« Miséricorde : retenons bien ce mot » – Hommage à Kizito Mihigo

Il y a des hommes qui chantent.
Et il y a des hommes qui prient en chantant.
Kizito Mihigo faisait partie de ceux dont la musique ressemblait à une prière déposée dans le cœur du monde.

Dans sa chanson Miséricorde, un mot revient comme un battement de cœur :

Miséricorde.
Retenons bien ce mot.

Ce n’est pas une répétition vide.
C’est une insistance.
Presque une prophétie douce adressée à l’humanité entière :
quand tout vacille, souvenez-vous de ce mot.

« Pauvre pécheur, qu’est-ce que je peux apporter ? »

Il ne se place jamais au-dessus.
Il se dit « pauvre pécheur ».
Celui que beaucoup voyaient comme une lumière choisissait la posture de l’homme en chemin.

Il y a des fois où je me sens comme une larme,
il y a des fois où je me sens comme un sourire…

Et puis cette phrase qui traverse les frontières :

« Je suis du Rwanda mais je suis pour le monde. »

Il appartenait à une terre, mais son message refusait les murs.
Le Rwanda devenait, dans sa bouche, non pas une limite mais une lumière possible pour l’humanité.

La miséricorde : un mot plus grand que nos fautes

Ce mot qu’il répète — Miséricorde — traverse les siècles.
Il ne lui appartient pas seul.
Il appartient à tous ceux qui ont rappelé que l’amour de Dieu dépasse l’erreur humaine.

Le prêtre français Jean-Marie Vianney, connu comme le Curé d’Ars, écrivait :

« Nos fautes sont des grains de sable à côté de la grande montagne des miséricordes de Dieu. »

Deux voix éloignées dans le temps,
mais une même certitude :
la miséricorde ne nie pas la faute,
elle refuse qu’elle soit la fin de l’histoire.

L’arc-en-ciel des voix humaines

Et puis il y a ceux qui écoutent encore.
Ceux qui écrivent.
Ceux qui reviennent, des années plus tard, laisser une phrase comme on dépose une bougie.

Leurs mots ne forment pas un discours organisé.
Ils forment un arc-en-ciel.
Chaque couleur différente, mais tournée vers une même lumière.

« Tu es du Rwanda mais tu es pour le monde. Amen. Tu nous manques beaucoup. »
« Je n’arrive pas à comprendre que Kizito soit décédé… que vive le pardon, que vive la réconciliation. »
« Ton corps est mort, mais ton esprit est vivant. »
« Kizito, il y a un grand vide… tu resteras l’homme du pardon, de la paix et de l’amour vrai. »
« Repose en paix, l’unique artiste du Rwanda qui m’a convaincu par sa façon de chanter. »
« Ton œuvre restera à jamais. »
« Tu nous manques beaucoup, nous les Congolais. »
« La miséricorde de Dieu est infinie. »
« Son message va direct au cœur… je suis sûre qu’un jour il sera élevé au rang des saints. »
« Qu’est-ce que je peux apporter au monde entier qui a tant besoin de paix et d’amour… »

Ces voix viennent de pays différents.
De croyances différentes.
De langues différentes.
Certaines comprennent les paroles, d’autres seulement la mélodie.
Mais toutes se rejoignent dans la même sensation :
quelque chose continue de vivre.

Mais chez lui, la miséricorde n’était jamais séparée de la paix.

Dans certaines de ses paroles plus méditatives, il décrivait la paix non comme un slogan, mais comme une réalité intérieure, presque une lumière que l’on reçoit pour la transmettre : La paix est un grand don de soi, et elle est la clé qui permet de se donner et même de se sacrifier afin que les autres puissent la voir et apprendre à la connaître comme ils doivent la connaître.
C’est pourquoi celui qui porte la paix devient une lumière pour tous ; il devient une joie pour tous, leur force et un signe qui les éclaire continuellement et les aide à grandir dans l’accueil des biens du ciel. Car celui en qui habite la paix rayonne sans cesse de ces biens ; rien ne peut plus l’arrêter ni l’effrayer, car il demeure dans cette joie et reçoit cette force qui vient de la source de la paix, le Christ Seigneur.

Retenons bien ce mot

Peut-être que tout son héritage tient dans cette insistance simple :

Miséricorde.
Retenons bien ce mot.

Un mot qu’il répétait comme on confie une clé.
Un mot qui n’impose rien mais qui ouvre tout.
Un mot qui n’explique pas le monde, mais qui l’apaise.

Il ne nous laisse pas une conclusion.
Il nous laisse un mot.
Et parfois, un seul mot suffit pour empêcher la nuit de devenir totale.

Constance Mutimukeye

Laisser un commentaire