Analyse de l'actualité

Rwandais : #AmokoOnsEnFout un hashtag spontané qui interroge

Samedi le 25 avril 2020, lors d’une cérémonie de commémoration en ligne pour toutes les victimes rwandaises depuis l’année 1990 jusqu’à l’année 2000, Jean Ngendahimana, journaliste a répondu à un commentaire haineux par ces mots :  « Bivuga ngo turi mu bwoko bw’Abatutsi, uretse ko njye ubwoko moi je m’en fous, ntacyo bumbwiye », « cela veut dire que nous appartenons à l’ethnie tutsie, sauf que je m’en fous des appartenances ethniques », cette prise de position spontanée a été reprise par plusieurs personnes qui ont clamé haut et fort « amoko on s’en fout » – « les ethnies on s’en fout ». Après la commémoration sur Facebook le hashtag (#AmokoOnSenFout, ou #Onsamfu en Kinyarwanda) semblait prendre chez  de nombreux jeunes rwandais!

Si dans d’autres sociétés, cela aurait été un fait banal, il faut toujours compter sur les Rwandais pour tout interroger. Les uns ont été jusqu’à se demander si ce n’était pas un prolongement du programme de la honte « Ndi Umunyarwanda », « je suis Rwandais » qui demandait à tout enfant hutu de demander pardon aux Tutsi pour les crimes qui ont été commis en son nom et ce pour toutes les futures générations ! Certains allant jusqu’à affirmer que c’est une sorte de déni du problème ethnique qui gangrène le Rwanda depuis de nombreuses décennies.

Pour tous ceux qui se posent de questions sur cet engouement, rappelez-vous cette phrase de Karl Marx : « Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre ». Aujourd’hui la jeunesse rwandaise, disons ceux qui ont 50 ans ou moins est une génération qui avait moins de 25 ans en 1994, dont la grande majorité n’a jamais occupé de postes à responsabilité au Rwanda. C’est plus facile pour cette génération de prendre de la distance avec les narratifs et décisions mauvaises décisions politiques qui ont endeuillés le Rwanda.

Dans ce groupe une grande majorité n’avait même pas fini leurs études secondaires en 1994, vous avez face à vous une génération qui a grandi dans un climat de haine et séparation ethniques (bakuriye mu macakubiri), et de ce fait ils en connaissent les conséquences, c’est une génération dont l’enfance, l’adolescence et la jeunesse ont été gâchées par les mauvaises décisions politiques qui ont conduit le Rwanda à vivre un cercle vicieux des violences. Ils en sont conscients.

A mes ainés : vous devez comprendre que vous avez eu le « luxe » de connaitre un Rwanda avec un semblant de « paix ». Ces mots sont entre guillemets pour nuancer ce que notre génération a connu par rapport à la vôtre. En effet je pense que l’on peut acter que la violence que connait le Rwanda, dans une période dite de « paix », depuis 1994 est sans précèdent. Ce « luxe » vous a permis d’apprendre à vous ne pas vous aimer : les Tutsi vous avez appris à ne pas apprécier les Hutu pour ce qu’un pouvoir hutu a fait dans le contexte de la révolution de 1959 ou autre période ! Les Hutu vous avez appris à ne pas apprécier les Tutsi pour ce que la monarchie tutsie a fait aux Hutu ! ».

Notre génération n’a pas eu ce « luxe », nous avons juste appris à survivre aux conséquences de cette haine ethnique !  Pour illustrer cela, chez une grande majorité de votre génération l’assassinat d’un Hutu ou Tutsi n’a pas provoqué ou ne provoque pas de compassion lorsque le bourreau appartient à la même ethnie que vous. Dans notre génération, nous avons connu ces violences aux alentours de 15 ans (plus ou moins 10 ans), l’assassinat de notre camarade a suscité et suscite chez nous de la compassion, tout simplement nous n’avons pas eu  le temps d’apprendre  ces nuances ethniques à l’époque des faits. A cet âge avant de perdre une personne qui n’appartient pas à notre ethnie, nous avons perdu un camarade de jeux, un confident, une personne qui partageait les rêves que nous n’avions pas encore partagé avec nos parents, les premiers amours… Vous devez saisir cela pour nous comprendre. Je pense que c’est cette part d’innocence qui nous a été enlevée brusquement que nous tenons absolument à affirmer une fois devenus adultes, de ce fait nous voulons partager notre rwandaité et cela passer par partager nos souffrances, nos histoires, notre humanité … 

En conclusion le #Onsamfu, veut tout simplement dire que voulons un peu plus d’humanité et beaucoup moins d’ethnicité.

Quelques hommages aux commentaires qui m’ont le plus touchée :

Par Kayitsinga Wa Mushayija :

Nous nous foutons de :

  • Vos divisons
  • Votre ethnisme
  • Votre ségrégation des morts et mémorielle
  • Votre propagande
  • Vos chantages émotionnels et insultes
  •  Votre terrorisme
  • Vos mensonges
  • Vos manipulations
  • Vos fardeaux

Je me permets d’ajouter

  • De votre solidarité ethnique !

#Wedon’tcare

Par Nostradamus Abijuru

«  Celui qui a fait ou qui fait ses calculs politiques sur la base des ethnies va subir une perte certaine ! L’amour finira par vaincre! » #OnSenfout

Par Sakindi Tuyishime

Excellent article 👌🏿 J’ajoute que le concept d’ethnie n’a aucun fondement au Rwanda, puisque nous partageons tous la même langue et la même culture sur le même territoire. Nous sommes des Banyarwanda, point barre !

AmokoOnsEnFout

« Ndi Umunyarwanda ijye ibanzirizwa na Ndi Umuntu – que Je suis Rwandais soit précédé par Je suis Humain » Kizito Mihigo !

Alice Mutikeys

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