Fin du mois, fin du monde, le Rwanda a opté pour le « Wakanda »

A Musanze, une mère et ses quatre enfants vivent depuis au moins une semaine dans un champ de bananiers.

« Wakanda » est le surnom du futur projet rwandais dont l’objectif est de construire des villes 100% durables. Dans la phase avant-projet, le cout du programme est estimé de 4 à 5 milliards de dollars d’investissement d’après Le Point. Selon  Eudes Kayumba, une des personnes chargées du projet : « Des systèmes de crédits et de prêts innovants (location-achat, NDLR) permettront aux personnes à faibles revenus d’obtenir un financement leur permettant d’acheter des logements abordables. Certaines d’entre elles obtiendront également des logements sociaux parce qu’elles ne peuvent pas se les payer elles-mêmes » a publié Le Point, qui en a conclu que « La ville nouvelle 100 % écolo sera donc ouverte à tous les Rwandais, riches ou pauvres ». Si on veut croire à ce futur projet séduisant et aux intentions louables, pour l’instant on constate, au travers des médias rwandophones, la précarité dans laquelle vit une partie des Rwandais.

La nouvelle d’une mère qui vit avec ses quatre enfants dans un champ de bananiers, depuis au moins une semaine,  a été publiée ce 20 Juin 2019 par le média en Kinyarwanda Ukwezi. Elle s’appelle Ntamfurayishavu Speciose et habite dans le district de Musanze, situé dans le nord du Rwanda.

Son abri de fortune est constitué  des bouts des bois, couverts des feuilles de bananier, l’ensemble est protégé par une moustiquaire.

Abri de fortune, la mère de famille y vit avec ses quatre enfants

Elle avait été expropriée de son ancienne maison par les autorités de la ville qui s’étaient engagés à prendre en charge les frais de location d’un autre logement.  «J’avais une maison et les autorités l’ont démolie en me disant qu’elle allaient louer une autre maison pour moi. Après trois mois, le propriétaire m’a mise dehors [pour loyers impayés] et je suis allée voir les autorités et l’ on m’a dit que l’on ne me connaissait pas. C’est ainsi que j’ai construit un abri de fortune, je n’avais pas un autre endroit où aller. »

Ses voisins racontent les faits :

« On avait loué une maison pour elle, chez Munyaneza, je l’y voyais quand je passais à côté. Munyaneza lui a demandé pourquoi  la ville avait loué pour elle et ne payait pas le loyer ? Il lui a demandé d’aller demander aux autorités de la ville de payer le loyer. Quelques temps après, il lui a demandé de quitter sa maison. » A raconté Mparibatinda Theogene.

Les autorités lui ont enlevée les tentes que ses voisins lui avaient données.

Harerimana Dative, une voisine a dit au journaliste : « Quand elle est venue vivre ici, nous lui avons donné des tentes et les autorités les ont prises. Les autorités ont pris nos trois tentes…même dans les services sociales, ils ont cité les noms de ceux pourqui on va construire des maisons, mais son nom n’a pas été cité. Vous voyez vous-même dans quelle situation elle se trouve ».

Pour les autorités, les journalistes ont exagéré la situation : « Cette dame fait partie de ceux qui n’ont pas les moyens de subvenir à leurs propres besoins, nous le savons, mais de là à dire qu’elle vit dans un abri de fortune… Même si vous avez vu cet abri, elle n’habite pas dedans. Si vous avez trouvé cet abri, c’est un problème à résoudre » a déclaré Nsengimana Aimable, secrétaire exécutif auprès de la cellule (équivalent d’une petite mairie). Il a poursuivi, sur les loyers impayés par la ville «C’est ce qu’elle raconte, dans les faits quand nous plaçons une personne sans moyens dans une maison, s’il y avait un souci, la personne devrait venir nous voir ».

La mère de famille a dit que quand elle va à la cellule pour poursuivre son dossier, immédiatement elle est attaquée par des personnes inconnues qui démolissent son abri de fortune.

Speciose Ntamfurayishavu

Le cas de Ntamfurayishavu Speciose n’est pas isolé, des nouvelles des personnes en situation de grande précarité sont devenues monnaie courante dans les médias rwandophones.

Il semble difficile de croire que le projet « Wakanda » sera accessible aux pauvres alors qu’ils sont déjà exclus du système, y compris dans les milieux ruraux.  La part de l’aide étrangère dans le budget du Rwanda est de 30%, le taux de croissance est stable aux alentours de 7%… ce beau tableau à une seule zone d’ombre l’Insécuritéalimentaire et chiffres de la pauvreté (France 24).

Fin du mois, fin du monde ? A priori cela semble n’est pas être le même combat au Rwanda. Comme pour tous les pays, le Rwanda gagnerait à placer la lutte pour éradiquer la pauvreté au même niveau que le développement durable et écologique. Ainsi le pays des milles collines deviendrait un vrai Wakanda !

Alice Mutikeys

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