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Rwanda : Les survivants du génocide contre les Tutsi, nouvelles cibles des répressions du régime de Kagame

Article écrit par : Eric Ngoga

Depuis près de 30 ans, le Rwanda est dirigé par un gouvernement contrôlé par le FPR, un parti d’État qui a pris le pays après l’un des génocides les plus rapides et les plus meurtriers. Le génocide, qui a duré 100 jours, est venu comme la dernière tragédie d’une guerre de quatre ans, qui opposait le régime de Habyarimana Juvénal et la milice du FPR. Les massacres de l’ethnie tutsie ont été la principale raison pour laquelle la communauté internationale a décidé de s’aligner derrière le FPR comme solution viable de paix au Rwanda. Kagame Paul, l’homme fort du Rwanda depuis quelques années se présente comme le sauveur des Tutsi et celui qui a arrêté le génocide. En plus de cela, il affirme que les Hutu et les Tutsi sont maintenant réconciliés.

Après le génocide, l’un des principaux efforts du gouvernement rwandais a été de faire comprendre à tout le monde comment les survivants du génocide étaient des personnes à protéger contre de nouvelles souffrances car ils ont beaucoup souffert pendant le génocide. L’objectif était de leur donner un sentiment de sécurité, de leur faire sentir qu’ils ne seront plus jamais persécutés à cause de ce qu’ils sont. Chaque année, le puissant slogan « plus jamais ça » apparaît dans tout le pays comme un message aux Rwandais en général et aux survivants du génocide en particulier, pour leur faire savoir que, maintenant, le Rwanda est sûr pour eux.

Dans le cadre de ces efforts, le gouvernement du Rwanda, avec l’aide de ses donateurs, a créé différentes initiatives pour montrer qu’il prenait très au sérieux les problèmes des survivants du génocide. En premier lieu, un fonds a été créé pour soutenir financièrement les survivants du génocide. IBUKA est une association très puissante avec des branches dans différents pays du monde, sa mission principale est de défendre les intérêts des survivants du génocide. On peut citer d’autres associations comme AVEGA Agahozo, AERG, GAERG, et bien d’autres encore. La Commission nationale de lutte contre le génocide, CNLG en abrégé, a été créée pour prévenir la survenue du génocide et lutter contre son idéologie.

Les évènements de ces dernières années montrent un visage différent du gouvernement du Rwanda. Les survivants du génocide ne sont plus en sécurité dans leur pays ; après avoir été sauvés du génocide, ils sont persécutés et tués par le gouvernement qui les a sauvés. D’un point de vue juridique, les survivants du génocide sont égaux aux autres citoyens du Rwanda, mais le gouvernement en a fait le symbole d’un pays juste, uni et libre où chacun se sent en sécurité. Ainsi, les injustices commises à l’encontre des survivants du génocide montrent une brèche dans le narratif du gouvernement du FPR qui consiste à dire à quel point ils ont rendu le pays sûr pour les Rwandais.

Ces événements ont été évoqués par une ancienne candidate aux élections présidentielles, Diane Rwigara, elle-même survivante du génocide. En juillet 2019, elle a écrit une lettre ouverte[1] au président du Rwanda pour tirer la sonnette d’alarme au sujet des survivants du génocide assassinés par les services de l’ordre. Dans cette lettre, elle a soulevé le fait que ceux qui ont été tués ont été exécutés sans procès, et le fait que les associations de survivants du génocide ont peur d’en parler. La lettre a été déclenchée par l’assassinat d’un gardien de prison nommé Jean Paul Mwiseneza, après qu’il ait parlé à Diane de la situation à de la prison de Mageragere. Pendant les funérailles, la famille a été menacée car un représentant officiel a insinué que ce que selon ce que vous dites et à qui peut vous conduire à la mort. Dans la lettre, pour appuyer ses dires, Diane Rwigara a pu donner une liste non exhaustive des survivants du génocide assassinés et de la manière dont ils ont été tués.

Après cette lettre, de façon surprenante, les associations comme IBUKA et CNLG se sont mobilisées pour s’en prendre à Diane Rwigara. Le secrétaire exécutif d’IBUKA[2] a déclaré que pas un seul survivant du génocide n’a été tué par les services de l’ordre ; il a poursuivi en disant que les Rwandais sont en sécurité et peuvent s’exprimer librement dans leur pays. Le secrétaire exécutif du CNLG[3] [4]est allé un peu loin et a supposé que Diane Rwigara a mis en danger la vie d’un survivant du génocide parce qu’elle collabore avec des gens qui veulent créer l’insécurité au Rwanda ; à cause de cela, elle n’a pas le droit de parler pour les survivants du génocide. Le secrétaire exécutif du CNLG a poursuivi en assurant que le gouvernement s’occupe de la sécurité de tous.

