Rwanda : une justice aux allures d’une pièce de théâtre

S’il y a un fait acquis, c’est la nature du régime de Kigali. C’est une dictature. Côté face certains nous diront que c’est une dictature pas comme les autres, une dictature qui bénéfice d’une aura incontestée, une dictature acceptable.  Côté pile, ce sont deux décennies de répression en tous genres, répression politique, répression de la liberté de la presse, répression des libertés individuelles, ce qui compte pour le pouvoir actuel c’est de se maintenir en place. Dans un système où la fin justifie les moyens quel est l’envers du décor pour le système judiciaire rwandais ? Pour répondre à cette question, dans cet article, les dessous de la justice rwandaise sont décortiqués par le biais d’un témoignage d’un survivant des crimes de torture au Rwanda, ce témoignage est illustré par les faits d’actualité récents.

Le témoignage de Jean-Bosco Ngarama

Jean Bosco Ngarama a subi les crimes de torture dans des camps de détention militaires au Rwanda en 2010 et 2011. Il a fait un témoignage sur la Radio Itahuka publié en décembre 2018. La première partie du témoignage porte sur sa vie : Refugié aujourd’hui aux Etats-Unis, il avait 24 ans en 1994. A la prise du pouvoir par le FPR, il s’était engagé dans la vie locale et politique à Cyangugu. En 2000 après avoir été victime d’une première arrestation arbitraire, il avait rejoint la Ligue rwandaise pour la promotion et la défense des droits de l’Homme LIPHRODHOR, (voir la première partie pour en savoir plus). En 2003, après avoir rédigé un rapport sur les élections électorales en sa qualité de militant pour le respect des droits de l’Homme les ennuis ont commencé pour lui (voir la deuxième partie pour en savoir plus). Dans cet article, on couvre le passage de Jean Bosco Ngarama au sein du centre de détention militaire de Kami, un passage qui a duré 304 jours.

Kami, « un enfer sur terre, une usine à fabriquer les faux preuves »

Quand Jean-Bosco Ngarama a été déposé à Kami, il y avait un immobilier vétuste des années 1990, qui a été rénové depuis.  Les prisonniers avaient droit à une couverture pour deux personnes en guise de matelas et de couverture. Ils avaient le droit de se laver une à deux fois par mois et exceptionnellement trois fois par mois en cas de pluie. Ils avaient le droit à un litre d’eau par jour pour se laver le visage et boire, Ils mangeaient les maïs et les haricots à 14h. Les poux tombaient tous seuls de leur corps. Les prisonniers étaient conduits pour être interrogés le soir. Aussi c’est le soir que les nouveaux prisonniers étaient emmenés à la prison. Les prisonniers allaient faire leur besoin le matin et le soir, les interrogatoires étaient conduits par des militaires qui venaient de l’état-major.

Jean-Bosco Ngarama qui avait fait les études de droit (cf la première partie) a souligné, dans son témoignage, que la procédure pénale rwandaise n’avait pas été respectée pour eux (lui et ses camarades de prison). La loi rwandaise prévoit :

  • Qu’un détenu dans leur cas soit arrêté et conduit auprès de la police d’investigation pour être interrogé,
  • S’il y a lieu, qu’il soit  poursuivi par un procureur et qu’il soit traduit en justice.

A la place, ils ont été amenés directement à Kami et ont été contraints sous la torture de faire les faux aveux. « Les interrogatoires consistaient à être frappés, c’est surprenant que le Rwanda soit un pays où on met un sac en plastique sur la tête d’une personne et la personne est frappée au point de faire ses besoins sur elle, au point de frôler la mort et est obligée à avouer les crimes dont on lui dit qu’elle a commis. C’est ainsi que les aveux sont obtenus à Kami ».

Pour Jean Bosco, ce qui se passe à Kami dépasse l’entendement, par exemple on étouffe les prisonniers avec les sacs en plastique, placés sur leurs têtes, Jean-Bosco Ngarama n’a pas subi lui-même cette torture mais connait des personnes qui l’ont subies. A Kami, il faut faire attention à ne pas passer beaucoup de temps aux toilettes, une fois Jean-Bosco Ngarama a été battu longuement par un premier sergent du nom de Ntazinda, originaire de la région de Mutara pour être resté longtemps au petit coin. Pour frapper les prisonniers, les militaires utilisaient parfois des câbles électriques.  En résume Kami est un enfer sur terre : « Les tortures subies à Kami sont différentes, Kami est la pire chose qui existe dans ce monde pour moi, les geôliers ont perdu leur sens de l’humanité ».

