Rwanda : Kigali sous les bulldozers : chronique d’une violence d’État

Elle a 70 ans, elle est, veuve, mère de trois enfants, séropositive, et elle n’a plus de maison.
À Kigali, en mars 2026, les bulldozers n’ont pas seulement détruit des murs : ils ont emporté des vies, des souvenirs, des équilibres fragiles. Dans le fracas du « développement », les plus vulnérables disparaissent sans bruit.

Aux alentours du 23 mars 2026, les habitants de plusieurs quartiers de Kigali ont été confrontés à une nouvelle vague de démolitions, d’expulsions et de violences administratives. 

Six ans après les événements de 2019, relatés dans un article publié par Jambonews : Rwanda : Cachez-moi ces pauvres que je ne saurais voir, les mêmes scènes se répètent : maisons détruites sans préavis suffisant, cultures arrachées, familles jetées à la rue, arrestations arbitraires. 

Dans les quartiers touchés, les témoignages décrivent une semaine de souffrance extrême, que certains habitants qualifient eux-mêmes de semaine de « croix » — icyumweru cy’umusaraba.

Le 23 mars 2026, une réunion s’est tenue à l’école militaire de Gako, présidée par le président Kagame, rassemblant toutes les autorités pour évaluer l’état d’avancement du programme « umuturage ku isonga – le citoyen est prioritaire ». Cette réunion a également été perçue comme une tentative d’évacuer la colère liée aux sanctions internationales et aux revers du groupe M23, soutenu par le Rwanda, qui perd progressivement du terrain. 

Lors de cette réunion, le président Kagame s’est montré particulièrement dur, pointant du doigt les autorités avec colère et les accusant ouvertement. Certaines ont reconnu les faits qui leur étaient reprochés, d’autres sont restées sans voix, mais toutes sont reparties animées d’une colère extrême, qu’elles ont ensuite reportée sur la population.

Dans cet article, nous portons un regard sur cette semaine de souffrance vécue par les habitants de Kigali, sans pour autant prétendre que ceux des zones rurales soient épargnés. Les drames qui frappent la capitale sont simplement plus visibles car médiatisés, alors que dans les campagnes, toute personne osant parler aux médias prend de grands risques : détention arbitraire, disparition, voire pire. 

En quelques jours, les habitants de Kigali ont été replongés dans des souvenirs du génocide de 1994, se retrouvant à dormir dans des champs de sorgho ou sur les ruines de leurs maisons détruites par les autorités, sans aucune alternative ni indemnisation ni compensation, sous prétexte qu’ils vivaient dans des zones dites à risque.

sous la pluie, les victimes témoignent

Pourtant, beaucoup y vivent depuis des décennies. Tout porte à croire que derrière ces destructions se cachent des intérêts puissants visant à récupérer ces terrains sans effort, laissant les citoyens dans une détresse totale, sans solution pour leurs familles. 

Ce qui frappe particulièrement, c’est que certains continuent de supplier le président Kagame, pensant qu’il pourrait les sauver, alors qu’en réalité rien ne se fait sans qu’il en soit informé, souvent sur ses propres ordres, comme il l’avait lui-même déclaré, en 2019, à propos des habitants de Kangondo et Kibiraro (Bannyahe), en évoquant l’usage de bulldozers pour les expulser.

Les cultures arrachées pour planter du gazon sur instruction présidentielle

Lors de la réunion à Gako, le président Kagame a conseillé aux autorités d’embellir la ville en supprimant les cultures situées le long des routes pour y planter du gazon ou poser des pavés. 

Dès le lendemain, ces instructions ont été exécutées, notamment sous la responsabilité du maire de Kigali, Samuel Dusengiyumva, qui avait été sévèrement sermonné lors de la réunion. Les cultures, notamment des haricots, ont été arrachées alors qu’elles étaient presque prêtes à être récoltées. 