Il n’y a pas longtemps, les services de l’ordre du Rwanda ont fait une autre victime du nom de Kizito Mihigo. Chanteur de gospel populaire, Kizito Mihigo était un survivant du génocide. En 2014, après une chanson considérée par beaucoup comme une chanson de réconciliation pour tous les Rwandais, le chanteur a été arrêté, et illégalement détenu et torturé avant d’être envoyé devant des journalistes pour qu’il admette tous les crimes dont il était accusé, entre autres la trahison et attente à la sécurité du pays. Il a été condamné à 10 ans de prison mais a été libéré en 2018 après une grâce présidentielle. Il a été arrêté à nouveau en février 2020, et après quatre jours de détention, il a été retrouvé mort dans sa cellule ; la déclaration officielle est qu’il se serait suicidé, mais beaucoup considèrent qu’il a été assassiné par les services de l’ordre. Aucune enquête indépendante n’a été menée autour de cette mort, seul un rapport publié par le RIB a été publié pour confirmer l’hypothèse du suicide. Cependant, après sa mort, des enregistrements audio qu’il a lui-même réalisés pendant son séjour en prison ont été mis à disposition, et il affirme clairement qu’il a été persécuté uniquement à cause de la chanson qu’il a diffusée en 2014. Dans les audios, il donne tous les détails sur son arrestation illégale, et comment il a été torturé et obligé d’avouer pour toutes les charges, sinon il risquait la mort.

Kizito Mihigo est le dernier d’une longue liste de survivants tutsis du génocide qui ont été assassinés par les services de sécurité du gouvernement du Rwanda. Il est intéressant de mentionner la raison pour laquelle ce groupe autrefois protégé est devenu un ennemi du FPR et de Kagame. La seule raison est l’engagement sous-jacent des survivants du génocide à soutenir la propagande du FPR utilisée pour gouverner le pays. Tout survivant du génocide qui contredit ou remet en question le récit de ce qui s’est passé au Rwanda devient un traître. Tout survivant du génocide qui n’aide pas le plan du FPR pour garder le pouvoir devient l’ennemi de ce dernier. Ceci peut être soutenu par le récent discours du général Kabarebe James aux jeunes survivants du génocide, où il leur dit que le FPR et les survivants du génocide sont parfaitement identiques et qu’ils doivent se battre contre tous ceux qui veulent détruire ce qu’ils ont accompli. Cela va sans dire que, après la lettre écrite par Diane Rwigara, elle a été qualifiée de fausse survivante du génocide[5][6], comme si le titre de survivante du génocide était un titre que l’on gagne pour un service quelconque rendu au FPR.

Au moment où nous entamons la 26ème commémoration du génocide au Rwanda, nous devrions nous souvenir de ceux qui ont survécu à l’inimaginable, mais qui ont ensuite succombé sous les couteaux et les mauvais traitements du gouvernement qui les a sauvés. Au Rwanda, la peine de mort a été abolie ; par conséquent, aucune personne détenue par le gouvernement ne devrait mourir. Un survivant du génocide comme tout autre Rwandais peut être puni et la loi doit être appliquée, mais la justice doit être appliquée de manière adéquate. Actuellement, la justice au Rwanda devrait être évaluée sur la façon dont elle est appliquée pour les survivants du génocide, pour ceux qui ont tout perdu pour que le FPR arrive au pouvoir. Ils devraient être jugés en utilisant le bon système juridique, et non pas le système judiciaire parallèle que Kagame utilise pour ceux qu’il considère comme ses pires ennemis. Le système juridique parallèle ne devrait pas exister du tout.

Eric Ngoga


[1] http://dianerwigara.com/open-letter-to-president-paul-kagame/

[2] https://igihe.com/amakuru/u-rwanda/article/umuntu-afite-amaso-ariko-atabona-ibuka-ivuga-ku-ibaruwa-ya-diane-rwigara

[3] https://igihe.com/amakuru/u-rwanda/article/diane-rwigara-yamaganiwe-kure-kubera-imvugo-ze-ku-barokotse-jenoside

[4]https://www.kigalitoday.com/politiki/amakuru/article/cnlg-iramagana-ibirego-bya-diane-rwigara-ivuga-ko-byuzuyemo-ipfobya

[5] http://www.therwandan.com/the-rwigaras-are-no-longer-genocide-survivors-this-is-positive-news/

[6] https://www.newtimes.co.rw/opinions/fake-genocide-survivors-must-be-called-out

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