Témoignages

Rwanda : Uwonkunda, quand la parité politique se résume à un ornement

Par une femme qui vit au Rwanda dont le nom ne peut pas être rendu public pour sa sécurité

Paul Kagame s’est vanté ou est vanté comme celui qui a fait du Rwanda un pays où les femmes sont émancipées. La Constitution du Rwanda promulguée en 2003 et révisée en 2015 exige qu’il ait au moins 30% des femmes dans les organes de prise des décisions. Les chiffres parlent d’eux-mêmes car les femmes représentent 60% des parlementaires, 40% des sénateurs, 50% des membres du gouvernements, 40% des élus régionaux de la ville de Kigali et plus de 30% dans la gouvernance des districts. Dans cet article nous allons voir si cette représentation qui est louée au niveau international a été bénéfique pour les citoyennes rwandaises.

Aucun jour ne passe au Rwanda sans qu’au moins une femme ne déplore avoir été victime d’une injustice de la part d’une autorité. Elles sont frappées, arrêtées ou assassinées en plein jour à la vue et au su de tout le monde. De plus en plus l’on commence à entendre des femmes qui témoignent avoir subies des tortures sur les parties génitales. Pendant longtemps, dans une société conservatrice, les femmes rwandaises avaient tu cette forme de torture par peur d’être stigmatisées et e finir seules sans maris.

Nous avons prix pour exemple le cas de madame Uwonkunda Matron, une femme de quatre enfants, qui a été victime du Major Gakiza Gamariel et qui cherche désespérément la justice.

Les vendeuses de rue au Rwanda, après les prostitués, sont les femmes qui subissent beaucoup de violences

C’était le 2 Septembre 2011, Lorsque Matron Uwonkunda s’est rendue dans la fête d’anniversaire de son amie, Nzoramba Micheline. Après l’anniversaire, avec des amies elles se sont rendues dans une « after party ». La fête se passait dans un night-club, le KBC, elles y ont croisé le Major Gakiza Gamariel et ses garde-corps. Ces derniers sont entrés dans le club lorsqu’elles dansaient et ils ont exigés qu’elles dansent avec eux par force. Les femmes se sont défendues, Micheline a bousculé le haut-gradé militaire qui est tombé sur la table et s’est trouvé blessé.

En temps normal les femmes ne disent rient et coopèrent lorsqu’ elles sont attaquées par les militaires car l’on se doit de répondre oui à « afande[1] » lorsque l’on vit dans une dictature militaire. Même en cas de viol, elles feignent un consentement par peur de représailles si elles osent en parler. Il y a eu beaucoup des femmes qui se sont retrouvées avec une grossesse non désirée ou séropositives sans aucun recours.

Cette nuit-là, les femmes n’avaient pas su que ceux qui les draguaient étaient des militaires. Après avoir commis la boutade de se défendre les femmes ont été sorties du Club et alignées le long d’un mur par les agents de sécurité, les policiers qui avaient été appelés lorsque le Major était tombé et les gardes du corps du militaire. « Afande » qui était ivre de colère et ivre tout court a allumé sa voiture de marque Starlet et a foncé sur le groupe de femmes. Les autres ont réussi à courir sauf madame Uwonkunda qui a eu les jambes écrasées par la voiture. Il a reculé sa voiture et a voulu recommencer pour l’achever. Un policier, le sergent Minego, a intervenu et tiré 3 balles dans les pneus de la voiture. Tout le monde a pris la fuite laissant la victime en détresse sans aucun secours.

Elle a été repérée par des occidentaux qui passaient par là dans une voiture et l’ont emmenée au Centre Hospitalier Universitaire de Kigali (CHUK). Elle est restée hospitalisée pendant près de 3 ans assistée uniquement par sa famille et par ses amies.

En 2015, après sa sortie d’hôpital Uwonkunda a demandé justice à l’état-major de l’armée qui lui a informée que Major Gakiza n’était plus militaire. En effet, il avait été démobilisé en 2014. Elle a été orienté vers le Bureau rwandais charge d’investigation, le RIB, à la Station Métropolitaine de Remera, à Kigali.

Une semaine plus tard Uwonkunda a été convoquée par la police car son bourreau avait été arrêté. Arrivée là-bas, elle a été arrêtée et transférée au Centre de Transit de Gikondo, communément appelé « Chez Kabuga ». Elle y a passée près de trois ans aussi.

Les femmes qui ont été placées dans les instances décisives sont très efficaces lorsqu’il s’agit de poser auprès de Paul Kagame

Un jour lorsque le Maire du district de Kicukiro venait montrer aux occidentaux que le centre de transit est un endroit sain dans lequel l’on enferme pour un court temps ceux qui se sont égarés pour qu’ils réfléchissent avant d’être relachés, Uwonkunda et les autres prisonniers de longue durée, qui avaient été enfermés dans une pièce cachée, les ont entendus marcher. Uwonkunda a haussé la voix pour interpeller le maire qui a été obligé de la faire sortir. À la vue de son état, une femme handicapée qui ne pouvait pas marcher, elle a été libérée sans aucune condition.

Madame Uwonkunda a fait appel auprès de toutes les instances, y compris au près du médiateur, pour obtenir justice, le Major Gakiza perdait à chaque fois et faisait appel.  A ce jour Uwonkunda attend sans beaucoup d’espoir.

Uwonkunda, un cas non isolé

Ce jeudi le 27 janvier 2022, était publié un article dans un media rwandais d’un gang composé d’enfants de rue composé majoritairement de jeunes filles. Cela se passe dans le secteur de Kimisagara à Kigali, Jean Sauveur Kalisa, le Secrétaire Exécutif de Kimisagara, a dit ne pas être au courant de cette situation. Pourtant une partie de ces jeunes filles sont des mères adolescentes et sont parties vivre dans la rue après que l’Etat rwandais ait démoli leurs habitations.

En guise de conclusion, nous nous interrogeons sur l’intérêt d’avoir des femmes dans des instances décisives si c’est pour qu’elles restent silencieuses face aux injustices faites aux femmes.  Nous pouvons dire que lorsque le Rwanda se vante d’avoir émancipé les femmes c’est juste de la propagande car en réalité la condition de la femme au Rwanda s’est beaucoup dégradée ces dernières années. C’est fort déplorable qu’une petite minorité de femmes au service d’un parti politique qui monopolise le pouvoir mente et sert d’objets de décoration pour Paul Kagame alors que les actes diffèrent des paroles.

L’auteure de l’article vit au Rwanda et ne peut donc pas rendre public son nom


[1] Surnom donné aux haut gradés de l’armée rwandaise

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