Un habitant témoigne au micro de BTN TV RWANDA[1] : « La ville de Kigali est allée trop loin. Si ces terres étaient déjà prévues pour autre chose, pourquoi avoir laissé les gens investir leur argent dans des semences ? » 

Il ajoute : « Arracher des cultures presque mûres est un acte de cruauté. S’ils avaient attendu ne serait-ce qu’un mois, nous aurions pu récolter. La faim ne nous aurait pas tués. Un agriculteur cultive pour nourrir sa famille. Mais on arrache tout sans même lui permettre de récolter un seul haricot. Pourquoi ne pas prévenir à l’avance ? » 

Une mère d’environ 50 ans déclare : « L’État nous a poussés à la perte. On nous avait déjà retiré ces terres, puis on nous les a rendues pour cultiver… et maintenant on arrache tout. » 

Une jeune femme ajoute : « Ce n’est pas normal. Une personne qui cultive investit pour nourrir ses enfants. Arracher les cultures à ce stade, c’est une trahison. »

De manière générale, les habitants dont les haricots avaient été arrachés à un mois de leur récolte considèrent cela comme un acte révoltant. Ils voient dans cet acte la preuve que le citoyen n’est pas prioritaire, contrairement au slogan du FPR (umuturage ku isonga – le citoyen est prioritaire). 

Ils estiment que le choix de la Ville de Kigali de planter du gazon, qui sera de toute façon exposé au soleil, ne peut pas être vu comme un acte d’ignorance mais comme un acte de mépris, qui ne tient pas compte des efforts et de l’argent investis dans ces cultures désormais perdus.

Lors d’une interview avec TV & Radio 10 dans l’émission Zinduka, la porte-parole de la Ville de Kigali, Ntirenganya Emma Claudine, est revenue sur ce problème, expliquant que la mesure avait été appliquée comme il se devait et qu’elle s’inscrivait dans le cadre de l’amélioration de la propreté de la ville. Elle a précisé que cela concernait une zone proche de la route, signalée depuis longtemps comme nécessitant un entretien, et que même le Président Kagame l’a rappelé lors de la réunion de Gako. 

Elle a déclaré : « Imaginez maintenant que quelqu’un nous dise de ne pas le faire alors que ce sont des zones que nous connaissons depuis longtemps et dont nous rappelons toujours l’importance. Cela signifie que les espaces proches des routes doivent devenir des jardins et non des champs cultivés. Mais cela s’impose pour des raisons de propreté, et là où quelqu’un cultive, la terre se détériore […]. » 

Cela montre que les instructions données par le Président Kagame ont été mises en œuvre dès le lendemain, sans tenir compte de l’impact sur les citoyens.

Gahanga : dormir dans les champs après avoir été expulsés

Dans le secteur de Gahanga, des habitants ont découvert à leur retour que les portes de leurs maisons avaient été arrachées par les autorités et qu’ils devaient partir immédiatement, sans indemnisation. 

Les plus âgés ont déclaré aux médias que la nuit précédente leur avait rappelé les moments vécus lors du génocide de 1994, lorsqu’ils dormaient dans des sacs de jute sous la pluie, ne sachant pas où aller, et ils demandent à l’État de cesser de les expulser et de leur trouver un lieu sûr.

Mutangampundu Séraphine, une femme d’environ 30 ans, explique qu’elle louait l’espace détruit, où elle vivait avec ses trois enfants. Elle affirme avoir été trompée par le propriétaire, qui lui avait promis qu’il n’y aurait pas de démolition et qu’il demanderait une régularisation, mais finalement la situation a évolué autrement, à son grand désarroi.  Elle raconte :  « J’avais de l’argent à remettre au propriétaire ainsi que ce que j’avais payé pour d’autres locataires. Nous nous sommes rencontrés à Kagarama et je lui ai remis l’argent. Il m’a dit qu’il allait parler à ceux chargés de la démolition pour demander une régularisation. Mais le lendemain, il a retiré son cash power, et les démolisseurs sont venus sans me laisser le temps de récupérer mes affaires. Maintenant, je suis dehors, je ne sais pas où aller avec mes enfants. Ce n’est que larmes. Ce que nous étions en train de manger a été détruit avec la maison. Je demande sincèrement à l’État de nous faire preuve de compassion. »

Nyiransabimana Laetitia, âgée d’environ 35 ans et mère de trois enfants, explique qu’elle avait été accueillie par ses parents après avoir été abandonnée par son mari. Elle s’était battue pour subvenir aux besoins de ses enfants, mais a été expulsée sans qu’un lieu de relogement lui soit indiqué. Elle raconte : 

« J’ai dormi dans les champs de sorgho de jute parce que je n’ai nulle part où aller, la maison démolie est le seul bien que mon père m’a laissé en héritage. »

Nyiransabimana Laetitia

Un homme d’environ 50 ans, propriétaire depuis plus de 15 ans, indique que le terrain qu’il avait acheté a été revendu à plusieurs reprises sans qu’aucune mutation officielle ne soit effectuée. Le dernier acheteur devait organiser une subdivision pour que chacun ait son titre, mais la maison a été détruite sans aucune formalité, et il se retrouve maintenant désemparé, ne sachant pas où s’adresser.

