Témoignages

Rwanda : le calvaire de Jean Damascène Ruronona

Son nom est Jean Damascène Ruronona, il est originaire de Mwezi situé dans la commune Karengera, dans la préfecture de Cyangugu, aujourd’hui devenu le district de Nyamasheke. Il est né le 01 janvier 1950. Il fait partie d’une liste de personnes qui ont été forcées à la disparition au Rwanda de fin 2018 à 2021 et son réapparues comme par magie sans pouvoir dire où elles étaient détenues. Il s’agit de de Kazamarande Emmanuel, Zacharie, Aphrodis Matuje et lui-même.

Sur le micro d’Umurabyo TV, il a témoigne de son parcours et chemin de croix. Il a fait son école primaire à Mwezi, puis au Nyantango, à Birambo et ses études secondaire à Nyamasheke, au groupe Scolaire Saint Joseph qui était dirigé par un frère joséphite connu sous le nom de Callixte Hatungimana. En 1970 il a été admis à l’Université Nationale du Rwanda, à l’Institut Pédagogique national (IPN). Après ses études universitaires et une brève carrière dans l’enseignement, il a suivi une formation en magistrature. Il a commencé sa carrière dans le système juridique rwandais comme Président du Tribunal de Canton de Mwezi.

Son évolution a continué par après il a été nommé Président du Tribunal de première instance de Nyakarenzo, qui réunissait les zones de Bugarama et Gishoma, il a fini par être promu Président du Tribunal de première Instance de Cyangugu par le Ministre de la Justice, Jean François Nkurunziza. Il y resté jusqu’en 1988 lorsqu’il a été muté au Tribunal de Première Instance de Gikongoro.

En 1994, il était l’Inspecteur des cours et tribunaux dans la région Gitarama-Butare-Gikongoro. Lorsque le FPR a pris le pouvoir sa famille et lui ont été reconnus comme des personnes intégrées. Sa femme a été nommée Bourgmestre de la Commune Karengera, lui, le Président de du Tribunal de Première Instance de Kamembe.

Anne Marie Mukandoli assassinée par les militaires du FPR en 1996, première femme de Jean Damascène Ruronona

En 1996, sa femme, Anne Marie Mukandoli, a été assassinée par les militaires de FPR lorsqu’elle était assise au salon. Les chefs militaires étaient Gumisiriza et Alex Kagame. Ces militaires ont aidé le veuf dans les funérailles. Apres avoir enterré sa femme, il est passé devant plusieurs tribunaux mais personne n’a été condamné pour avoir assassiné son épouse. Quelques mois après la mort de son épouse sa famille a déménagé pour s’installer à Kamembe. Il était resté avec 9 enfants à élever seul. Le cadet avait 8 ans.

En 2000, Jean Damascène Ruronona a été mis en retraite anticipée le FPR qui ne voulait plus de lui.  Le motif de cette mise à l’écart est qu’il avait fréquenté la même école primaire avec Pasteur Bizimungu qui venait d’être destitué de sa position du Président de la République.

Il est resté à la retraite avec ses enfants à Kamembe jusqu’en 2018. Ruronona raconte qu’en 2018 lorsqu’il venait de faire la sieste, il a vu à travers la fenêtre un policier en tenu accompagné par quatre personnes. Ils ont frappé à sa porte et il leur a ouvert. A leur entrée, il leur a demandé « suis-je par hasard arrêté ? » Ils lui ont répondu « oui ! » ! Ils ont pris tout le matériel numérique et ils l’ont amené au Camp militaire de Cyangugu. « Le lendemain, nous avons été enchainés au niveau des jambes et des bras et nous nous avons été conduits vers un lieu inconnu. Nous y avons y a passé deux ans et demi ».

Jean Damascène Ruronona n’a pas voulu revivre les détails de son chemin de croix mais dit savoir qu’ils étaient à Kigali. Il se demande pourquoi il était emprisonné a 70 ans. « J’étais accusé de tuer les gens alors que je n’ai jamais pu tuer même une poule, je niais tout ce qui m’était reproché mais j’ai dû rester là-bas pendant tout ce temps ».

Au bout de leur calvaire les quatre personnes ont été libérées, elles ont été mises dans un convoi qui les a emmené à Cyangugu. L’on leur a donné 10,000 Frw (moins de 10€) pour le transport et premiers nécessites, une somme qui ne suffisait pas. Lorsqu’il est arrivé chez lui, il a appris que sa femme avait parcouru toutes les stations de police en le cherchant mais en vain. Aujourd’hui il se demande si elles avaient commis une infraction, pourquoi n’ont-elles pas été traduites en justice ?

Jean Damascène Ruronona fait partie de la longue liste de personnes qui ont été forcées à la disparition par les autorités rwandaises et parmi les rares qui ont fini par réapparaitre.  Le bureau rwandais chargé des investigations, le RIB, avait fini par annoncer qu’après son arrestation il avait été libéré ! Ne pas savoir où son proche se trouve est doublement douloureux car à la douleur de perdre un proche s’ajoute le coup de ne pas savoir où la personne se trouve et l’impossibilité de faire un deuil et passer à autre chose.

Alice Mutikeys

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