La justice instrumentalisée, une constante au Rwanda

Au travers de mes recherches, je suis tombée sur cette brève, que je ne pouvais pas garder pour moi.

« M.x a été arrêté avec une cinquantaine d’autres personnes à Kigali, la capitale. Tous ont été accuses de complicité dans un complot présume contre le chef de l’État. L’instruction a établi qu’il n’était impliqué dans aucun complot. ll a alors été inculpé (aux termes de l’article 166 du code pénal) d’avoir distribué des tracts appelant au renversement du gouvernement — on lui reprochait d’avoir fait lire à plusieurs personnes une lettre, signée d’une personnalité officielle, accusant de corruption des officiers supérieurs de l’armée de terre.

La lettre ne contenait pas d’appel au renversement du gouvernement. II a été traduit devant la Cour de sureté de l’Etat en novembre 1981, en même temps que cinquante autres personnes. II s’était auparavant vu refuser l’assistance d’un avocat et l’autorisation de prendre connaissance des preuves à charge versées au dossier de l’accusation. II a été condamné avec 25 autres accuses, et s’est vu infliger le maximum: dix ans de prison et une amende. La Cour de cassation a rejeté son pourvoi en appel, au motif qu’elle ne l’avait pas reçu dans les délais prescrits — alors que ce pourvoi avait été présenté une semaine seulement après le verdict.

Au cours de sa détention préventive, il a été maintenu au secret plus d’un an, dans l’obscurité, dans une cellule spéciale de la prison de Ruhengeri. II serait tombe gravement malade à la suite de ce traitement et se serait vu refuser les soins médicaux nécessaires.

On pense qu’il est toujours détenu à Ruhengeri, dans le quartier des prisonniers politiques. On lui refuserait tout contact avec sa femme et ses sept enfants » » .

Toute ressemblance avec ce qui se passe actuellement au Rwanda est fortuite car cette brève a été publiée en février 1983 par Amnesty International.

https://www.amnesty.org/download/Documents/200000/nws210021983fr.pdf

M. x est  DONAT MUREGO, à l’époque ancien juge de la Cour suprême, il avait de 46 ans et purgeait une peine de dix ans de prison infligée en novembre1981. L’histoire rwandaise est tristement une répétition .

A la sortie de prison, il était appelé le Nelson Mandela rwandais, il avait rejoint le parti politique MDR et à la scission du parti, la branche MDR Power. Il est décédé lors de la première guerre en RDC.

Retournons en 2019 et ayons une grande pensée pour Déogratias Mushayidi et pour  tous les prisonniers politiques rwandais.

Je partage ici le portrait de Déogratias Mushayidi publié par l’ACAT France le 19 février 2019

« Militer pour la paix

Déogratias Mushayidi  a toujours milité de manière non-violente en faveur de la paix et la démocratie au Rwanda. Tutsi, il a perdu sa famille durant le génocide de 1994, où plus de 800 000 Tutsis ont été massacrés. M. Mushayidi était alors le représentant en Suisse du Front Patriotique Rwandais (FPR), la rébellion armée dont Paul Kagamé – aujourd’hui président de la République – était l’un des principaux leaders politiques. À la fin de la guerre, M. Mushayidi  rejoint le secrétariat général du FPR au Rwanda. Constatant des exécutions extra-judiciaires commises en toute impunité par le FPR, il décide au bout de 6 mois de quitter son poste. Il entame alors une carrière de journaliste au Rwanda et critique ouvertement les dérives autoritaires du FPR.

Sous le poids des menaces, il s’exile en Belgique en 2000 et obtient le statut de réfugié. En Europe, il se mobilise pour rassembler Hutus et Tutsis en vue d’un changement politique pacifique au Rwanda. En novembre 2008, il fonde en Belgique, le parti Pacte de défense du peuple (PDP), dont il devient président.

L’année suivante, il rejoint le continent africain et tente de rassembler la diaspora rwandaise. Son voyage s’arrête en mars 2010 où il est arrêté en Tanzanie avec un visa périmé sur un faux passeport burundais. Il est transféré successivement au Burundi puis au Rwanda.

Un prisonnier oublié dans les geôles rwandaises

M. Mushayidi est condamné six mois plus tard, le 17 septembre 2010, à la prison à perpétuité par la Haute Cour de justice après avoir été reconnu coupable, au cours d’un procès expéditif sans témoin à charge, de « fausse déclaration pour l’obtention d’un passeport burundais, propagation de rumeurs incitant à la désobéissance civile et recrutement d’une armée pour agresser le pouvoir en place ». Il fait appel de ce procès politique. En février 2012, la Cour Suprême confirme sa peine. »

Alice Mutikeys

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