Analyse de l'actualité

Rwanda : la face cachée des infrastructures, aussitôt construites aussitôt abîmées.

Fin 2017, début 2018 débutait  la construction d’un marché moderne dans la région Nord du Rwanda. Construit près des volcans et par le Rwandan Revenue Authorities, organisme rwandais dont dépend le tourisme, ce marché avait pour objectif de redistribuer l’argent issu du tourisme aux habitants locaux pour leur faciliter la vie en leur mettant à disposition un marché où s’approvisionner et vendre leurs marchandises.  Mais voilà avant même l’inauguration du bâtiment, ce 07 juin 2020, on annonce sa détérioration pour ne pas dire un effondrement qui s’annonce si rien n’est fait pour l’en empêcher.  En l’espace de trois mois c’est le quatrième marché dont les autorités rwandaises annoncent la destruction avant son ou très peu de temps après son inauguration. Retour sur un phénomène symbole du détournement de l’argent public.

Selon le journal Umuseke la construction du marché venait de s’achever, n’est pas inauguré et présente déjà des signes de détérioration à l’extérieur.  Pour la maire du District, Marie Chantal Uwanyirigira, l’origine des dégradations est la mauvaise qualité de construction : « Ce petit marché situé à Kanyirarebe a été mal construit parce que l’il y avait très peu d’argent. Mais cela n’aurait pas dû être une raison de construire une infrastructure fragile et mal construit, ceux qui ont construit  auraient dû le faire en fonction des moyens ». Pour elle il est nécessaire d’effectuer des travaux de réparation avant l’effondrement du marché. Dans sa déclaration elle a mentionné aussi une école située dans le district qui a été construit et laissé à l’abandon avant la fin du projet dont il serait nécessaire de réparer !

Si dans d’autres pays on valide la qualité des travaux avant à la fin de la construction et en mettant en place des garanties de performance, au Rwanda on constate les malfaçons lorsque les infrastructures neuves commencent à se détériorer et le contribuable paye les réparations.

Les deux marchés sont tombés en ruine après leur inauguration

Les habitants eux-aussi remettent en cause la qualité des matériaux utilisés pour construire le bâtiment, ainsi Philomene  Nyiramubiligi déclare aux journalistes que : « Ce petit marché a été construit il y a à peine un an, n’est même pas encore inauguré qu’il commence à se détériorer. C’est visible qu’ils ont utilisé du mauvais ciment ! Soyez nos voix pour qu’ils viennent le réparer, l’Etat rwandais nous l’a fait construire car nous en avons besoin ».  Un ancien maçon qui a travaillé sur le chantier a confirmé la mauvaise qualité de construction : « J’ai travaillé sur ce chantier et j’ai été licencié pour avoir respecté les règles d’art en préparant le mortier, j’utilisais beaucoup de ciment ! C’est parce ce marché est construit qu’avec du sable qu’il est en train de se dégrader.  Notre souhait est que les entrepreneurs construisent bien les infrastructures comme l’Etat rwandais leur demande surtout que l’Etat a donné l’argent nécessaire pour bâtir une construction durable. »

Cette nouvelle suit deux autres faits-divers similaires. En février de cette année 2020, dans le district de Rulindo (pas très loin de Kigali) on inaugurait un marché moderne qui a couté la bagatelle de 700 millions francs rwandais soit environ un peu plus de 660 000€. A peine un  mois après la cérémonie inaugurale, les fondations du marché commençait à s’écrouler (voir la photo).  A l’étonnement des paysans,  les autorités rwandaises ont répondu que « la forte pluie au Rwanda était à l’origine du problème, beaucoup d’eau s’était injectée dans  le sol provoquant l’effondrement du mur de soutènement !  Pour résoudre le problème les ingénieurs allaient procéder à une analyse de la composition du sol pour proposer une construction adaptée ». On comprend bien que dans ce projet l’on a construit un bâtiment d’utilité public sans avoir étudié la composition du sol !  Ce niveau d’amateurisme et d’irresponsabilité se passe de tout commentaire.

Après cet effondrement, les ingénieurs se sont décidés à analyse la composition du sol pour proposer une construction adaptée!!!!

On savait bien que le système éducatif du Rwanda a été détruit  par le régime du FPR mais l’on ne pourra jamais imaginer à quel point, si ce n’est que petit à petit l’on réalise l’ampleur des dégâts.

Dans le thème des marchés qui se détériorent juste après leur inauguration,  le 13 mars 2020, la ministre rwandaise des PMI  Soraya Hakuziyaremye a annoncé au parlement rwandais que deux marchés, celui de Cyanika et  celui de Nyamasheke s’étaient délabrés  après leur inauguration. Les deux marches avaient couté la petite somme de 3 milliards de franc rwandais (1,5 chacun) soit un peu plus de 2,8 millions d’euros ! Dans le rapport de l’audit des finances publiques rwandaises, la détérioration était expliquée par le fait que « les entrepreneurs qui ont construit les marchés de Cyanika et Nyamasheke ont réalisé de mauvaises études techniques, ont utilisé des matériaux de qualité inférieure et ont embauchés des ouvriers non qualifiés ». Voici la recette de construction des infrastructures au Rwanda, un pays dirigé par des leaders mondiaux dans la bêtise.

L’empire de Paul Kagame

Ce qui est étonnant au Rwanda est que ces « entrepreneurs » ne soient  jamais poursuivis, au Rwanda on constate, on envoie une autorité pour expliquer aux médias et l’on passe à autre chose. David Himbara, un expert en économie, ancien conseiller de Kagame qui vit en exil aujourd’hui et considéré comme « ennemi du pays » a raconté qu’au Rwanda, le P de son PHD (doctorant) était devenu un Problème dans un pays où il est interdit de penser.  Pour lui « Paul Kagame ne construit pas le Rwanda, il construit sa fortune », en effet pour obtenir un marché au Rwanda il faut faire allégeance au système du FPR ou mieux encore faire partie de l’empire Crystal Ventures de Paul Kagame, une structure qui regroupe l’ensemble des entreprises du Front Patriotique Rwandais qui ont le monopole des marchés publics. Aucun entrepreneur ne sera jamais poursuivi car ils remplissent bien leur travail : détourner les fonds publics (qui proviennent de la dette rwandaise) au profit du roi Paul Kagame.

Alice Mutikeys

1 réponse »

  1. L’industrie de la construction doit etre réglémentée. Des cahiers des charges existent et chacun doit connaitre ses responsabilités dans le contrat. Les études techniques ne sont généralement pas réalisées par l’Entrepreneur sauf quand il y a Design and build. Il y a un consultant qui doit mener des études y compris des investigations pour savoir la portance du sol sur lequel on doit construire. Par ailleurs, chaque infrastructure doit etre receptionnée par étapes, reception provisoire après achevement et reception définitive une année après avec une guarantie décennale suivant le type de projet et le type de contrat. Le Maitre de l’Ouvrage doit maitriser un minimum de project management autrement on se retrouve avec des sommes énormes gaspillées par l’administration au détriment du contribuable. J’aurais aussi voulu que cet article nous parle du fameux 10% payé par les entrepreneurs aux autorités locales….

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