Une autre femme, âgée d’environ 30 ans, explique que son mari l’a quittée en lui laissant trois enfants, et qu’elle a été expulsée alors qu’elle était enceinte de son quatrième enfant, dont la date d’accouchement était prévue pour le 20 mars 2026. Elle se demande comment survivre au froid, car les démolisseurs l’ont laissée sur la colline. Elle a confié deux enfants à sa grand-mère, mais ignore où se trouvent le nourrisson et son enfant à naître. Les autorités locales lui ont dit qu’elle devrait accoucher à Nyamata, mais elle s’inquiète de s’y rendre sans assurance santé. Ses enfants ne sont pas scolarisés et elle n’a pas de mutuelle. Elle souhaite que l’État lui trouve un logement et se plaint d’avoir été placée dans la catégorie payant 4 000 FRW, elle se demande où elle va trouver le ticket modérateur de 20 000 FRW pour pouvoir accoucher. Elle craint pour sa grossesse et, outre la prière, ne voit d’autre solution pour affronter cette situation.

Kimihurura : expulsions sous la pluie

Dans ce quartier, les habitants ont été expulsés les 27 et 28 mars 2026. Sans solution, ils ont passé la nuit dehors, sous la pluie, certains s’abrittant sous des arbres, d’autres sur des sacs en plastique.

Les habitants du district de Gasabo, secteur de Kimihurura, cellule de Rugando, village de Gasange, dont une mère récemment veuve et enceinte, alertée par son médecin que son terme arrivait, ont terminé le mois de mars 2026 dans une profonde détresse mêlée de larmes et de faim, après avoir été expulsés et informés qu’ils résidaient dans des zones à risque. Pourtant, ils affirment ne pas être dans de telles zones et expliquent que c’est un riche propriétaire qui a demandé à acheter leurs terrains, le prix qu’il proposait était bas et ils ont refusé de vendre. Aujourd’hui ils se trouvent sans aucune compensation ni assistance.

La veuve enceinte

Ces habitants se disent choqués par la décision du secteur de Kimihurura, car certaines démolitions ont eu lieu le 27 mars 2026 à midi et se sont poursuivies le lendemain, le 28 mars. Après avoir été expulsés, ils ont été surpris par une pluie torrentielle ; certains ont dû se réfugier sous des arbres, leurs enfants dormant à même le sol sur des sacs, tandis que les responsables qui supervisaient les démolitions se sont réfugiés dans leurs véhicules.

Dans un profond désarroi, certains sont locataires, d’autres propriétaires. Ils expliquent qu’on leur avait promis des indemnités pour déménager, mais qu’aucune compensation ne leur a été accordée. L’un d’eux raconte :  « C’est la deuxième fois que je dors dehors, et mes affaires sont emportées. » 

Un autre ajoute :  « La première fois, ils m’avaient dit que c’était une zone à risque. Je suis venu louer ici et ils ont encore détruit ma maison, prétendant que je devais partir. Je ne sais même pas où aller. » 

Un troisième se demande si ce sont vraiment des autorités ou de simples responsables : 

« Que quelqu’un vienne vous dire de sortir sans vous indiquer où aller, c’est un problème pour un Rwandais dans son propre pays. »  Un homme plus âgé témoigne :  « Le problème, c’est qu’ils changent constamment de décision. Ils avaient promis de nous donner l’argent pour déménager le lundi 30 mars 2026, et pourtant ils ont démoli nos maisons deux jours avant, sans nous donner un seul franc. » 

Il ajoute :  « D’autres locataires ont reçu des indemnités pour leurs maisons, mais nous, nous avons été mis dehors sans rien recevoir. »

Une femme d’environ 70 ans explique qu’elle vit dans la zone depuis 1973, depuis qu’elle est arrivée pour se marier à 16 ans. Elle y a élevé des petits-enfants, certains de ses enfants ont été tués pendant la guerre, et maintenant on lui demande de partir sans aucune compensation. Elle raconte : 

« Pourquoi devrais-je partir et que pourrais-je faire ? Si les autorités veulent vraiment que ces personnes vivent là, qu’elles prennent la maison. Mais qu’on nous trouve un autre endroit où aller. » 

Cette femme élève quatre orphelins et est séropositive, et elle ne comprend pas pourquoi personne ne lui vient en aide. Elle précise qu’elle demande de l’aide au Président Kagame.