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, en 2017 Human Right Watch avait dénoncé la torture dans les centres de détention militaires au Rwanda dans le rapport : « Nous t’obligerons à avouer ».

Les actes de torture sont-ils des faits d’antan ?

Les actes de torture dont a été témoin Jean Bosco Ngarama datent de l’année 2010 cependant en 2019, il semblerait qu’ils soient toujours d’actualité. Par exemple en mai 2019,  Callixte Nsabimana, alias « Sankara », un chanteur, opposant  et porte-parole d’une rébellion rwandaise, a plaidé coupable de toutes les accusations qui lui étaient reprochés allant jusqu’à présenter ses excuses au président rwandais. Callixte Nsabimana avait été présenté à la justice après un mois d’arrestation, durant lequel ses proches n’avaient pas eu de ses nouvelles. Des actes de torture lui auraient été infligés selon ses proches. En effet Paul Rusesabagina, ex président de plateforme MRCD, questionné lors de la conférence de presse du 18 Juin 2019 sur les aveux de Sankara, a rappelé l’image de Callixte Nsabimana quand il a été présenté à la presse le 17 mai 2019 à Kigali. Bien qu’attaché, il était tenu des deux côtés par des gens qui le soutenaient et l’aidaient à marcher « On pouvait bien voir qu’il allait tomber » et de conclure « Si vous étiez à sa place, on vous torture pendant un mois et plus, qu’est-ce que vous diriez ? (…) Tout ce qu’ils vous demandent ! »[1].

A Kami, les prisonniers sont utilisés comme des outils pour fabriquer des charges contre les innocents

Un jour les militaires ont demandé à Jean-Bosco Ngarama de faire un faux témoignage contre le président de la LIPHRODHOR. Les militaires sont venus le chercher dans la nuit et lui ont demandé indirectement de témoigner contre cette personne. Il a refusé en avançant que lui-même était innocent et que de ce fait il n’allait pas témoigner, mentir contre une autre personne innocente. Son refus lui a valu les coups de bâtons.

Une autre fois, le colonel Tinka, dont « Sept anciens détenus ont mentionné son implication dans des interrogatoires au MINADEF et à Kami en 2010 » dans le rapport de HRW, a pris une voiture et a fait monter quelques prisonniers à l’intérieur, ils étaient étudiants à l’université à l’époque et sont condamnés et en prison actuellement. Il les a conduits à Bujumbura (au Burundi), à cette époque le service de renseignement burundais travaillait avec celui rwandais. On a donné des téléphones aux étudiants qui ont appelé leurs camarades, en les faisant croire qu’ils s’étaient évadés de la prison, ils les ont invités à venir partager un verre de bière avec eux, quand ces derniers sont arrivés, on les a arrêtés et conduits en prison au Rwanda.

Les autres exemples qui ressortent du témoignage de Jean-Bosco Ngarama sont les faux témoignages contre Kayumba Nyamwasa ou Victoire Ingabire, opposants au régime en place à Kigali. Jean-Bosco en a été témoin : «Ils ont pris quatre personnes à Kami, les ont habillés et ils les ont emmenés discuter avec les journalistes militaires qui ont enregistré des vidéos. Ils ont témoigné à charge contre Kayumba Nyamwasa sur les complots qu’ils avaient préparé avec lui y compris à Bujumbura. Ils les ont amenés une première fois et la seconde fois ils leur ont dit qu’une fois au tribunal ils allaient faire tomber l’affaire à l’eau ». Après cet épisode ils ont préparé une personne pour aller témoigner contre Victoire Ingabire : « Ils ont acheté des vestes pour lui et l’ont parfumé, il n’a pas été retenu aussi [son faux témoignage n’a pas été utilisé] ».

En 2019 l’usine de fabrication des faux témoignages toujours en marche

Encore une fois, fabriquer des faux témoignages contre l’opposition rwandaise reste d’actualité au Rwanda. Le 12 mai 2019, une campagne de diffamation contre Victoire Ingabire a été orchestrée par les autorités rwandaises et relayée par les médias pro régime de Kigali, des témoins affirmaient dans une vidéo que Victoire Ingabire avait tenu dans une réunion des propos divisionnistes sur la base ethnique. Après un emballement médiatique au mois de mai 2019, l’affaire ne fait plus la une des médias pro pouvoir, c’est surprenant étant donné la nature des accusations et pour les personnes avisées sur le dossier rwandais, il y a très peu des doutes sur la nature calomnieuse de cette accusation.

