Auto-questionnement sur l’avortement

Une récente actualité aux Etats-Unis et quelques brèves du Rwanda m’ont amenée à me pencher sur la place de l’avortement dans nos sociétés. Deux positions s’affrontent sur ce sujet : les anti légalisation de l’avortement et les pro légalisation de l’avortement.

J’ai toujours été pour que l’on légalise l’avortement car je considère que cette position garantit le plus des libertés individuelles et évite que les femmes recourent aux avortements sauvages. Ci-dessous des extraits du discours de Simone Veil quand elle a défendu le projet de loi pour légaliser l’Interruption Volontaire de Grossesse à l’assemblée nationale française en 1974 : « Je le dis avec toute ma conviction: l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme – je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. ».

Oui l’avortement, reste un traumatisme à vie pour les femmes qui y recourent et doit être une exception. Je pense souvent à ces deux situations extrêmes : la première est celle d’une femme qui avait avorté pour pouvoir aller au SKI, c’est son gynécologue obstétricien qui témoignait, dans ce cas on a envie de crier et de lui empêcher l’accès à l’avortement. La seconde est celle d’une femme qui tombe enceinte à la suite d’un viol, peut-on lui refuser l’accès à l’avortement si elle le souhaite ?
Pour me prononcer là-dessus, il suffit de penser qu’un bébé a besoin d’être aimé au même titre que les autres besoins primaires, d’ailleurs une expérience russe l’a démontré. Dans la mesure où l’on ne peut pas obliger une mère à aimer son bébé, on ne peut pas obliger une femme à porter une grossesse et à donner une naissance contre son gré. Alors je pense que l’on doit donner aux femmes la liberté de choisir de devenir mère ou pas.

Ceci étant dit il faut une forte sensibilisation pour éviter qu’un IVG soit considérée comme un moyen contraceptif. Il y a quelques principes clés, qui méritent d’être soulignés :

• L’avortement est un drame pour celles qui y recourent,
• On ne peut pas obliger une femme à devenir mère,
• On ne peut pas obliger une femme à avorter (pour ceux qui voient l’avortement comme un autre moyen contraceptif. Ce message s’adresse en particulier aux hommes).

Aussi, je pense que présenter l’avortement comme un droit des femmes a été une erreur commise par les mouvements féministes (pour rappel : je n’aime pas ces mouvements). En effet cette présentation, à mon avis, polarise la société autour de pro libertés et pro la vie au lieu de voir les réalités derrières les situations d’avortements. Je pense qu’il est préférable d’autoriser l’avortement et de viser collectivement un nombre minimal d’avortements pratiqués. En écrivant cette phrase, je pense à cette phrase que j’ai lu « Je suis le fruit d’un viol », un témoignage publié dans un média rwandais.
Cette phrase a sonné pour moi comme un échec collectif de la société rwandaise, on peut l’excuser car ces 25 dernières années, elle était occupée à guérir. J’aurais aimé pouvoir dire à ce jeune qui témoignait qu’il n’est pas les conditions de sa conception ! Je dois avouer que je me suis demandé ce qu’il aurait fallu faire pour que le jeune grandisse en sachant qu’il est lui (sa personne, sa personnalité) et non le stigma que la société lui colle sur le front. D’ailleurs si les ovules et les spermatozoïdes pouvaient parler et nous raconter les conditions de leur rencontre, peut-être que nous serions surpris sur nos croyances.

Si on ne peut pas obliger une femme à aimer son bébé, le cas d’une femme violée en est la bonne illustration, on peut souligner que l’amour dont un enfant a besoin pour grandir n’est pas celui de ses parents biologiques exclusivement. Je pense que c’est un autre principe clé, celui de sensibiliser la société pour que ceux qui se sentent capables de prendre le relais en cas de défaillance des parents biologiques soient là.

Les derniers principes clés sont :

• Si pour une grande majorité, devenir parents est une expérience extraordinaire, il existe des cas où le vécu de cette expérience diffère de la majorité. C’est normal, il faut accepter cette différence et encourager ceux qui se retrouveraient dans cette situation à demander de l’aide,

• Un enfant est un individu à part entière et n’est pas défini par les conditions de sa conception,

• C’est le devoir de la société que de garantir les conditions optimales pour l’éducation des plus jeunes, dans ce sens elle doit mettre en place des structures pour aider les parents sans les juger,

• L’avortement doit être la dernière option.

Plus jeune je considérais l’avortement comme un acte banal, j’avais tendance à juger facilement celles qui n’avaient pas avorté, petit à petit j’ai changé d’avis pour considérer que l’avortement devrait être envisagé après la considération de toutes les options et alternatives. Néanmoins je continue à penser que l’avortement doit être légaliser, tout en soulignant que ce n’est pas un moyen de contraception.

Alice Mutikeys

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