La femme de 70 ans

Les habitants ont reçu pour conseil de se rendre au bureau du secteur, mais ils refusent, craignant d’être arrêtés alors qu’ils n’ont commis aucun crime. Certains, dans leur colère, ont comparé ces événements au génocide et craignent que certains soient arrêtés pour « minimisation » de crimes, comme cela a été le cas pour des personnes à Kangondo et Kibiraro, encore détenues à Mageragere.

Ils témoignent également au sujet de Médiatrice Mukamaraba, une mère dont l’accouchement est proche qui a perdu son mari la semaine précédente. Même si les habitants eux-mêmes font face à leurs difficultés, ils essaient de protéger cette mère, dont la maison a été détruite alors qu’elle ne pouvait pas se déplacer. Ils redoutent que si l’État n’agit pas rapidement, elle risque de perdre la vie.

Enfin, certains propriétaires se plaignent que, malgré leurs UPI enregistrés et le paiement régulier de taxes et impôts fonciers au cours de toutes ces années, leurs maisons ont été détruites sans indemnisation. Ils s’inquiètent aussi pour leurs enfants scolarisés, car ils reviendront pendant les vacances scolaires et se retrouveront sans abri. L’un d’eux dit :  « J’espère que notre État pensera à nous et cessera de nous laisser dans la misère sans nous prévenir. » 

D’autres s’interrogent sur le fait que les démolitions ont été effectuées pendant la pluie, alors qu’ils avaient été consultés auparavant pour convenir des compensations, et que tout a été détruit à la dernière minute sans qu’aucune aide ne leur soit fournie.

Nyarugenge : détentions arbitraires

Les démolitions et expropriations ne sont pas les seules injustices que subissent les Rwandais. À Nyarugenge, deux jeunes hommes ont été arrêtés et détenus dans le centre de détention de Gikondo (« Kwa Kabuga »), accusés de vol, accusation que leur famille conteste.

Dans le district de Nyarugenge, des membres de la famille de Kayibanda Antoine, résidant au secteur de Mageragere, cellule de Kankuba, village de Musave, se mobilisent pour secourir leurs enfants détenus à Kabuga. Cette semaine, ces habitants, dans une grande détresse, racontent que leurs enfants ont été arrêtés de manière arbitraire et emmenés à Gikondo, dans ce centre appelé « Kabuga », qui n’est en réalité pas un centre pour délinquants.

Les adolescents détenus, Uwimana Ezra et Nshimiyimana Epaphrodite, sont accusés d’avoir volé un téléphone portable, mais leur famille affirme qu’ils ne devraient pas être accusés. Même si le téléphone avait été pris, la famille aurait pu le rembourser, car sa valeur n’excède pas 20 000 FRW, et il n’y aurait aucune raison pour que les enfants soient envoyés à Kabuga. La famille dénonce le fait que les enfants subissent trois coups par jour, qu’ils ne peuvent pas recevoir de visites familiales, et demandent à toute personne concernée d’enquêter sur la raison de leur détention, qu’ils considèrent comme une injustice flagrante.

Selon la famille, la détention est liée au fait que les enfants avaient tenté de réclamer de l’argent à un riche propriétaire pour des travaux qu’ils avaient effectués. En réponse, le propriétaire a fait accuser les enfants de vol et les a fait emmener dans un véhicule Vigo sans plaque jusqu’à Kabuga, où ils sont détenus depuis maintenant sept mois sans qu’aucune mesure légale ne permette leur libération. Dans une interview, Kayibanda Antoine explique :  « Je suis né dans ce village de Musave et j’y ai toujours vécu sans aucun problème avec les habitants. Mes enfants ont eu un différend avec un certain Kabayiza Théogène après avoir construit un portail pour 14 000 FRW. Au lieu de recevoir l’argent, ils ont été trompés par un appel téléphonique, conduits dans une voiture Vigo et depuis, ils sont détenus à Kabuga sous accusation de vol, alors qu’ils n’ont rien volé. » 