Kami, les coulisses de l’affaire dite des grenades

En février 2012, il y a eu un procès des 29 personnes accusées d’avoir voulu faire des attentats à la bombe à Kigali, Jean Bosco Ngarama a été ajouté au dossier pour faire le 30ème accusé. Pour rappel, Le chef d’accusation contre Jean-Bosco Ngarama initial était d’avoir des idées divisionnistes (cf première partie), on constate donc qu’il avait muté en terrorisme.

L’affaire des 30 accusés dite des «grenade cases» a été traitée dans les média en 2012, selon la BBC : «Les procureurs avaient inculpé un groupe de 30 personnes pour terrorisme, meurtre et atteinte à la sécurité de l’État dans le cadre des attentats à la grenade. Ils avaient demandé la réclusion à perpétuité pour 24 des accusés, tous citoyens rwandais…10 des accusés ont été condamnés à perpétuité, huit personnes ont été déclarées non coupables et les autres ont reçu des peines moins lourdes. Ils ont été jugés par trois juges – seuls quatre des accusés avaient un avocat, tandis que les autres devaient se défendre eux-mêmes. Notre journaliste affirme qu’aucun des accusés n’était présent pour le verdict, mais que la salle d’audience était remplie de leurs proches ».

Jean-Bosco Ngarama a assisté aux coulisses de cette affaire. Il a témoigné qu’un jour ils étaient venus chercher les détenus pour les interroger. Les militaires ont apporté des papiers, ont écrit à la place de celui qui ne savait pas lire, pour les autres on leur a donné le texte qu’ils devaient écrire et signer et c’est ainsi que les aveux ont été obtenus. Après une semaine les militaires  sont venus chercher les 29 dans une voiture. Ce même jour, le capitaine Murenzi, dont « Huit anciens détenus ont indiqué à Human Rights Watch qu’un officier connu sous le nom de « Capitaine Murenzi » avait supervisé les interrogatoires, les aveux forcés et la torture à Kami et au MINADEF en 2010 » selon le rapport de HRW, le capitaine Murenzi a appelé Jean Bosco Ngarama pour lui faire passer un interrogatoire. Il lui a demandé de plaider coupable que lui aussi faisait partie du groupe de 29, qu’il avait un tract. Jean-Bosco lui a expliqué que c’était des mensonges. Malgré sa condition physique, son poids était descendu à 35kg, il souffrait de malnutrition et son corps était couvert des boutons, il s’est souvenu de la loi rwandaise et a expliqué au capitaine que le délit consiste à distribuer des tracts et non d’être en possession de tracts et de lui dire qu’il n’avait pas été en possession des tracts. Le capitaine Murenzi l’a laissé repartir par chance. Un mois après des militaires hauts gradés en tenue civil sont venus, il n’a pas pu identifier leurs noms. A l’interrogatoire, le capitaine Murenzi a dit aux autres que Jean-Bosco Ngarama était prétentieux car il connait la loi. « Il conseillait aux autres prisonniers comment se défendre et il m’a dit dernièrement que posséder un tract n’est pas un délit ». Ils lui ont demandé de s’expliquer, Jean-Bosco a expliqué la loi et leur a demandé de lui apporter un code pénal pour qu’il puisse leur expliquer… Les représailles ont été immédiates pour Jean-bosco, le capitaine Innocent Iyaburunga lui a demandé de se mettre en position des pompes, il a monté la chemise militaire que Jean-Bosco portait et a compté ses côtés gauches, il l’a frappé avec une matraque et est parti compter les côtés droits et a frappé un autre coup, Jean Bosco est tombé directement dans les pommes, pour le sortir  de la pièce, il était soutenu car il ne pouvait plus marcher. « A ce jour je suis handicapé du dos et ce sera à vie ».

