Cas de torture au Rwanda, 1ère partie

Il y a quelques jours, un témoignage de Jean-Bosco Ngarama, victime des actes de torture infligés par les autorités rwandaises, a été diffusé par la radio Itahuka.  Le lien vers la vidéo en Kinyarwanda.

La vidéo a suscité en moi, un mélange des sentiments. C’est ce qui m’a décidé d’y consacrer un peu de temps pour traduire ce témoignage en français et aussi pour pouvoir poser des questions ou exprimer mon ressenti.

Jean-Bosco Ngarama est un homme ordinaire engagé dans la vie locale dans le Sud-Ouest du Rwanda. Un jour de 2003, il crut à une mauvaise blague quand les autorités locales ont fabriqué une preuve contre lui en disant qu’il avait propagé des idées divisionnistes.  Ce qui aurait dû être une affaire banale prit un tournant inimaginable et impossible dans un état de droit. Dans cette première partie on découvre qui est Jean-Bosco Ngarama et comment sa vie a commencé à basculer petit à petit.

Résume d’un parcours presque ordinaire

Jean Bosco Ngarama  a 24 ans en 1994, Il obtient son diplôme secondaire des études de Normal Primaire et devient enseignant et directeur d’une école. En parallèle il est fonctionnaire local auprès du district où il va diriger plusieurs commissions pendant 5 ans.  A cette époque il  remarque  que tout n’est pas dans l’ordre et que les méfaits sont perpétrés par les autorités locales ou militaires. Face à cette situation, il se sent démuni et décide de rejoindre la Ligue rwandaise pour la promotion et la défense des droits de l’Homme (LIPRODHOR). Sentant en lui l’envie de défendre les autres, il poursuit les études de droit pour devenir avocat. En 2010 quand les grands ennuis commencent pour lui, il travaillait dans un cabinet d’avocats en attendant de finir ses études.

La première  arrestation

Dans les années 1995 – 1996 des arrestations arbitraires sont effectuées à Cyangugu (Sud-Ouest du Rwanda) et personne ne sait où sont amenées les personne arrêtées.  Dans le cas particulier de Jean-Bosco Ngarama, il est arrêté la première fois en 1996, cette année-là il travaille pour Médecins du Monde. Un jour au réveil, son domicile est encerclé par  les policiers. Il est amené à la gendarmerie sans que l’on lui ait signifié les motifs de son arrestation. Il sera libéré au bout de deux semaines, le commandant en charge de son arrestation et de sa libération lui dira d’enlever de sa tête toute idée de travailler avec les personnes qui sont à l’étranger.

Militant pour la défense des droits de l’Homme

Suite à sa détention arbitraire, Jean-Bosco Ngarama a pris conscience que les droits fondamentaux n’étaient pas respectés comme il était dit surtout qu’il en avait été un témoin direct. En 2000  il a écrit une lettre à la LIPRODHOR pour devenir membre de l’association. Sa demande d’adhésion a été acceptée car il répondait à tous les critères requis. C’est ainsi qu’il a commencé à écrire des rapports relatant les cas de violation des droits de l’Homme jusqu’en 2003.

2003, le rapport de trop ?

2003 était une année électorale au Rwanda. Trois élections sont organisées la même année : le referendum constitutionnel, les élections présidentielles et les élections législatives. En sa qualité de militant pour la défense des droits humains, Jean-Bosco Ngarama participe à ces élections comme observateur électoral. A la fin des élections, en aout 2003, il rédige un rapport sur ces élections comme c’était prévu.

Fabrication des charges

Après les élections, le 04 septembre, Jean-Bosco Ngarama  est  confronté à des problèmes, on lui raconte que des rescapés du génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994 ont été convoqués à la commune. Il leur a été demandé d’écrire une lettre affirmant que Jean Bosco Ngarama propage des idées divisionnistes, il aurait dit aux gens de ne pas voter pour  le président Kagame car il est Tutsi et à la place de voter Twagiramungu, qui est hutu comme lui.

