Témoignages

Rwanda : pour toutes les victimes de Kabagali sans distinction, un récit qui embarrasse le FPR

Nota : Cet article est basé sur le témoignage qui a été publié par deux chaines YouTube en Kinyarwanda en juin 2022 : Umurabyo TV et Pax Ireme News TV, qui ont été dépubliés. Nous avons conservé le contenu pour l’Histoire. On espere aussi que rien n’est arrivé à Christophe Havugimana qui a osé témoigner des massacres que le FPR a commis en étant au Rwanda et sans se cacher.

Kabagali la charmante

La région de Kabagali est située au centre-ouest du Rwanda. Avant 2001, elle était composée de deux Communes Masango et Murama de la Préfecture Gitarama, après le redécoupage du Rwanda effectué par le FPR elle est localisée dans leDistrict de Ruhango, Province du Sud. C’est une région connue principalement pour des sols riches en terreau qui donc a une production agricole élevée.

Kabagali est une région à majorité chrétienne, elle héberge la maison-mère de l’Eglise Adventiste du Septième Jour à Gitwe, 3 paroisses de l’Eglise Catholique Muyunzwe, Karambi et Nzuki ainsi que les différentes églises évangélistes. Les musulmans y sont en très petite minorité.

Dans l’Histoire du Rwanda Kabagali est très connue pour ses joueurs des tambours « Abakaraza de Kabagali » et des danseurs royaux. Parmi ces derniers Mutwa appelé Bwanakweli est connu pour avoir été élégant et beaucoup plus beau que les autres danseurs.

La région est aussi voisine de l’ancien palais royal de Mushirarungu, à Nyanza, qui a abrité trois rois Yuhi V Musinga, Mutara III Rudahigwa et Kigeli V Ndahindurwa, les trois derniers rois de la dynastie Nyiginya.

La guerre de 1990 et le génocide de 1994

Du fait de son histoire qui faisait rêver plus d’une personne, la région était peuplée par des Rwandais de toutes les ethnies, qui vivaient en paix et en harmonie. Lorsque le FPR a attaqué le Rwanda le 01 octobre 1990, la cohabitation pacifique a été divisée en deux parties distinctes, la partie qui a envoyé ses jeunes dans l’armée du FPR et celle qui restée hostile aux attaques du FPR.

En avril 1994, lorsque le génocide a commencé ailleurs dans le pays, cela n’a pas été le cas à Kabagali.

Ses habitants étaient mixtes au point que l’on ne distinguait pas qui appartenait à telle ou telle ethnie. En effet, les Twa, les Tutsi et les Hutu de Kabagali s’étaient rassemblés sur la colline Munanira dans un camp sans distinction des ethnies. Ils luttaient ensemble contre les attaques des Interahamwe qui venaient de Kibuye de l’autre côté de la rivière Nyabarongo. Une partie des Tutsi était cachée ou envoyée à Kabgayi, ville voisine. La défense a été efficace jusqu’au 14 juin 1994 lorsque les troupes du FPR sont arrivées à Kabagali pour la première fois.

A l’arrivée de ces troupes, quelques-uns des habitants ont pris fuite vers Kibuye et quelques milliers sont restés à l’école primaire de Muramira, à la paroisse de Nzuki et au Bureau de la Commune Masango à Karambi. Dans ces trois grands groupements, Muramira, Nzuki et Karambi, les troupes du FPR ont rassemblé tout le monde, leur ont dit qu’il avait des sacs de riz sur la route goudronnée Kigali-Butare, à une cinquantaine de kilomètres de là. Le FPR leur a proposé que les jeunes hommes, femmes et hommes forts se mobilisent pour aller chercher ces sacs de riz.

Tout le monde a été d’accord car ils n’avaient pas assez de nourriture, le FPR a décrété que les Tutsi ne devaient pas figurer parmi le groupe de volontaires car ils pouvaient être tués par les Interahamwe de Mpamo Esdras. Ce dernier était bourgmestre de la Commune Masango, il avait pris la fuite vers Gikongoro, pour traverser la forêt de Nyungwe et s’installer à Cyangugu avant de fuir vers le Zaïre.

L’arrivée du Front Patriotique Rwandais (le FPR)

Le jeudi, 16 juin 1994, les Inkotanyi ont sélectionné les Twa et les Hutu qui avaient la force et les intellectuels tels que les enseignants, les infirmiers et les anciens cadres administratifs pour aller transporter les fameux sacs de riz. Ils étaient supposés être à Kirengeri, le trajet ne devait pas durer plus de deux jours et le groupe devait revenir avant le jour du sabbat, un détail qui avait son importance pour les Adventistes du Septième Jour. Le groupe désigné s’est mis en route … aujourd’hui 28 ans plus tard, à Kabagali l’on attend toujours le riz. Ceux qui devaient porter le riz ont été acheminés au bureau de la Commune Murama pour être assassiné un a un.