En 2019, un cas similaire avec les aveux signés des  10 membres des FDU-Inkingi


Plus récemment, le 18 juillet 2019, 10 membres des FDU-Inkingi ont déclaré au tribunal, au cours de leur procès, que l’on leur a donné le choix entre la mort ou les aveux : « Ils ont dit que l’on leur a demandé de choisir entre  signer  en avouant les crimes qui leur sont reprochés ou de mourir, ils ont choisi de sauver leur vie. », leur avocat a demandé que le tribunal ne tienne pas en  compte ces aveux. Que va décider le tribunal ?

Kami, le temple d’une deshumanisation sans nom

Sur l’état d’esprit de ceux qui pratiquent la torture à Kami, Jean Bosco Ngarama pense qu’ils ne sont plus humains, Il a donné l’exemple du Capitaine Kabutura, il était spécialiste de la torture sur les parties génitales, à l’heure où Jean-Bosco témoignait, un utilisant une image pour illustrer, il a dit qu’il y a des hommes au Rwanda qui sont devenus comme des femmes. « Pouvez-vous imaginer, une personne qui va vous mettre une charge sur le sexe ou l’attacher avec un fil pour que la douleur vous fasse faire un faux aveu ? » « Il y a un homme à qui on a enlevé les dents ». Quand les détenus de Kami ont essayé de soulever cette question de torture dans les tribunaux, les juges les faisaient taire, pour Jean-Bosco « la justice au Rwanda est une pièce de théâtre ». Les autres exemples sur l’état d’esprit des geôliers de la prison de Kami sont le capitaine Murenzi, qui un jour est venu sur la fenêtre de leur prison, l’a ouverte, les a jaugés et leur a dit « vous les machins, vous n’avez pas peur, vous osez mangez et dormir sans peur ? ». Un autre un sergent avancé en âge, du nom de Burora, les a observés et leur a dit « vous voyez le coin vert de l’autre côté, c’est grâce à l’engrais fait à base des Hutu ». Pour Jean-Bosco, si on dit qu’au Rwanda les ethnies ont disparus, c’est seulement en apparence et sur la place publique. En privé ils en parlaient et réprimandaient les prisonniers « vous les chiens hutus, vous avez perdu la guerre et vous voulez le départ de Kagame ? Ce sont vraiment des gens déshumanisés au plus profond d’eux-mêmes, ils n’ont plus de cœur ». Le dernier exemple est un homme proche de Jean-Bosco Ngarama, qui était détenu à Kami en même temps que Jean bosco, un jour il a été amené dans une machine, torse nu, les mains dans le dos et menottées, il a repris ses esprits au lendemain matin quand un militaire a ouvert sa pièce, la torture avait eu lieu en soirée. Il était désorienté à Kami, sans savoir où il était, en ayant fait ses besoins sur lui et en ignorant ce qu’ils avaient fait sur son corps.

Joel MUTABAZI à Kami

Joel Mutabazi, un ancien garde de corps du président rwandais Paul Kagame, a été condamné à perpétuité dans le procès dit de la terreur en 2014, RFI avait publié le verdict du procès : « Joël Mutabazi a fait appel de sa condamnation et à l’issue de l’audience au micro de RFI a une nouvelle fois remis en cause la légitimité de la cour à le juger. « Je considère que ce procès n’est pas équitable, ce n’est pas juste. Je suis un réfugié, j’ai été kidnappé », a-t-il affirmé. L’ex-officier rwandais avait été remis illégalement par l’Ouganda où il avait le statut de réfugié. « Comment pouvez-vous juger quelqu’un comme cela ? Ils n’ont produit aucune preuve », s’est défendu Joël Mutabazi ».

Dans le témoignage de Jean Bosco Ngarama, on apprend que Joel Mutabazi avait fait un passage dans à Kami avant de s’enfuir en Ouganda : « J’ai vu Joel Mutabazi à Kami, il était assis avec une radio, j’allais aux toilettes mais nous n’avons pas parlé ensemble. Il avait les menottes sur les pieds, fermées avec un grand cadenas et les menottes sur les mains. Son teint avait blanchi au point qu’il était à peine reconnaissable. »

Avec du recul on peut s’interroger si l’état de santé de Joel Mutabazi n’est pas une conséquence des nombreuses  tortures qu’il a subies. En effet, en 2019 son état de santé et les conditions de détention de Joel Mutabazi sont inquiétants : « Je suis gardé dans une pièce de 1m sur 1,80m sans fenêtre. C’est plein de caméras. Il faut passer quatre portes pour accéder dans la pièce où je suis gardé. Je vis dans cette petite pièce avec mes toilettes. J’utilise un petit seau de savon Omo [N.D.R illustration du récipient qui lui sert de toilettes]. Même quand j’ai la diarrhée, le seau reste dans ma chambre de 6h à 18h. Même si l’air ne peut pas entrer dans ma chambre ». A-t-il déclaré le 11 juin 2019 lors de son procès en appel. Il a aussi demandé à pouvoir bénéficier d’une mise en liberté sous caution afin de pouvoir consulter un médecin et cette mise en liberté lui a été refusée le 21 juin 2019.

