Dans un quartier de la capitale rwandaise, des habitants affirment qu’une mère souffrant de graves troubles psychiques laisse ses enfants dans une situation de détresse. Malgré les alertes répétées du voisinage, la prise en charge tarde à venir.
Dans le secteur de Mageragere, à Kigali, les habitants ne demandent ni routes ni infrastructures. Ils demandent une intervention d’urgence pour une famille qu’ils voient sombrer chaque jour davantage.
Au centre de leurs préoccupations se trouve Janvière (prénom cité dans le reportage de BTN TV), une mère de quatre enfants que ses voisins décrivent comme souffrant de graves troubles psychiques.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, cette femme vit dans une grande précarité et serait incapable, par moments, de prendre soin de ses enfants. « Parfois elle quitte la maison sans même se souvenir qu’elle a laissé les enfants derrière elle », explique le responsable local de proximité interrogé par BTN TV.
Ce même responsable affirme être devenu, malgré lui, l’un des principaux soutiens des enfants.
« Quand la nuit tombe, les voisins disent souvent aux enfants : « Rentrez chez le responsable local ». Quand il pleut, c’est encore chez moi qu’ils viennent. Très souvent, ce sont les habitants du quartier qui s’occupent d’eux. »
Les témoignages recueillis décrivent une situation alarmante.

Les voisins affirment que la mère peut parfois devenir violente à l’égard de ses enfants, notamment lors de crises liées à son état de santé. L’un des enfants présenterait de nombreuses blessures visibles. « Regardez son dos, son ventre, son visage. Cet enfant souffre énormément », témoigne une voisine. « Nous avons essayé d’aider cette famille mais nous n’en avons plus les moyens. »
Les habitants évoquent également des épisodes durant lesquels la mère perdrait connaissance ou adopterait des comportements qu’ils jugent inquiétants.
Faute d’évaluation médicale publique disponible, il est difficile de déterminer précisément la nature de sa maladie. Les voisins parlent tour à tour d’épilepsie, de troubles psychiques ou d’autres affections dont ils ignorent l’origine.
Une chose, cependant, fait consensus dans le quartier : cette femme a besoin d’une assistance médicale et sociale.
Selon plusieurs habitants, la situation se serait aggravée après la destruction de logements considérés comme situés dans une zone à risque. Le couple aurait alors perdu son habitation. Le père des enfants aurait quitté le foyer par la suite. Depuis, Janvière élèverait seule ses enfants dans des conditions extrêmement difficiles.
Cette affaire intervient dans un contexte plus large de démolitions de logements ayant affecté de nombreuses familles à Kigali ces dernières années. Les-Mutikeys avait déjà consacré un article Rwanda : Kigali sous les bulldozers : chronique d’une violence d’Étatà ce sujet.
« Nous demandons simplement que l’État intervienne », explique une habitante. « Les enfants ont besoin d’être protégés et leur mère a besoin d’être soignée. »
Contactée par BTN TV, la porte-parole de la Ville de Kigali a indiqué vouloir obtenir davantage d’informations afin de vérifier la situation et de déterminer quelles aides pourraient être mobilisées.
Cette réaction apporte un espoir aux habitants, même si beaucoup s’interrogent sur le temps nécessaire pour qu’une assistance concrète arrive sur le terrain.

Au-delà de cette famille, cette affaire soulève une question plus large concernant la santé mentale au Rwanda. Combien de familles vivent aujourd’hui avec des troubles psychiques non pris en charge ? Combien d’enfants grandissent dans des foyers où la maladie d’un parent devient aussi leur propre souffrance ?
Dans les discours officiels, le Rwanda met régulièrement en avant ses progrès en matière de développement humain et de protection sociale. Mais dans ce quartier de Kigali, les habitants décrivent une réalité plus fragile. Leur appel est simple : qu’une mère malade ne soit plus laissée seule face à sa souffrance, et que ses enfants ne deviennent pas les victimes invisibles d’un système incapable de leur venir en aide à temps.
À Mageragere, les voisins ont pris le relais là où les institutions semblent peiner à répondre. Mais leur solidarité a ses limites.
Cette histoire rappelle qu’au-delà des infrastructures et des grands projets, le développement se mesure aussi à la capacité d’une société à protéger ses membres les plus fragiles.
Dans le troisième et dernier volet de cette série, Les-Mutikeys revient sur le sort d’enfants laissés à eux-mêmes après l’incarcération de leurs parents, un autre visage de la précarité souvent invisible.
3/3 Rwanda : quand les enfants paient le prix de l’incarcération de leurs parents
Alice Mutikeys
Les-Mutikeys — D’ici et d’ailleurs. Et parfois de nulle part. Parce que la dignité n’a pas de frontière.
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