Il ajoute que le chef de la cellule de Kankuba avait convoqué une assemblée de tous les habitants, et personne n’a confirmé que ces enfants aient commis un vol. Les procès-verbaux ont été établis, mais une fois remis au centre appelé « Kwa Kabuga », ils ont été ignorés, car Kabayiza, le propriétaire, avait de l’argent et déciderait quand libérer les enfants. La sœur des garçons affirme également qu’ils ne sont pas des délinquants mais ont été manipulés par un riche qui ne voulait pas payer pour le portail qu’ils ont construit. La femme qui prétendait avoir perdu le téléphone a nié avoir jamais rencontré les garçons et ignore pourquoi ils sont encore détenus.

La famille dénonce l’injustice systémique et affirme que toute démarche auprès des autorités locales reste sans réponse. Un policier nommé Frank, à Kabuga, aurait menacé que si la famille revenait, leurs enfants seraient de nouveau emprisonnés. Le 23 octobre 2025, Kayibanda s’est rendu à Kabuga pour demander des explications, mais Frank l’a humilié et menacé de nouveau :  « Si tu reviens ici, je t’emprisonnerai avec tes fils, et ne m’appelle plus au téléphone ». 

La famille a également déposé une plainte officielle au RIB de Kimihurura, mais jusqu’à présent aucune réponse n’a été donnée. Les membres de la famille estiment que le témoignage officiel de la cellule et du secteur confirme que les enfants n’ont jamais commis de vol, et que leur détention est une injustice motivée uniquement par la volonté d’un riche de les exploiter.

Dans cet article, nous nous sommes concentrés sur différents quartiers de la Ville de Kigali et non sur l’ensemble de la ville. La situation en milieu rural n’est guère différente, les pleurs et les souffrances sont partout, au point que personne ne sait si le deuxième trimestre de l’année 2026 pourra être achevé. Aujourd’hui, beaucoup vivent encore dans une profonde détresse, certains comme des réfugiés dans leur propre pays, d’autres enfermés dans des lieux précaires, et certains portés disparus. Ceux dont les maisons ont été démolies malgré des titres de propriété légitimes considèrent cette injustice comme une violation de la Constitution, qui garantit l’inviolabilité des biens privés. Ils s’interrogent sur l’utilité du « développement » lorsque sa réalisation se fait au prix de la souffrance, du froid et de la faim.

Le fait que certaines personnes ne reçoivent aucune indemnisation est perçu comme une manière pour l’État de les tromper, en confisquant leurs terres sous prétexte de compensation qui n’arrive jamais. La situation actuelle, qui replonge les habitants dans des conditions de vie qu’ils ont connues il y a plus de 32 ans, est tragique et profondément déprimante. Néanmoins, une lueur d’espoir apparaît : certains commencent à comprendre l’injustice dont ils sont victimes et à identifier ceux qui manipulent la population pour nuire à l’État, tandis que l’État lui-même continue de rejeter la responsabilité de ses propres manquements sur ses détracteurs.

Tout cela doit cesser. Chacun doit pouvoir jouir des mêmes droits que ses concitoyens et partager équitablement les ressources du Rwanda, au lieu de les laisser à une petite élite autour du Président Kagame, qui continue de s’enrichir au détriment des citoyens privés de leurs moyens de subsistance.

Il est également évident que le régime du FPR est en déclin, car l’injustice infligée aux citoyens est déjà massive, et les ressources accaparées par l’élite sont considérables. Il est temps de lever le joug, afin que les Rwandais puissent retrouver la tranquillité et la sécurité qu’ils connaissaient avant que le pays ne soit réduit à l’oppression. Aujourd’hui, les citoyens sont devenus des réfugiés dans leur propre pays. Le Rwanda ne pourra avancer tant que ses enfants continueront de souffrir et que le discours politique continuera de mentir aux habitants en leur faisant croire qu’ils sont prioritaires, alors qu’en réalité ils se trouvent au bas de l’échelle sociale.

Alice Mutikeys

Les-Mutikeys — D’ici et d’ailleurs. Et parfois de nulle part. Parce que la dignité n’a pas de frontière.


[1] https://youtu.be/wlBGkRDxVuA?si=N2Y2mkgVE6ZBF4AQ, https://youtu.be/wlBGkRDxVuA?si=uXESoro7nI6v8s8t

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