La fin de Kami pour Jean-Bosco

Jean-Bosco est resté à kami au total 304 jours sans aucun contact avec l’extérieur, à part le contact avec les cuisiniers. Les militaires qu’il y a vus le plus souvent sont Karemera Emmanuel qui dirigeait la prison, [N.D.R. dans le rapport de HRW « Neuf anciens détenus ont mentionné sa présence à Kami en 2010. Plusieurs l’ont décrit comme un officier commandant qui supervisait la détention à Kami et ont déclaré qu’il s’était livré à des menaces et des tortures à l’encontre des détenus »], le sergent-major du nom de Murenzi, Gatwaza, Bosco, Burora, le premier sergent Lambert de Cyangugu. Il y avait beaucoup des militaires à Kami. Si Jean-Bosco Ngarama a tenu à mentionner les noms de ces militaires c’était pour consolider l’authenticité de son témoignage.

Un jour, les 29 personnes qui avaient signé et avoué sous la contrainte les délits dont ils étaient incriminés, ont été amenés ailleurs. Dans un premier temps leurs dossiers ont été examinés dans un tribunal militaire et ensuite transférés au tribunal de Nyamirambo. Jean-Bosco, qui maîtrise la loi rwandaise, a précisé que des civils n’auraient jamais dû comparaitre dans un tribunal militaire. Pour lui les tribunaux militaires ont facilité le dépôt des aveux obtenus à Kami devant un procureur et un juge. Les faire passer devant un tribunal militaire n’était pas une erreur mais un choix délibéré dans le but de pouvoir utiliser cela contre eux aux procès civils, « II est difficile de refuser un aveu que l’on a fait et signé devant un tribunal » a analysé Jean-Bosco Ngarama. Les 29 accusés ont été conduits dans la prison de 1930, un membre de la famille de Jean Bosco Ngarama en apercevant qu’il n’était pas parmi les 29, a fait une annonce sur la BBC locale et a demandé aux autorités d’amener Jean-Bosco Ngarama devant la justice comme les autres s’il était toujours vivant ou de remettre le corps à sa famille s’il était décédé. Un des cuisiniers a informé Jean-Bosco Ngarama que les supérieurs avaient parlé du fait que son nom avait été cité à la radio. Après ils sont venus le voir et lui ont dit de prendre une douche, ils lui ont donné les habits civils et lui ont dit qu’ils allaient l’amener quelque part. A 10h du soir, dans un pick-up blanc conduit par le capitaine Murenzi, un bandeau sur ses yeux, il a été conduit pendant un long moment à un endroit inconnu. « Quand je suis arrivé à destination, à cette époque j’étais presque devenu aveugle, mais à cet endroit il y avait beaucoup de lumière et j’ai vu que c’était écrit Alpha Palace et ils m’avaient amené au CIT à Gikondo » a terminé Jean Bosco Ngarama pour cette partie.

Kami selon Human Right Watch

« Le camp militaire de Kami a la réputation de pire centre d’interrogatoire et de torture. Human Rights Watch s’est entretenu avec 39 personnes qui y ont été détenues entre 2010 et 2016, et a recueilli des informations sur de nombreux autres cas. Nombre d’anciens détenus ont décrit des passages à tabac, l’usage de l’asphyxie, d’acide pour brûler la peau et de simulacres d’exécution, alors que les interrogateurs tentaient de leur soutirer des informations sur leurs liens présumés avec les FDLR ou des groupes d’opposition. Beaucoup d’entre eux ont été maintenus en isolement, parfois dans une cellule constamment plongée dans l’obscurité totale ou éclairée par une lumière vive »

Quand le Rwanda avait voulu discréditer HRW, l’enquête de France 24

France 24 avait levé le doute sur la véracité de certains témoignages qui proviennent du Rwanda, surtout quand ils sont utilisés pour discréditer ou inculper les opposants politique ou les acteurs qui dénoncent les violations des droits de l’Homme au Rwanda.