Les massacres ont continué aux bureaux des secteurs (une commune était composée de plusieurs secteur) et dans les autres milieux. Une partie des Tutsis, sans se soucier du fait qu’ils les avaient cachés pendant près de trois mois, pointaient du doigt des personnes à tuer et le FPR exécutait. Le FPR avait réussi à manipuler leur peine et les faire croire qu’ils n’avaient pas des liens avec les autres.

Le témoignage

Dans son témoignage, Christophe Havugimana, ressortissant de l’ancienne commune Masango, Préfecture de Gitarama, dans l’actuel District de Ruhango, Secteur Kabagali, Cellule Munanira, parle de souvenirs douloureux de Kabagali. :  « Quand les Inkotanyi ont pris par force notre région de Kabagali, ils ont emporté tous ceux qui se trouvaient au camp de Kavumu, après une réunion tenue, le dimanche, 19 juin 1994, au terrain de football, il y avait plusieurs Twa et Hutu et quelques dizaines de Tutsi. Les personnes ont été envoyées à Ruhango et d’autres à Byimana, on leur avait dit qu’ils allaient transporter les sacs de riz. Parmi ces personnes, il y avait deux familles, celle de Zigadi et celle de Batsinda. Ces deux familles sont complétement éteintes. Le FPR n’a laissé aucun survivant, ces deux familles représentent plusieurs centaines de familles massacrées par la même armée ». Il a continué en exprimant son incompréhension à l’aide du sarcasme : « Le riz n’était pas suffisant ? ont-ils été obligés de planter d’autres plants de riz ? Si oui pourquoi la récolte dure plus de 28 ans ? ».

Havugimana demande à quiconque qui aurait des nouvelles de ces personnes de prendre contact avec leurs proches qui sont sans nouvelles depuis plus de 28 ans. Il n’accuse pas les Inkotanyi de leur mais leur demande de faire la lumière sur leur sort.

La mère et le frère de Havugimana ont été arrêtés et emportés le mercredi, 22 juin 1994. Il a pu échapper car il était allé puiser de l’eau dans le marécage et a trouvé la maison vide à son retour. Il a suivi les autres vers la route de l’exil pour se réfugie au Zaïre mais n’a pas pu. Le FPR avait pris Kirinda et Birambo, deux localités très connues de Kibuye, elles étaient remplies de cadavres, par peur, tout le monde a pris le chemin du retour pour s’installer dans leur région natale.

Dans les jours qui ont suivi, ils se cachaient dans la galerie à Papyrus de la rivière Nyabarongo pendant la journée et venaient passer la nuit chez eux. En effet les massacres du FPR commençaient à 6 heures du matin pour se terminer à la tombée de la nuit. Peu de personnes ont été tuées pendant la nuit.

Illustration de l’Agafuni

Entre temps, son grand frère nommé Vianney Migendo et toute sa famille ont été tués à coup de petites houe, appelée « agafuni ». Ce sont les Tutsi qu’ils avaient cachés qui ont indiqué à l’armée du FPR où la famille de Migendo était cachée. Plus tard, quand son grand frère Celse Abamungu a posé la question sur le sort des membres de sa famille, il a été lié les bras derrière le dos « akandoyi » et jeté au cachot de la Commune Masango, il y a laissé sa vie. Il travaillait au Ministère des Travaux Publics et Energie (MINITRAPE). Havugimana attend des autorités rwandaises de laisser la famille dire aurevoir à leur proches honorablement : « Je demande aux Inkotanyi de me montrer ou ils ont enfoui les membres de ma famille afin que je les enterre avec dignité ».

Les deux neveux de Havugimana ont été trouvés morts dans un fossé dans la bananeraie de chez Celse Abamungu. Ils n’étaient pas Tutsi. Leurs cadavres ont été transportés par le FPR vers un site mémorial que Havugimana ne connaît pas. De même que les membres de la famille de Vianney Migendo ont été aussi transportés vers un site mémorial inconnu. Sur ce, Havugimana affirme que les sites mémoriaux n’hébergent pas que des corps des Tutsi, il y a aussi un bon nombre de Hutu. En l’occurrence, le site mémorial de Kabagali, situé à Karambi, abrite plus de 5 000 morts, Twa, Tutsi et Hutu confondus. C’est un très bon modelé qui montre qu’il y a eu un génocide au Rwanda qui ne se limite pas à une seule ethnie.

Que les âmes des Rwandais, Twa, Tutsi et Hutu de la région de Kabagali repose en paix. Les auteurs de massacres qui les ont emportés, sans distinction, doivent répondre à la Justice et la mémoire de toutes les victimes reconnues. Que Dieu fortifie tous les rescapés encore une fois sans distinction!

Alice Mutikeys

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