Divers

KWANZAA revenons à nos sources, la découverte et redécouverte de l’Afrique pour construire son unité

Lu sur le mur Facebook du Dr. Abou-Bakr Mashimango (vous pouvez découvrir ses livres en bas de l’article)

Fêtons KWANZAA en lieu et place de Noël (25 décembre) et de la « Bonne année » (Saint Sylvestre, le 1er janvier).

D’abord, il est important de signaler que Kwanzaa (ou Kwaanza) est une fête des Afro-Américains, qui se tient pendant la semaine du 26 décembre au 1er janvier.

Kwanzaa a été créée en 1966 par l’activiste afro-américain Ronald Maulana Karenga alors étudiant à l’Université de Californie à Los Angeles qui avait acquis un leadership avec son organisation ‘Us’ dans la communauté noire pendant les émeutes de Watts. Son but originel était de promouvoir et réaffirmer les liens entre les Noirs d’Amérique et l’Afrique.

En distinguant la fête chrétienne de Noël, qui est religieuse et selon lui légitime, et la fête culturelle de Noël, qui est selon lui une invention européenne, commerciale et inappropriée pour les Afro-Américains, il se met à rechercher une alternative à Noël pour l’année suivante. Il se penche alors sur les cultures africaines, qui procèdent souvent à des célébrations agricoles lors de la moisson et du changement d’année et notamment sur l’Umkhosi, la célébration des premiers fruits chez les Zoulous d’Afrique du Sud, ou le Tedudu ou festival de l’Igname chez les Ewe d’Afrique de l’Ouest. Il adapte celles-ci au contexte américain en y incluant les hommages aux ancêtres, le rassemblement de villageois, la fête, ou l’apparence du festival. C’est ainsi qu’eu lieu, en décembre 1966, la première célébration de Kwanzaa.

Les préconisateurs de Kwanza s’inspirent des fêtes agricoles africaines suivant les récoltes, source des liens sociaux traditionnels africains. Kwanzaa symbolise la fête des prémices ou des premières récoltes. C’est une fête répandue partout en Afrique noire, Pacifique et Caraïbe. Et même si l’appellation change et les dates diffèrent, mais l’événement, quant à lui, est célébré partout.

Au Rwanda et au Burundi, par exemple, l’Umuganura c’est la fête de premières récoltes, un héritage du Roi Gihanga Ngomijana. En effet, l’Umuganura était un événement majeur au niveau du palais royal jusqu’au niveau des familles. Cette fête avait pour but de présenter au Roi et au peuple la récolte du pays, résultant de la performance et de l’implication des familles dans des activités économiques, particulièrement l’agriculture. Les citoyens de tous les coins du pays étaient donc en émulation pour présenter au Roi et au Peuple la meilleure récolte. Très souvent, l’événement se clôturait par un spectacle culturel et artistique et des résolutions fermes pour les prochaines récoltes. C’était donc une occasion particulière et spectaculaire pour les familles de se réunir, de célébrer le fruit de leurs efforts ; un moment de partage et de solidarité entre les gouvernés et les gouvernants. Source de l’unité et de la fraternité qui symbolise l’autosuffisance alimentaire (pour ne pas dire économique), l’Umuganura prend sens dans le bien-être familial et dans la dignité du peuple à produire.

Le mot « Kwanzaa » est dérivé de l’expression swahili qui signifie « premiers ». Il vient du verbe Bantu, « Anza (Kuanza) » qui signifie « Commencer ». Rappelons que le swahili est parlé en Ouganda, au Kenya, en Tanzanie, à l’île de Zanzibar et aux Comores, sans oublier le Rwanda et le Burundi, la Somalie, la Zambie et l’Afrique du Sud. Et, depuis 2004, c’est l’une des langues officielles de l’Union Africaine. Le choix d’un mot n’est pas un hasard. Issu de la grande famille linguistique partant du Sud du Nigéria, du Tchad, du Soudan et de l’Éthiopie jusqu’en Afrique du Sud, ce mot illustre son importance en tant que symbole du Pan-Africanisme. Certains diront que Kwanzaa, c’est un peu la version Afro du Noël des Chrétiens, ou du Hanouccah des Juifs. Ce n’est pas vrai. Kwanzaa n’est pas une fête religieuse. C’est avant tout la célébration de l’identité culturelle noire. Pour nous rappeler d’où nous venons mais aussi où nous allons.

Sur quoi s’appuie Kwanzaa ? Kwanzaa est centré autour de 7 Principes fondamentaux (nguzo Saba) suivants :

1. Umoja (Unité) : Ce principe nous invite à créer et maintenir l’unité au sein de la famille, de la communauté, de la Nation.

2. Kujichagulia (Auto-détermination) : Ce principe est essentiel ; il s’agit pour nous d’avoir la volonté et surtout le courage de se définir par nous-mêmes, créer et parler par nous-mêmes, décider de ce qui est bon ou mauvais par et pour nous-mêmes et ne pas laisser aux autres, même les plus désintéressés, de le faire à notre place.

3. Ujima (Travail collectif et Responsabilité) : Nous devons apprendre à construire et à maintenir notre communauté soudée ; se soucier des problèmes de nos frères et de nos sœurs pour les aider à les résoudre.