Dans une vidéo intitulé « Le bras de fer entre HRW et le gouvernement », France 24 revenait sur le rapport publié par HRW en 2017. HRW avait révélé 37 cas d’exécutions extrajudiciaires commises par la police ou l’armée rwandaise sur des individus poursuives pour des délits mineurs comme un vol de mouton. La Commission rwandaise des droits de l’Homme, la NHCR, avait mené une contre-enquête et avait accusé HRW d’avoir présenté des personnes vivantes ou décédées des causes naturelles comme mortes. Des incohérences dans la version des autorités rwandaises, comme le cas d’Alphonse Majyambere « ressuscité » par ces dernières vivait à Boneza, alors que l’Alphonse Majyambere du rapport de HRW vivait à Nyagahinika, une localité voisine, ces incohérences avaient conduit France 24 à faire sa propre investigation. L’enquête sur terrain avait concordé avec la version de HRW. Invité sur le plateau de France 24, Rony Brauman ancien président de Médecins sans Frontières, pour se prononcer si les exécutions arbitraires étaient un fait nouveau au Rwanda, avait déclaré : « Non il n’y a rien de nouveau, le régime du FPR est l’un des régimes les plus violents d’Afrique, on peut dire que si l’on compte à partir de la mortalité due à la violence commise par ce régime, il rivalise avec le régime soudanais. Les deux plus grands éminents tueurs de l’Afrique contemporaine sont le président Omar el-Béchir Omar au Soudan [N.D.R l’ancien homme fort du Soudan qui intéresse aujourd’hui la Cour Pénale Internationale[1]] et le président Paul Kagame au Rwanda. Il n’y a malheureusement rien de nouveau, les violences du FPR ont en gros commencé en 1991, à l’époque des tueries avaient lieux, il y avait des tueries perpétrées par le régime Habyarimana, en tous cas par des milices qui agissaient en toute impunité sous son autorité. Mais le FPR lui-même a un trop grand nombre des victimes, on les compte par dizaines des milliers, voire par centaines des milliers si on inclut le Congo, ces cas sont révélateurs, cette enquête et votre enquête sont révélateurs d’une façon de gouverner le pays par la terreur ».

En 2019, une autre forme de justice selon le président rwandais

Sur la torture au Rwanda, le président rwandais Paul Kagame a récemment admis lui-même l’existence d’une justice parallèle au Rwanda dans ces termes : « La justice rwandaise fonctionne, nous avons deux sortes de justice, une justice classique qui respecte la loi et une autre « justice » devant laquelle on amène ceux qui jouent aux durs, celle-là, nous l’avons aussi »[1]

Visite du président rwandais Paul Kagame à Rubavu

L’article 2 de la Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants des Nations-Unies, quel le Rwanda a ratifié stipule « Tout acte de torture ou tout autre peine ou traitement cruel, inhumain ou dégradant est un outrage à la dignité humaine et doit être condamné comme un reniement des buts de la Charte des Nations Unies et comme une violation des droits de l’homme et des libertés fondamentales proclamés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme ».

Pour conclure, une dictature peut paraitre belle, acceptable pour les yeux de ceux qui ne la subissent pas, on ne peut qu’encourager ceux qui ne veulent pas voir la réalité que vive les Rwandais à écouter ce que disait un journaliste, qui est devenu un réfugié depuis : « Tu vois maintenant que la vérité est dissimulée dans notre pays, il ne faut pas chercher ce qui est là, mais ce qu’ils cachent. Tu peux ne pas prêter attention à ce qu’ils te montrent, mais tu dois écouter ceux que l’on fait taire. Tu dois avoir un regard diffèrent sous une dictature, tu dois réfléchir à comment écouter ceux qui vivent dans la peur ».

Alice Mutikeys

[1] A la 19min47


[1] https://afrique.latribune.fr/politique/gouvernance/2019-06-21/soudan-la-cpi-veut-s-emparer-du-proces-de-l-ex-president-omar-el-bechir-821239.html

[1] https://information.tv5monde.com/afrique/bruxelles-des-opposants-rwandais-accusent-le-regime-kagame-de-tortures-306815

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s