Je n’ai pas pu aider Kezi

A cette époque après l’enfer de la capitale, nous avions trouvé un peu d’accalmie dans le centre du pays.

Nous vivions au rythme doux de la vie au village. Pour l’enfant que j’étais, je ne pouvais pas mieux rêver : la routine consistait à jouer, aller chercher l’eau à la source (ku Isoko) et découvrir le village.

La citadine avait laissé place à l’aventurière. Je profitais pleinement de l’enchaînement des vallées et des collines du pays.

Planter les patates douces, récolter le café, soustraire l’Urwagwa des bananes (Vin rwandais), aller vendre les denrées récoltées au marché, j’ai tout expérimenté. La vie à la campagne était douce. On aurait pu oublier l’enfer dans lequel une grande partie du pays était prolongée.

Un jour en se baladant dans les champs des maniocs, peut-être pour cueillir des feuilles de manioc pour l’ Isombe du soir, nous entendîmes du bruit, le bruit des pas. Bella demanda qui était là ? Et là nous aperçûmes Kezi et sa maman, le regard craintif et fuyant.

Bella qui avait le même âge que Kezi, les reconnut immédiatement, leur informa que les bourreaux du village les cherchaient. Elles nous demandèrent de ne pas les dénoncer (chose que l’on n’aurait pas fait même sans qu’elles nous demandent), elles nous racontèrent comment elles avaient pour survivre.

Bella, plus âgée que moi et surtout je débarquais de la capitale, prit l’initiative de leur demander comme nous pouvions les aider. Cela faisait plusieurs jours qu’elles n’avaient pas mangé. Nous leur proposâmes de se retrouver au même endroit le lendemain.

Je promis à Bella de l’aider et ne de rien raconter aux adultes. Ce soir-là, nous étions volontaires pour faire la cuisine, et nous nous débrouillâmes pour mettre de côté leur part. Comme promis le lendemain nous nous sommes rendus à l’endroit convenu et nous attendîmes plusieurs minutes avant de rebrousser chemin.

Le couperet tomba dans l’après-midi, les bourreaux les avaient rattrapées ! Tout le village fut informé. Les bourreaux demandèrent à Kezi et à sa maman de raconter comment elles avaient fait pour survivre. Elles racontèrent tout…A la suite, les bourreaux convoquèrent tous ceux qui avaient aidé Kezi et sa maman et leur ordonnèrent d’accomplir la salle besogne… Le diable habitait vraiment le pays des mille collines!

Ce jour-là Bella et moi allâmes tout avouer aux adultes, on s’attendait à être sermonnées, mis ce n’est fut pas le cas. Nous étions soulagées de n’avoir pas pu aider notre semblable.

Ce triste évènement restera gravé à jamais dans ma mémoire. Dans le chaos, dans l’horreur qui sévissait, j’ai failli faire partie des bourreaux. Je suis condamnée à vivre avec cela sur la conscience.

Enfants du pays des mille collines, apprenons de notre passé. Trop de sang a été versé, personne ne veut revivre ces horreurs. Aspirons à vivre en paix avec nous-mêmes mais aussi avec nos semblables. Quant à Kezi, sa maman et tous les autres que vous reposiez en paix. Où vous êtes,veuillez sur nous. Toutes mes excuses de n’avoir pas pu vous aider.

Les imprécisions et faux noms sont utilisés pour protéger qui de droit

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