Après avoir eu vent de ce qui se tramait, il est parti demander directement aux quatre hommes si c’était vrai. A partit de là, il a pu savoir qu’il allait être arrêté le  06 septembre 2003. Il s’est alors enfui vers Kigali (la capitale du Rwanda). Après avoir demandé conseil auprès de ses amis sur les actions à mettre en place pour éviter d’aller en prison, Jean-Bosco Ngarama  écrit le 08 septembre à M Ngarambe, secrétaire du FPR, dont il est membre,  pour lui demander de l’aide. Le secrétaire du FPR appelle les autorités locales, qui effaceront les charges. Jean-Bosco Ngarama put retourner chez lui et reprendre sa vie.

La deuxième  arrestation
Après quelques temps, Jean-Bosco Ngarama est arrêté et va passer une nuit en prison pour la même lettre stipulant qu’il avait propagé des idées divisionnistes. Il a pu se débrouiller pour sortir de la détention.

L’affaire n’est pas close

Jean-Bosco Ngarama raconte qu’en 2004, beaucoup des maires et leurs adjoints ont été obligés de démissionner au Rwanda. C’est fut le cas de son maire et deux de ses adjoints. Par la suite la commission électorale fixait les modalités pour les candidatures et faisait  un appel à candidatures.

Jean-Bosco  Ngarama commença à préparer un dossier pour se présenter aux élections. Avant la fin il fut approché par un colonel. Ce dernier lui indiqua que cela s’était su que Jean-Bosco Ngarama  voulait se présenter et que l’on avait reproché ce fait au colonel. «Nous ne voulons pas de toi comme Maire, ni  comme adjoint chargé du budget » pour le reste il pouvait tenter sa chance. Jean-Bosco voulant faire respecter ses droits maintint sa candidature, il fut menacé d’aller en prison.  Au cours de sa campagne la fameuse lettre de 2003 refit surface. Tout cela était t orchestré par des militaires selon lui.  Il a tenu jusqu’aux élections, selon les informations qu’il a reçu il avait remporté les élections mais à la fin les voix ont été arrangées au profit d’un candidat du système.

Les élections au Rwanda sont une mascarade

Sur le déroulement des élections au Rwanda, Jean-Bosco Ngarama témoigne de son expérience d’observateur électoral. En 2003, les citoyens venaient l’informer, car il portait un badge, ils lui disaient que l’on leur avait empêché de voter. « Les élections sont jouées à l’avance, c’est une comédie pour faire croire au monde qu’il y a eu un vote« .

L’affaire va jusqu’en justice

Il faut attendre  2006, pour que Jean Bosco Ngarama soit convoqué par la justice. Son procès se déroule devant le tribunal de première instance de Nyakabuye, on lui reproche les mêmes faits : la propagation des idées divisionnistes sur la base de la lettre de 2003. Dans sa plaidoirie il explique au procureur que ce que l’on lui reproche n’est pas possible. Il demande que ces rescapes, les quatre hommes ayants signé la lettre, viennent témoigner à charge devant le tribunal. Un seul des quatre des rescapés viendra témoigner devant la barre. Ce témoin nia avoir  vu Jean-Bosco propager des idées divisionnistes et au contraire affirma que les policiers et les gendarmes l’avaient forcé à signer. Le juge estima que le fait que le témoin se rétracte et le fait que Jean-Bosco Ngarama était  directeur d’une école constituaient des circonstances aggravantes, il prononça alors une sentence de 3 ans de prison.

Jean-Bosco Ngarama fera appel de cette décision. Dans le procès d’appel devant le tribunal de grande instance de Rusizi il démontra que le premier procès comportait des irrégularités et que la loi n’avait pas été appliquée. Il donna des exemples : le seul témoin à charge s’était rétracté, la cour de première instance n’avait pas vérifié les faits, on lui reprochait d’avoir tenu une réunion mais sans démontrer où, devant qui et quand…  malgré tous ces élément, la cour d’appel confirma la sentence de 3 ans de prison.

Un commentaire

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