Analyse de l'actualité

Rwanda : le ministre rwandais Edouard Bamporiki a intimidé Idamange

Hier jeudi 04 mars 2020 avait lieu la première comparution de Madame Idamange Iryamugwiza Yvonne devant le tribunal de première instance de Gasabo. Ce procès à l’instar de celui de Paul Rusesabagina était diffusé en direct sur la chaine YouTube du journal pro gouvernement Igihe.com. La diffusion suivie par un peu plus de 1000 personnes a été coupée lorsque madame Idamange a commencé à se défendre.

Ceux qui ont suivi de près les coulisses de l’affaire disent que le parquet comme il le fait à son accoutume avait demandé à madame Idamange de plaider coupable, demander pardon et accabler les activistes et les opposants du régime du FPR. Au moment où elle a pris la parole ils se sont rendus comptes que la détermination de celle que l’on surnomme dorénavant général Idamange était sains faille.

Si le procès a été couvert par de nombreux médias, une seule chaine YouTube Inuma y’Amahoro a osé publier la totalité de la défense de madame Idamange, notamment la partie où elle reproche au ministre Edouard Bamporiki de lui avoir intimidé de se taire. Retour sur la défense de madame Idamange.

Madame Idamange a dit à la Cour que le parquet n’avait pas de preuves contre elle : « C’est une évidence pour tout le monde que le parquet n’a rien à me reprocher, en effet il change de version à chaque instant. Ce que l’on m’a reproché au départ n’a rien avoir avec ce que l’on me reproche aujourd’hui ». Idamange a expliqué avoir fourni d’explications sur chaque fait qui lui était reproché et que le parquet changeait après coup de délit.

En poursuivant la mère de quatre enfants a demandé au procureur de consulter ses propos sur YouTube au lieu de lui demander de répéter, en montrant par la même occasion la contradiction du parquet qui la poursuit sur la base de ses déclarations publiques tout en feignant ne pas les connaitre : « On me demande de répéter mes déclarations alors qu’elles sont publiques, pour moi l’on ne devrait pas me demander de répéter. Le procureur lui-même dit que je me suis exprimée en Kinyarwanda, ce n’est pas une langue étrangère, il comprend le Kinyarwanda et n’a pas à me demander de répéter ».

Six faits sont reprochés à Madame Idamange Iryamugwiza Yvonne : avoir voulu provoquer des troubles à l’ordre public, n’avoir pas respecté les mémoriaux du Génocide perpétré contre les Tutsi, avoir fait des chèques sans provisions, la propagation des rumeurs, être un obstacle à la mise en exécution du programme gouvernemental et avoir frappé et blessé une personne. Idamange a dit que ce sont des mensonges que le parquet a fabriqués pour pouvoir lui nuire : « Il est évident que l’on veut me charger sur la base de mensonges, le procureur vient de dire que les conditions pour ma liberté conditionnelle seraient de « me libérer en ayant collé ma bouche auparavant, les bras … » vous comprenez vous-même que c’est de l’intimidation et de menaces, quelque chose qui ne doit pas être faite à un citoyen rwandais ».

Celle qui ne se laisse pas faire : Idamange

Madame Idamange a expliqué qu’elle aurait pu s’exiler et faire ses vidéos de l’étranger d’autant plus qu’elle a un passeport et les moyens. Mais que ce qui l’a poussée à s’exprimer publiquement est son amour pour le Rwanda et qu’elle n’avait pas l’intention de fuir le pays.

Le parquet ayant demandé à la Cour de refuser sa demande de mise en liberté et qu’elle soit emmené à la prison de Mageragere, Idamange a dit que c’était juste pour lui faire du mal : « Je crois profondément que la conscience du procureur va le travailler car il me charge sur la base de mensonges qu’il a fabriqués et il le sait pertinemment ».