4. Ujamaa (Coopération économique) : Ce principe est fondamental car nous devons construire et faire fructifier nos entreprises, nos commerces et nos affaires ensembles ; utiliser notre force économique collective pour le bénéfice de la communauté toute entière.

5. Nia (l’intention) : avoir la volonté de préserver l’héritage de nos ancêtres et de réaliser notre mission dans la vie et comment cette mission sera profitable à toute la communauté.

6. Kuumba (Créativité) : Utiliser nos talents individuels, notre génie, notre imagination et notre créativité pour construire l’harmonie, la beauté et des richesses dans nos communautés.

7. Imani (Foi) : Avoir confiance en nous-mêmes, en nos familles, en nos ancêtres et en nos communautés en dépit de toutes les adversités, en dépit de tous les obstacles et croire en notre réussite, notre prospérité et à nos atouts.

L’appel à la célébration du Kwanzaa s’inscrit donc dans le long processus de désaliénation entamé par nos ainés: Chaka Zoulou, Toussaint Louverture, Joseph Ignace, La Mulâtresse Solitude, Ndete Yalla Mbodj, Emery Patrice Lumumba, Amilcar Cabral, Bénitos Sylvain, Henry Sylvestre Williams, Georges Padmore, Mohamed Ali Duse, Anna Zingha, Anténor Firmin, Malcolm X, Marcus Garvey, Rosa Park, Thomas Sankara, Nkwame Nkrumah, Frantz Fanon, Aimé Césaire, Nelson Madiba Mandela, Oliver Tambo, Walter Sizulu, Albert John Luthuli, Steve Biko, Nandi de Zululand, Henry Mc Neal Turner, Edward Wilmot Blyden, William Dubois, Léon Gontran Damas, Langston Hughues, Dulcie September, Yaa Asantewa, Frederick Douglas (avec son discours The meaning of the fourth July for the Negro, le 5 juillet 1852), Makinya Sibeko-Kouate, Louis Farakhan, Mohamed Ali (Cassius Clay), Betty Shabazz (Veuve de Malcolm X), Amiri Baraka, Richard Hatcher, Kenneth Gibson, Ruben Um Yombe, Dona Beatriz Kimpa Vita Nsimba, Ahotep et Arsinoé II & III, la reine guerrière Majaji de l’empire Kushite, Cléopâtre, Makeda (la reine de Saba), Abla Pokou, Aminatou, Seh Dong Hong-Beh…

« Nkosi Sikelei Africa » ou « Mungu ibariki Afrika » (Dieu sauve l’Afrique) est l’hymne national de la RSA et de la Tanzanie.

Sans méconnaître le caractère multi-identitaire (pour ne pas dire multiraciale) de l’Afrique, Caraïbe et Pacifique (ACP), Kwanzaa est une fête militante pour la restauration d’une conscience historique nègre, sans laquelle le rêve du panafricanisme ou du « pan-négrisme » harmonieux ne peut s’accomplir. En effet, notre diversité ne doit surtout pas s’établir sur la base de négation de soi-même ou de la part d’africanité qui nous habite. Par contre, nous devons retourner à nos « sources perdues » pour rencontrer « l’Autre » sans nous perdre nous-mêmes. Ce « retour aux sources », ce « going back to our roots » nécessite la découverte-redécouverte de l’histoire de notre continent, en tant que métropole de la civilisation, sous ses aspects tant mythiques, légendaires, qu’historiques et sociologiques, car comme nous le rappelle Oruno-Rosny Lara : « l’ignorance des choses d’hier est une grande faiblesse: elle fait toujours errer dans le jour présent ».

J’ai l’impression que nous sommes en pleine délire : nous avons perdu le sens de la mesure, à telle enseigne que tout devient excessif et disproportionné. Il suffit d’observer l’actualité sociopolitique du continent pour se rendre compte de l’évidence. J’ai l’intime conviction que nous avons délaissé ce que nous avions de plus authentique, de plus cher : notre convivialité, notre solidarité, notre combativité… au profit de ce qui vient d’ailleurs. Nous ne savons plus ce que nous sommes, où nous sommes et où nous allons. Il convient, tous autant que nous sommes : parents, hommes et femmes politiques, étudiant(e)s, syndicalistes, enseignant(e)s, chercheurs, jeunes…, de briser les barrières invisibles mais réelles, barrières artificielles qui nous séparent les uns des autres. Nous devons, pour cela, élaborer une « théologie nègre », une théologie panafricaine transnationale, susceptible de libérer l’Homme noir et les « colored people » (mulâtres, métis…) des chaînes de l’esclavage mental, car comme l’a bien dit Chaka Zoulou: « les chaînes les plus dures à briser sont celles de l’esprit », propos étayé par Marcus Garvey en ces termes, je cite : « Emancipate yourselves from mental slavery, none but ourselves can free our minds« . Ce qui nous conduit au « vivre ensemble avec nous-même, vivre ensemble avec les autres » (Daniel Derivois).

Dr. Abou-Bakr Mashimango

Le dr Abou-Bakr Mashimango est auteur de ces livres :

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s