Rwanda, ma parole hutue – Frustration ou où sont passés les hutus ? (2/6)

Tout à commencer à la fin des années 90s, début 2000s, la période où je commençais à suivre l’actualité, notamment rwandaise. Je me suis alors rendue compte que la version véhiculée dans les médias ou par les témoignages ne reflétait pas ou réinventa la réalité. Plus étonnant il y avait une absence totale de tout débat ou discussion complémentaire ou contradictoire. Pour moi l’histoire est simplifiée ou ne raconte qu’ un seul angle. Les Hutu sont diabolisés et déshumanisés. Il suffit de faire quelques recherches ou fouiller dans les archives, les Hutu sont évoqués pour souligner le fait qu’ils soient génocidaires, rarement pour évoquer leur qualité des victimes (sera développé…)

Cette réarrangement de l’histoire arrange tout le monde sauf les Hutu , je me rappelle comme hier, quand une connaissance me posa la question sur mon ethnie et je répondis spontanément : Hutu et là elle m’a dit sans aucun gène : c’est vous qui avaient massacrés à la machette des Tutsi. Je pense qu’elle ne réalisait pas à quel point cela pouvant être violant pour moi.

L’absence des Hutu dans les médias, pour nuancer les propos, ajouter leur propre pierre à l’édifice était frustrant et sonnait comme un signe d’aveu, le silence coupable. On étaient-ils passés ?

En plus des difficultés du chemin de l’exil, de la récrimination systématique de l’opposition au Rwanda et des nombreux victimes du FPR, la communauté internationale à réduit au silence la classe hutu. Cela est bien explique dans l’ouvrage de Thierry Cruvellier « Le Tribunal des Vaincus » Avril 2006, dans lequel il analyse le fonctionnement du TPIR* , notamment son incapacité à juger les crimes du FPR*. (Pour un lecteur non rwandais : Au Rwanda Les Hutu ont été aussi victimes des crimes commis par le FPR (Front Patriotique Rwandais), (Page 39-40) :

« ……….L’existence et l’action du tribunal de l’Onu s’avèrent aussi être in instrument plus efficace qu’aucun d’autres sur un plan politique. Depuis les anciens dirigeants rwandais se sentent dans leur asile précaire, menacés d’êtres poursuivis devant cette cour, ils ont disparu de la scène politique. Ce n’est pas le fruit d’une stratégie minutieusement préparée par l’Onu lors de la création du tribunal. C’est le résultat de la discrète mais puissante force symbolique de la justice / en transformant, ne serait-ce que virtuellement, ces hommes et femmes en suspects potentiels ou, plus encore, en criminels en fuite, elle les réduit au silence, même quand elle ne les arrête pas.

Dans le lourd mandat donné au tribunal d’Arusha, au-delà de son devoir de poursuivre et de juges, figure rien que moins la restauration de la paix de la paix dans la région. Le fardeau est écrasant. Il est cependant une chose, dans ce cadre improbable, sur laquelle l’apport ce cette institution judiciaire est rapidement clair et déterminant : elle contribue de manière indirecte mais décisive à l’élimination des tenants du Hutu Power* de l’échiquier politique et de la place publique. Elle n’a pas anéanti leur idéologie, bien sûr……. »

*Hutu Power : référence beaucoup citée, à titre personnel, je ne comprends pas ou ne sais pas à quoi cela peut correspondre. A mon sens Le Tribunal a juste anéanti toute parole hutue qui n’allait pas dans le sens de l’histoire réarrangée.

*TPIR : Tribunal pénal international pour le Rwanda

*FPR : Front patriotique rwandais

Pour finir, bien que l’on ait voulu anéantir ou réduire au silence la parole hutue. Il aurait fallu attendre que les adolescents, enfants ou jeunes adultes hutus de 1994 grandissent et s’établissent pour qu’ils commencent à faire entendre une autre voix. En effet nous (je considère en faire partie et n’étant pas seule) ne pouvons pas taire la réalité que nous avons vue et vécue même si elle est dérangeante. Nous sommes aussi conscients qu’une épée de Damoclès plane au dessus de nous. Au crime du génocidaire, ils ont créé pour toutes les générations des hutus : les crimes de négationnistes ou une personne véhiculant l’idéologie du génocide. Loin de moi de nier le bien fondé de ces crimes, je constate juste que leur définition est intelligemment floue pour pouvoir réduire au silence tout élément dérangeant.

« Les faits sont têtus » et « l’histoire n’est qu’à moitié racontée quand une seule partie la raconte »

Alice Mutikeys

Un commentaire sur “Rwanda, ma parole hutue – Frustration ou où sont passés les hutus ? (2/6)

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