Idamange a demandé au président de la Cour de ne pas considérer le délit d’établissement d’un chèque sans provisions car elle ne voyait pas le lien avec l’affaire en cours : « Le procureur évoque des chèques qui n’ont rien à voir avec l’affaire, si une personne a déposé une plainte contre moi auprès du RIB (Bureau rwandais chargé d’investigations) pour quoi le RIB ne m’a-t- il pas convoquée ? Depuis mai 2018 jusqu’à présent pourquoi la victime n’a rien dit ? ».

Idamange a rappelé que sa parole de citoyenne n’a pas le poids que l’on veut lui prêter : « deuxièmement dire que j’ai voulu provoqué un trouble à l’ordre public c’est complètement faux. Les mots peuvent-ils atteindre à la sécurité ? Dire que j’ai appelé le peuple à faire une révolution, en tant que qui ? J’avais expliqué à tout le monde que je suis une personne simple, personne ne me connaissait, le peuple savait que l’appel à manifester n’avait pas de valeur car je ne suis rien. Je ne suis pas une autorité, je n’ai pas de parti politique pour que l’on dise que j’appelais mes partisans. Pourquoi n’ont-ils pas laissé la manifestation avoir lieu pour me poursuivre sur la base d’un fait à la base de suppositions ? ».  Elle a aussi expliqué qu’elle a donné son opinion et point de vue car la Constitution rwandaise le lui autorise, elle a réitéré que sa motivation venait de l’amour qu’elle a pour le Rwanda et avoir été touchée par la tristesse qu’ont les Rwandais.

Idamange a demandé pourquoi l’on voulait l’amener en prison alors que les faits que l’on lui reproche n’ont pas pour sanction l’emprisonnement et a questionné le motif que le procureur avait avancé « la prison pour garantir sa sécurité » : « Le Rwanda ne peut garantir ma sécurité chez moi ? Les gens qui sont venus chez moi l’ont fait de manière étrangère, normalement le RIB ne vient pas chez les gens comme de civils, sur des motos inconnues. Ils projetaient de me faire du mal. Ils ont dit qu’ils faisaient partie du RIB dès qu’un d’entre eux a été blessé ».

Idamange a ajouté que si elle avait de mauvaises intentions pour le pays, elle aurait rendu public le fait que le ministre rwandais de la culture Edouard Bamporiki avait déménagé son ministère chez elle car il y passait tous les jours selon elle. Bamporiki l’intimidait et lui disait que le président de la République rwandaise lui avait dit qu’elle devait se taire ou elle allait disparaitre. Le ministre rwandais lui montrait les messages du chef de la police rwandaise Dan Munyuza et lui suppliait de prendre de photos avec elles pour éviter que Dan Munyuza ne le tue lui aussi.  « C’est de la torture ce que j’ai subie comme une citoyenne alors que j’ai exercé mon droit d’expression, ils avaient eux-aussi leurs droits. »

Idamange a dit que l’on lui a reproché de collaborer avec les ennemis du pays « Ibigarasha » et que le parquet n’avait pas trouvé de preuves dans ses correspondances.  Elle a dit que dans ses échanges elle répondait à tout le monde « merci que Dieu te bénisse ». Que les personnes commençaient les conversations par se présenter, la preuve qu’elles ne la connaissaient pas. Elle a ajouté qu’elle avait été aussi accusée de travailler pour le RIB en vue de détruire l’opposition rwandaise, une autre preuve qui montre qu’elle agissait seule. Elle a conclu ce point en insistant sur le fait de ne pas travailler avec les ennemis du pays et que sa motivation vient de l’esprit patriotique, que pour elle chaque Rwandais doit avoir des droits et que les Rwandais doivent être égaux devant la loi et que chaque Rwandais a droit au bonheur.

Idamange a conclu en demandant au président de la Cour de la remettre en liberté, elle a expliqué qu’elle ne pouvait pas cacher les preuves car ses discours sont publics, que le parquet avait saisi son téléphone et tous ses documents et que malgré cela il n’avait pas trouvé de preuves contre elle. Pour elle le seul objectif du parquet est de la blesser. Pour elle tout ce que l’on lui accuse sont des mensonges.

La décision de la cour sur la demande de mise en liberté sera prise le 09 mars 2021.

Alice Mutikeys

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