement de la population pour qu’elle reste assujettie à la dictature sanguinaire.

Les parlementaires rwandais qui sont souvent comparés aux décorations pour souligner leur inutilité lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts ou les droits fondamentaux du peuple votent aveuglement ces divers impôts et taxes sans les challenger ou analyser l’impact sur le pouvoir d’achat du peuple. « C’est un vol organisé, les députés ne peuvent pas contredire les décisions prises par la petite minorité dirigée par le président Paul Kagame, nous croulons sous le poids des impôts, cela ne peut plus durer » nous a raconté un habitant de Kigali.

Dans cette illustration, le couple dit aux agents qui viennent réclamer : la taxes pour la sécurité, la cotisation pour la mutuelle, la taxe pour la propreté, la Dime pour l’église, la cotisation pour la tontine et la facture pour l’eau DE REVENIR le mois prochain car il n’a rien sur lui! Une réalité que vivent beaucoup de rwandais.

La dernière pilule qui passe mal à Kigali est l’impôt sur les biens immobiliers défini dans la loi rwandaise n° 75/2018 du 07/09/2018. Pour comprendre pourquoi revenons en arrière de deux : la réunion extraordinaire du cabinet ministériel du 06 mars 2020 avait demandé au Ministre de l’Economie de collaborer avec l’Office Rwandais des Recettes/ Rwanda Revenue Authority (RRA) en vue d’exonérer l’impôt sur les biens immobiliers servant de résidence principale. C’était pour aider la population à faire face aux difficultés économiques résultantes de la période du Covid-19. Rappelons que le gouvernement rwandais a reçu des aides ou prêts de la part des bailleurs de fond pour qu’il puisse aider les Rwandais. Tout paraissait beau car quelques jours après le conseil de ministres les médias notamment les radios ont diffusé des communiqués annonçant que l’impôt sur les biens immobiliers servant des résidences principales était exonéré à cause de la pandémie de Covid-19. Tout le monde était content et a applaudi car c’était une première au Rwanda pour une fois la dictature renonçait à s’enrichir.

Deux ans plus tard le mécontentement, l’amertume et désenchantement ont remplacé les applaudissements et la joie. Ce mois-ci, mars 2022, L’Office Rwandais des Recettes (RRA) a écrit une lettre aux propriétaires leur informant que finalement l’exonération de mars 2020 n’a pas eu lieu et qu’ils étaient considérés comme n’ayant pas payé leur impôt foncier. Ils sont tous simplement défaillants et doivent régulariser sous peu pour ne pas payer les indemnités de retard. Là où la note fait mal est que les propriétaires doivent s’acquitter de deux ans d’impôt 2020 et 2021. Pour comprendre le désarroi des pauvres reprenons notre exemple de l’enseignant qui touche 44 000 Frw, qui a hérité d’un bien immobilier et qui paye 15 000 Frw par année de taxe foncière, cela lui fait 30 000 Frw ~ (2/3 de son salaire) à débourser dans l’immédiat dont 15 000 Frw soit 30% de son salaire qu’il n’avait pas prévu dans les comptes. Oui l’amertume a remplacé la joie : « Ceci constitue un lourd fardeau à porter pour les contribuables qui s’étaient réjouis de l’exonération d’il y a deux ans » nous a raconté notre interlocuteur qui vit à Kigali.  « C’est d’autant plus regrettable car le gouvernement rwandais a reçu beaucoup de subventions sous formes de dons ou de prêts en vue de gérer les crises causées par la pandémie du Covid-19, c’est un vol organisé ». A-t-il ajouté.

Il va de soi que ceux qui vont souffrir de ce « vol organisé » sont les plus démunis qui ont eu la chance d’hériter d’un toit sans avoir accès à un travail décent ou régulier.  Au Rwanda l’écart entre les riches et les pauvres se creuse année après année. Selon le rapport du NISR (équivalent de l’INSEE), le revenu mensuel moyen est de 275,000 FRW (250€) pour les plus riches, 47,000 FRW (40€) pour les riches, 26,000 FRW (23€) pour les pauvres modérés, 11,000 FRW (10€) pour les pauvres et 8,000 FRW (7€) pour les plus pauvres. Nous rappelons que ces chiffres sont une moyenne ! Ces impôts à l’improviste conduisent les plus pauvres à vendre leurs biens immobiliers, une pierre de plus dans le projet « tous les pauvres doivent être chassés de Kigali pour laisser placer à une ville européanisée » et ce par tous les moyens. C’est d’une tristesse.

Alice Mutikeys

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